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L’initiative sur la Suisse à 10 millions aggravera les problèmes qu’elle prétend résoudre

heidi.news.web.brid.gy June 10, 2026
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TRIBUNE. Alors que la votation du 14 juin sur la Suisse à dix millions approche, trois économistes de l'Université de Lausanne, dont la chercheuse et militante Julia Steinberger, appellent à ne pas se laisser aveugler par la stratégie de l'UDC. Les problèmes que l'initiative prétend résoudre ne sont que des prétextes pour cibler l'immigration.

Le 14 juin, les citoyens suisses se prononceront sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» lancée par l’UDC, qui vise à limiter la population suisse en s’attaquant à l’immigration. Elle se présente comme une initiative de «durabilité» visant à remédier à la surcharge des services sociaux et des infrastructures, et à protéger l’environnement. Nous estimons qu’elle sème délibérément la confusion sur les facteurs et les causes de ces problèmes, tout en détournant les discours écologiques et sociaux à des fins racistes. L’initiative risque d’aggraver les problèmes qu’elle prétend résoudre, tout en augmentant les souffrances de populations déjà défavorisées.

L’UDC tente de présenter son initiative comme un moyen de soutenir la durabilité. Mais en réalité, ce parti, fidèle à son déni du changement climatique et de la science, refuse de s’attaquer aux véritables causes des crises climatiques et de la biodiversité. En témoignent sa campagne contre les initiatives climatiques en 2021 et 2023, la diffusion de thèses climatosceptiques et de désinformation, ainsi que la promotion de la construction d’autoroutes en 2024.

À l’instar d’autres mouvements d’extrême droite, l’UDC fait de la migration un bouc émissaire et accuse les migrants d’être à l’origine de tous les maux économiques et écologiques, de la pénurie de logements à la production de déchets. Les recherches révèlent l’hypocrisie des arguments déployés.

Derrière la pénurie de logements

Prenons le cas du logement. Nous savons que la surface habitable par personne en Suisse augmente avec le revenu et l’âge, car les personnes âgées ont tendance à rester dans leurs grands logements une fois que leurs enfants sont partis. Les résidents suisses ont des revenus supérieurs de plus de 10% à ceux des migrants, et sont deux fois plus nombreux à dépasser 65 ans. Les migrants sont donc loin d’être à l’origine de la pénurie de logements.

En réalité, bien plus de personnes pourraient vivre dans les logements existants si les plus grands étaient effectivement occupés par des ménages de plus grande taille. Si l’UDC voulait vraiment améliorer l'accès au logement, pourquoi s’est-elle opposée à l’initiative de 2020 visant à augmenter l’offre de logements abordables? Et s’il y a quelque chose à faire pour réduire les pressions sur l’environnement, ce n’est pas de limiter le nombre d’habitants, mais plutôt de réduire la richesse superflue et les inégalités de consommation.

Une hypocrisie consommée

Les intentions détournées de l’initiative anti-immigration de l’UDC sont également évidentes en ce qui concerne les problèmes économiques et sociaux qu’elle prétend aborder.

  • Les embouteillages?

L’UDC ne voit aucun inconvénient à ce qu’autant de personnes dépendent de la voiture, et aggrave encore la situation en soutenant l’extension du réseau autoroutier et l’utilisation de la voiture particulière.

  • Des trains et bus surchargés?

Le problème ne réside pas dans le contraste entre une première classe vide et une deuxième classe bondée et trop exiguë, ni dans le manque d’investissements pour accroître la capacité et améliorer la qualité. L'UDC aggrave la situation en soutenant l'austérité dans le secteur des transports publics.

  • La criminalité?

On fait mine qu’il n'y a aucun problème avec la précarité, la pauvreté et les inégalités croissantes, qui poussent les gens au désespoir. L'UDC aggrave la situation en approuvant l'austérité dans les services sociaux et en s'opposant à la redistribution.

  • Un système de santé surchargé?

Là encore, l'UDC ne voit aucun problème à ce que le système de santé privatisé fasse grimper les coûts et que les investissements dans l'extension des capacités et l'amélioration de la qualité fassent défaut. Une situation encore aggravée par l'austérité que préconise le parti.

Ce que l’UDC aimerait vous faire croire, c’est que tous les problèmes disparaîtront en laissant quelques immigrés à l’extérieur – tandis que les structures extractives d’inégalité et de pouvoir, à l’origine de ces problèmes, restent inchangées et incontestées. Faire de la figure de l’immigré un bouc émissaire, pour mieux défendre les riches.

Parfum de déjà-vu

Rappelons-nous que la migration est une activité typiquement humaine, comme la diversité linguistique – dont nous sommes si fiers – devrait nous le rappeler. Tant de Suisses bénéficient d'origines migratoires. Tant de migrants, célèbres ou non, ont enrichi cette culture, de Victor Hugo à Charlie Chaplin, en passant par l’athlète érythréenne Luna Solomon récemment accueillie dans le pays.

Nous devrions également nous rappeler de la fermeture des frontières aux réfugiés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, le Conseil fédéral a justifié cette décision par la métaphore du canot de sauvetage déjà plein. C’était une erreur et un acte inhumain à l’époque, et cela ne le serait pas moins aujourd’hui.

Ne venons pas ajouter une deuxième ombre à ce tableau, qui rappelle les heures les moins glorieuses de la Suisse. S’il faut plafonner quelque chose, concentrons-nous sur les émissions de gaz à effet de serre, plutôt que de recourir à des mesures inefficaces et racistes.


Signataires:

  • Vivien Fisch-Romito, chercheur en économie écologique

  • Lorenz Keysser, doctorant en économie écologique

  • Julia Steinberger, professeure en économie écologique

Institut de géographie et durabilité, Faculté des géosciences et de l’environnement, Université de Lausanne.

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