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Ce qu’Ali, réfugié afghan, nous apprend du vote sur la Suisse à 10 millions

heidi.news.web.brid.gy June 14, 2026
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La Suisse a dit non au plafonnement de sa population, dimanche 14 juin. Mais les 45% qui ont voté en faveur de l'initiative portée par l'UDC racontent une autre histoire: celle d’un pays qui dépend de l’immigration, tout en peinant à intégrer une partie de ceux qu’il accueille. L’histoire d’Ali, réfugié afghan, en est une illustration saisissante.

Pourquoi un pays qui doit tant à l’immigration a-t-il voulu plafonner sa population? C’est la question que se sont posée, ces derniers jours, la BBC et une presse internationale interloquée. L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» était en effet un ovni politique, qui a failli s’abattre sur le pays.

Le texte a été rejeté par 55% de non, dimanche 14 juin 2026. Un score supérieur aux prévisions des sondages, sans doute grâce à une très forte mobilisation de dernière minute des villes alémaniques. Zürich et Lucerne ont enregistré plus de 60% de participation. De leur côté, tous les cantons romands ont refusé l’initiative: à 65,1% à Genève, 52,8% en Valais, 65,4% dans le canton de Vaud, 54,9% à Fribourg, 67,3% à Neuchâtel et 59,9% dans le Jura.

« Merci la Suisse, a exulté la gauche réunie dans son stamm bernois. C’est un non à la politique du bouc émissaire ». Le Conseiller fédéral Beat Jans, qui a mené à cette occasion sa première grande campagne, peut respirer. De même pour les milieux économiques qui ont investi massivement dans l’une des campagnes les plus chères de l’histoire.

Il faut reconnaître toutefois à l’UDC, battue plus largement que prévu, d’avoir perçu le niveau de tension suscité par l’augmentation démographique de cette dernière décennie, auprès d’une partie de la population.

L’histoire d’Ali est celle de beaucoup de migrants

Pourquoi 45% de la population était-elle prête, dimanche, à faire un saut dans l’inconnu en plébiscitant une initiative qui aurait contraint la Suisse à plafonner le nombre de ses habitants, faisant du pays une exception mondiale?

Pour tenter de comprendre, j’ai envie de vous raconter l’histoire d’Ali (nom d’emprunt). Réfugié afghan, arrivé en Suisse il y a 10 ans, il vit aujourd’hui de l’aide sociale. Son loyer et son assurance-maladie sont pris en charge. Pour le reste, il vit avec 400 francs par mois, dont il envoie parfois une partie en Iran, où vit sa famille dans des conditions d’extrême pauvreté.

Ali a 28 ans. Il est intelligent, il a appris le français, et il rêve comme tous les jeunes de son âge de travailler et d’avoir une vie. Problème: Ali se heurte à des services sociaux qui lui offrent seulement des stages auprès d’instituts lui apprenant à écrire des CV. Son histoire je la connais bien, car je me bats avec lui pour qu’il décroche un apprentissage.

Son histoire est celle de beaucoup de migrants et de requérants d’asile. En 2024, 88,3% des personnes relevant du domaine de l'asile recevaient une aide sociale. Parmi les réfugiés ukrainiens titulaires du statut S, seuls 36% ont trouvé un emploi.

La responsabilité revient donc aux milieux économiques, aux cantons et au Parlement à Berne de mettre en place des mécanismes permettant de mieux utiliser ces forces de travail. Faute de quoi, les forces populistes continueront à prospérer sur le thème de l’immigration.

Un malaise palpable

Mais l’immigration n’est pas le seul en cause. Le modèle économique de la Suisse a souvent été interrogé durant la campagne. Si une large coalition entre les milieux économiques, le Centre, la droite et la gauche a permis dimanche de rejeter l’initiative UDC, cette union risque rapidement de voler en éclat, tant les fronts sont divisés.

Dimanche, sur la RTS, Monika Rühl, directrice d’Economiesuisse, a promis d’agir sur la politique d’immigration, « tout en utilisant mieux la main d’œuvre indigène ». Elle a profité de l’occasion pour plaider pour une augmentation de l’âge de la retraite, provoquant en direct la colère du conseiller national socialiste vaudois Benoit Gaillard.

Il faudra pourtant bien que l’économie et la gauche trouvent un consensus car une autre échéance s’annonce, celle des bilatérales III, le paquet de négociations entre la Suisse et l'Union européenne sur lequel les mêmes camps vont s’affronter. La votation de ce dimanche était d’ailleurs suivie de prêt à Bruxelles, et les 27 pays de l’UE ont pu accueillir avec soulagement le signal positif lancé par la Suisse.

Le oui au plafonnement de la population mord bien au-delà de la composante nationaliste et conservatrice du pays et regroupe les déçus d’une croissance qui ne profite pas à tous et surtout pas à la classe moyenne.

Investir dans les infrastructures

On l’a répété durant la campagne: les infrastructures craquent en Suisse. Les logements, les routes et les écoles n’arrivent plus à suivre les quelques 80'000 nouveaux arrivants annuels.

Le domaine de la petite enfance est l'un des exemples les plus frappants de ce déficit d'investissements structurels, freinant une meilleure intégration des femmes sur le marché du travail. Le manque criant de places de crèche et le coût exorbitant de l'accueil extrafamilial, parmi les plus élevés d'Europe, sont dénoncés depuis des années.

En matière ferroviaire également, la saturation des grands axes et des nœuds urbains se heurte aux retards accumulés par les grands chantiers, dont la gare de Lausanne est un exemple. Autant de dossiers à empoigner pour préparer les prochaines échéances électorales.

En attendant, le rejet clair de la Suisse à 10 millions offre un répit bienvenu à la Suisse.

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