Je dois être attentif aux implicites que je génère
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May 28, 2026
À l’école, au travail, dans nos relations sociales ou interpersonnelles, il y a tant d’implicites à repérer. Mais il y a ceux que je génère par moi-même. Et je dois y prendre garde. Des expériences communes Entre présupposés et sous-entendus, qui ne s’est senti victime d’implicites ? « — Pose ta biasse là ! ». C’est ce que me dit un jour un copain quand j’arrivais de Paris dans un collège de Haute-Provence. Je ne savais pas de quoi il parlait. Mon cartable. On se moqua de moi comme si j’étais un sombre crétin. « — Oui, elle est sortie de l’hôpital lundi, tu n’étais pas au courant ? » Non. On ne m’avait pas prévenu. Je l’ai attendue. Un peu désabusé de ne pas l’avoir su. « — Le problème c’est que le rgba (17,17,17,0) était un style inline directement sur le bloc » me dit-on à propos d’une erreur sur mon site. Mais, je ne sais pas moi ce que c’est un style inline. Je ne suis pas plus avancé. Ou bien un jeu de mots. Ou une confusion : la chapka n’est pas la captcha. Anthony Browne a caché des tableaux dans son ‘Histoire à quatre voix’ que seuls les initiés reconnaîtront. « Tout le monde sait bien que… » « On reprend là où nous en étions. » « C’est la procédure habituelle qu’il faut utiliser, pas le mail. » Piégé je piège certainement J’ai travaillé dans un métier où il fallait se lever tôt matin pour faire la chasse aux acronymes. Selon les contextes, un même acronyme pouvait désigner deux choses différentes. L’implicite, y compris par l’humour et son second degré, peut servir de test d’appartenance. On se comprend. Il est des nôtres. Certaines appartenances se reconnaissent à des codes langagiers précis. Certains usages à table sont parlants et peuvent trahir : Vous pensiez bien faire. Savez-vous qu’il n’est pas très distingué (contrairement à ce que vous auriez pensé) d’utiliser un porte-couteau lors d’un repas formel ? Il sert à ne pas salir la nappe. Dans les « bonnes familles » on change de nappe, c’est ça qui est distingué. Le « happy-few » relèvera sans rien dire, le nez pincé, cette faute de goût. Vous n’en saurez rien. Mais vous ne serez pas invité·e en retour, rustre ! Lorsqu’il organisait des conférences dans son centre de formation, au CIDOC (!) le Centre interculturel de documentation à Cuernavaca, au Mexique, on dit qu’ Ivan Illitch chnatre de la convivialité n’aimait pas beaucoup que les experts abusent de langage universitaire. Mais combien de fois, donnant des conférences devant des publics « avertis » (ça veut tout dire) ai-je avancé des mots et des concepts sans m’assurer que tout le monde était au fait avec ? Je n’avais pas d’intention malveillante ou excluante. Je voulais creuser une question. Et combien de fois me suis-je bercé moi-même d’illusions en pensant que j’étais vraiment au clair avec mes propres concepts ? Art et Littérature Je me souviens d’un jour lointain, au salon d’art contemporain de Paris ou FIAC c’est-à-dire la Foire internationale d’art contemporain, d’avoir mimé m’extasier devant un extincteur accroché au mur comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art. On était juste à côté d’une chaise de bois sur laquelle était posée un balai à chiottes. Des gens sont venus l’admirer avec moi. L’une était œuvre d’art, l’autre une mesure de sécurité. Mais on pouvait s’y méprendre. Ce faisant, je fabriquais de l’exclusion sur le bon dos d’une blague de potache. Certains écrits cachent une richesse, des clés qui méritent d’être élucidées. D’autres sont abscons à dessein. Entre l’art de la nuance, celui de la précision et la volonté d’embrouiller le quidam quitte à lui donner l’illusion qu’il est plus malin qu’il ne le pense, nous pouvons nous laisser manipuler et flatter. Il peut y avoir un snobisme de l’intertextualité ou dans l’art de pratiquer l’allusion culturelle de façon si elliptique qu’on s’interroge in fine (ça c’est de l’implicite) sur le but recherché. L’entre soi risque d’assécher. Une hygiène de l’attention à l’autre C’est tout l’art du pédagogue. Transmettre et enrichir en refaisant le chemin. La fameuse « levée d’implicites ». Il faut partir à la chasse de ceux qu’on génère ou qu’on laisse passer. Ils ne seront pas les mêmes pour les uns ou les autres. Il n’est pas de petit savoir, il n’est pas d’évidence ou de « ça va de soi ». Comme je dois me méfier de ce qui conforte mon propre point de vue sans le questionner, je dois pour moi comme autrui, avoir cette vigilance. Le questionnement actif, la recherche de « simplexité », art de rendre simples, lisibles, compréhensibles les choses complexes chère à Alain Berthoz et évoquée de mémoire par Edgar Morin, peuvent nous aider mais c’est une vigilance à exercer toujours.
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