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Une jeunesse bruxelloise - retours sur la journée de jeudi 4 juin

Stuut - Accueil [Unofficial] June 5, 2026
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Pendant deux heures, on se retrouve à une quinzaine à poireauter là, sous le regard malveillant des flics qui nous surveillent de leurs combis. Pour faire passer le temps, les gens présent.es se racontent leurs aventures de la veille. Ni une ni deux, on se munit d'un calpin et on prend quelques notes. On demande à celleux qui veulent bien nous répondre qu'est ce que les a marqué durant la journée d'hier. Les textes qui suivent sont les bribes des récits recueillis à l'arrache ce matin ! *** Dès le matin y'a des piquets de grève devant plein d'écoles. Beaucoup de jeunes de l'ouest et du centre-ville de Bruxelles bloquent leur écoles pour la première fois. J'commence la journée dans la rue du Marais, où 3 écoles sont bloquées par environ 400 élèves. Ensuite plein de jeunes de milieux populaires rejoignent la manif, appelée par Mars Attacks devant le parlement. La présence de la jeunesse populaire marque un changement, jusque maintenant la mobilisation était très blanche et classe moyenne. Dès le début la manif se montrait différente. À 10h ça a commencé à chauffer. *** Je me réveille au son des pétards à Schaerbeek ; l'Athénée Royale Alfred Verwée et le Lycée Émile Max sont bloqués par des élèves. Les élèves sont déguisés et lancent des feux d'artificies en l'air ! J'ai des échos que d'autres écoles bloquées ! J'arrive vers midi dans le centre. Il y a une odeur forte de lacrymos dans les rues. La « zone neutre » et le parlement sont bouclés par les keufs. Un rassemblement statique rue des colonies, à coté du parlement, est en cours. Des députés de l'opposition se montrent aux fenêtres du parlement et interagissent avec la foule, certainement dans l'optique de faire des images pour leurs réseaux sociaux et de surfer sur le moment, et de s'approprier le mouvement de la rue. Il y a beaucoup de bruit, entre les gens et l' hélico dans le ciel. Des groupes mobiles de jeunes font des allers et venues : des incursions pour chercher le contact avec les flics, et des mouvements de repli au sein du rassemblement principal. Il y a beaucoup de flics en civil. J'apprends à travers des discussions que ça a bien chauffé autour de la gare centrale dès le matin. Barricades en feu ; abribus, pubs et vitrines cassées, ce qui a mené aux premiers usages des autopomps et des gaz. Beaucoup de profs s'inquiètent de la répression subit par les élèves. Certain.es d'entre elleux tentent d'intimider des élèves pour les dissuader d'aller à l'offensive. D'autres partagent des cas d'arrestations bien violentes. Plus tard, j'apprend que vers 15-16h des jeunes forcent la portent latérale du parlement et balancent de fumis à l'intérieur. L'alarme incendie du bâtiment est déclenchée et la séance parlementaire est lévée. À la suite de quoi des flics anti-émeutes seraient rentré en masse dans le parlement pour gazer les manifestant.es. depuis l'intérieur. Dans la soirée, alors que le MR prenait la parole pour défendre la réforme, l'émycicle est perturbée par des cris et jets de tracts de la part de jeunes dans le public du parlement. La sécu intervient, la séance est à nouveau levée. *** À 14h, alors que je prend une pause clope devant mon taf, je vois un cortège passer par place royale. La manifestation semble cadrée mais bien déter, composée de profs et d'élèves. À midi, je vois un message sur signal : ça charge à gare centrale, il y aurait des barricades en feu. Je profite de ma pause de midi pour aller voir. Ça se passe du côté du boulevard de l'Empereur, ici principalement des élèves, des petites barricades de trotinettes renversées, une ambiance de zbeul. Les flics ont mis plus de 20 minutes à débarquer avec l'autopompe depuis la rue des Colonies. À un moment une voiture banalisée suivie d'un combi remonte en trombe vers la place royale et coffrent un élève au niveau du MIM. De retour au Mont des Arts, il ya toujours beaucoup de monde mais c'est plus calme, et c'est la fin de ma pause. Vers 16h l'autopompe encore en action vers le mont de arts. *** Je vois un gamin d'environ 14 ans en crise d'angoisse pendant 15-20 min avant que la manif soit repoussée vers Sainte-Gudule. Il me demande si il va mourir des lacrymos. Il veut partir. La police refuse d'ouvrir le passage, fermé par des barbelés. C'est seulement après négociations avec le chef du corps que la voie de sortie lui est ouverte. *** Je sors du tram un peu avant 10h. Tous les transports passant par Parc et la gare Centrale sont déviés. À cause de la manifestation. Je rejoins un groupe de jeunes. Direct on est cernés par des flics qui nous menacent avec leurs matraques. Certain.es recoivent des coups. À la gare Centrale, même scène, des élèves qui tentent d'ériger une barricade sont direct pris d'assaut par des flics en civil, sans brassards, et se prennent des coups de gazeuse familiale. Vers 15-16h des projectilent volent en direction des flics et la police répond par des jets de gaz lacrymogènes. Les profs tentent de calmer la situation. Certains jeunes sont en crise d'angoisse, traumatisés par la violence de la répression. *** Dans l'ensemble, les jeunes sont hyper joyeux, combatifs et inventifs, notamment sur leurs costumes et l'anonymisation pour faire des bêtises. Au milieu de la manif je vois une attention particulière au care, les élèves se partagent du serum phy face aux lacrymos, se tiennent la mains face aux charge des flics. Plein d'usages sont super vités intégrées, même si de nombreux mortiers et pétards explosent dans la foule au lieu de viser les keufs, ce qui provoque pas mal des mouvements de panique. Du coté de profs 2 beaucoup de profs sont inquiets et en panique pour les élèves. Parmi eux 2 teams se démarquent : - celleux en lunettes de piscine et masquées, qui sont partisan.es du zbeul. - et celleux qui tentent de faire redescendre la conflictualité. Parmi ceux-ci certain.es se mettent devant l'entrée du parlement pour empêcher les jeunes d'entrer au moment d'une intrusion éclair vers 15h. D'autres font une chaine humaine entre flics et jeunes pour empêcher une nasse de la part des flics. Autour de 16h face à des arrestations et tabassages de la police, iels arrivent même à créer un couloir de sortie lorsque deux autopompes, accompagnés de plusieurs ligne de robocops serrent le cortège des deux cotés de la rue. Mais parmi les pacifistes, une frange de profs plus autoritaire se fait aussi remarquer, qui n'hésite pas à filmer des jeunes en action, en menacant d'envoyer les images à leur écoles pour les faire punir. Dans ces nombreux moments, les élèves font preuve d'une diplomatie remarquable et défendent leur colère sans gêne. Des jeunes arrêté.es sont embarqués par des flics, parqués dans le magasin carrefour au coin de la rue des colonies en attendant leur exfiltration. Mais plus les flics réprimaient, plus les jeunes étaient déter. Des slogans quali étaient scandés : « Siamo tutti antifascisti », « À bas les flics, l'État et les fachos ». Plus les flics réprimaient, plus les jeunes étaient déter. C'est dur de faire des généralités ou des raccourcis sur ce qu'il s'est passé ce jeudi, autant du côté des profs que du côté des élèves. Beaucoup de solidarités. Beaucoup de profs inquets, en panique, stressés de leur responsabilités. Beaucoup d'arrestations randoms. Plein de RG à la recherche de jeunes. Askip, pendant que des députés de l'opposition argumentaient pendant le débat parlementaire, des députés de la majorité (MR-Engagés) se sont mis dans une pièce à coté pour regarder Roland-Garros. (wtf !!!!) Les syndicats sont pas là donc c'est important d'apporter du soutien, de proposer des outils et des pratiques lutte. La jeunesse s'est sentie vivante aujourd'hui, elle vit ses premières expériences de révolte. Il faut etre présent.es, tout en se défaisant de notre posture « d'adulte ». Aller à la rencotre pour etre une force de proposition plutot que donneur de léçon ? *** Je suis touchée de voir autant de jeunes en action. Ce ne sont pas que les profs, les jeunes se bougent aussi. Heureuse de voir ça. Il y a une prise de conscience. Je me demande, hé quoi pour la suite ? C'est un coup dur après le passage de la réforme, mais après une année de lutte des profs, la jeunesse se lève ! La désorganisation est totale. C'était une chouette journée, ça fait chaud au coeur d'avoir vu tout ce monde. La récolte de ces récits est soudainement interrompue par l'arrivée en trombe de la maréchaussée (avec chiens !) qui nous nasse et nous contrôle, en nous ‘déconseillant' de rejoindre les éventuels autres rassemblements de la journée. Bref, à toute dans la street !

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