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"description": "Au menu d'Absurditech aujourd'hui : les errances génératives d'Alain Damasio pour le salé 🧂 et des romans de l'ère pré-GPT pour le sucré 🍰",
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"publishedAt": "2026-02-25T06:57:16.000Z",
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"textContent": "Il est probablement l'auteur de science-fiction francophone le plus révéré. Il est aussi une figure techno-critique majeure du paysage culturel français, depuis une bonne dizaine d'années maintenant.\n\nIl n'était donc pas tout à fait surprenant de voir Alain Damasio invité sur le plateau de l'émission C Ce Soir du 19 février dernier, pour un sujet tape à l'oeil qui n'augurait pas grand chose de bon : _\"IA : avons-nous perdu le contrôle ?\"_.\n\nDans un débat au cadrage très discutable mais heureusement rehaussé par les apports de la chercheuse Ophelie Coelho et de la philosophe Anne Alombert, Damasio a déclaré ceci :\n\n> _\"Mon métier c'est de créer des univers imaginaires, des personnages et des trames narratives.**L'IA arrive quasiment au même niveau que mon artisanat.** \"_\n\nSe faisant, Damasio se tire ainsi une balle de LBD à bout portant dans le pied.\n\nIl démontre, dans cette émission, son incompréhension du fonctionnement même de l'IA générative et des _chatbots IA_ , et le déclin de ses visées techno-critiques et anti-capitalistes. Il admet aussi au passage avoir une bien piètre estime de ses propres écrits, lui qui parle pourtant souvent de son égo.\n\nSur son incompréhension de l'IA générative, d'abord : ne saisit-il pas que l'IA générative ne créé rien de nouveau et ne fait que remâcher l'existant, c'est à dire le contraire même de ce qui rend l'art intéressant ? De ce qui avait fait de sa _Horde du Contrevent_ un chef d'œuvre pour beaucoup ?\n\nIl semble pourtant comprendre que les LLM ne créent rien et ne sont que des \"machines à probabilité\" tout à fait mathématiques. Rien de créatif ni de magique là-dedans, mais cela ne force visiblement pas Damasio à se défaire de sa fascination malsaine.\n\nComme l'exprime la linguiste (atterrée) Laélia Veron, Alain Damasio a, dans nombre de ses écrits, \"_dénoncé l'automatisation et la privatisation du langage par la technologie\"._ **Le voir ainsi vanter et assumer l'utilisation de l'IA générative (et plus précisément le modèle _Claude_ d'Anthropic), soit la forme de privatisation et d'uniformisation du langage la plus extrême qui soit, a de quoi décontenancer. **Notamment dans cette période d'actualité orwelienne où les mots sont vidés de leur sens : guerre, paix ; ignorance, force ; fascisme, anti-fascisme.\n\nTous les discours anti-capitalistes et techno-critiques de l'auteur perdent en conséquence de leur substance. Moi qui avait fait une longue critique de son essai \"_Vallée du Silicium_ \" dans cette infolettre il y a près de 2 ans, ne peux que refaire saillir avec plus de netteté encore les critiques alors exprimées : sa fascination bien plus que sa répulsion pour certains usages délétères de la technologie, ou **son oblitération presque entière de l'enjeu écologique pour ce qui a trait à l'entraînement et développement des _chatbots_ IA**, notamment.\n\nPour quelqu'un se déclarant \"_bio-punk_ \", c'est tout de même embêtant.\n\nRappelons d'ailleurs que Damasio a même récemment été jusqu'à fourrer son nez dans la fange des NFT, preuve d'une forme plus large de renoncement.\n\n**Alain Damasio, en bonne créature médiatique parlant d'IA qu'il est désormais, ne manque pas de verser dans les poncifs éculés : le plus grand risque qui nous guette avec l'IA est bien sûr la \"superintelligence\".**\n\nIl faut dire qu'il y est bien aidé par un cadrage de l'émission à côté de la plaque, nous le disions, et les interventions d'un journaliste du Point (média en pleine croisade anti-science par ailleurs, c'est à noter). Un cadrage qui ne parle que d'une hypothétique perte de contrôle d'une IA bientôt sentiente, en traitant tout autre risque comme trivial en comparaison.\n\nLa \"superintelligence\", une éventualité qui ne fait pourtant absolument pas consensus. Mais qui fait bien sûr jaser, cliquer. Une théorie à la _Terminator_ qui permet surtout aux acteurs de la tech et de l'IA (comme Dario Amodei, le boss d'Anthropic dont Damasio semble gaga) de minimiser l'importance des autres conséquences concrètes et _actuelles_ de l'IA : impacts écologiques, politiques, sociaux ou économiques, que nous évoquons souvent dans cette infolettre.\n\nÀ mes yeux, si la machine dépasse un jour l'humain, ce sera parce qu'elle nous a rendu plus bête et dépendant que nous ne le sommes aujourd'hui. Pas parce qu'elle aura développé une \"superintelligence\" 🤗\n\nBref, dans le cadre d'une émission titrée _\"IA : avons-nous perdu le contrôle ?\"_ , fallait-il s'étonner de ce _focus_ sur la superintelligence ? Car, si c'est moins sexy, il serait bon de rappeler que **reprendre le contrôle du développement de l'IA générative ne serait pas si compliqué si l'on s'en donnait les moyens pour réguler, au niveau européen notamment, les quelques entreprises qui produisent ces modèles**.\n\nIl ne faut pas non plus oublier les limites intrinsèques au développement de l'IA, qui me font rire quand j'entends Damasio nous imaginer toutes et tous en balade avec notre \"IA personnalisée\". Des limites, peu évoquées lors du débat, et qui peuvent être :\n\n * économiques : _coucou les doutes (enfin) autour de la solvabilité d'Open AI et des autres acteurs du marché puis la peur d'un effet domino, que s'apelerio la bulle._\n * techniques : _où va-t-on trouver de nouvelles données pour entrainer et améliorer les modèles actuels, et est-on sûr·e des avancées promises par les Le Cun et consorts ?_\n * environnementales : _vos data-center_ _de la taille de Manhattan_ _, on va les alimenter avec la fusion nucléaire et de l'eau en poudre ?_\n\n\n\nÀ l'heure où Sam Altman démontre que son cerveau tourne moins bien encore que la dernière version de ChatGPT, où on découvre que l'un des plus gros donateurs de Donald Trump n'est autre qu'un des co(n)fondateur d'Open AI, et où les conquistadors sont plus que jamais de sortis, d'Anthropic à Mistral...\n\n...il y a certes autour de l'IA des sujets bien plus importants à évoquer, en ce moment, que la \"cyber-épiphanie\" d'un auteur courrouçant sa _fan base_. Alors concluons.\n\nIl ne faudra pas être surpris de voir _Claude_ Damasio mettre moins de temps à publier son prochain roman, quand _Les Furtifs_ lui avait pris 10 ans. Tout ça pour accoucher _in fine_ à l'époque d'un patchwork de sujets assez indigestes, où il en venait à se singer lui-même ; le propre, déjà, d'une IA générative. On comprend donc sa fascination devant le miroir. Et de me rendre compte que le bougre n'a plus rien publié d'excellente facture depuis bientôt 15 ans, malheureusement.\n\nNe comptez donc plus sur moi pour lire ses prochains \"écrits\", et son roman à venir, visiblement porté sur l'eau. Combien de litres de flotte absorbés pour pondre ce prochain pavé ?💧\n\n\nVous me trouvez dur ?\nBoh, ce n'est pas dans mes habitudes culinaires, pourtant, le trop plein de sel.\n\nSurtout : la dureté de cette critique est à la hauteur de ma déception, et du sentiment de traitrise (le mot est lâché) qui m'habite, après avoir aimé et conseillé à tant de gens la lecture de sa _Horde du Contrevent_.\n\n**À croire que son chef d'œuvre virevoltant n'était peut-être, au fond, qu'un (très bel) accident.**\n\n* * *\n\nAvant de passer au sucré, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? 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Si ce n'est leur qualité à mes yeux, l'émotion tout à fait _humaine_ qu'ils ont éveillé en moi.\n\nIl y a d'abord \"_L'Art de Perdre\"_ , d'Alice Zeniter. Un fresque familiale formidable qui devrait être largement intégrée à notre programme scolaire tant il révèle de choses sur l'histoire commune de la France et de l'Algérie, tant il est pertinent dans la période de troubles nouveaux et en même temps anciens que nous traversons. Tant il est bien écrit, aussi.\n\nIl y a ensuite _\"Le barman du Ritz\"_ , de Philippe Colin. En toute franchise, s'il n'est pas un grand roman (la dimension romantique de l'ouvrage est tout à fait passable), il n'en demeure pas moins un témoignage romancé mais circonstancié de la réalité politique parisienne sous l'occupation. Les séries de podcasts du même auteur chez Radio France, notamment celle sur la trajectoire de Pétain, sont encore davantage à conseiller. Les parallèles entre cette époque et la notre y sont souvent terrifiants.\n\nIl y aussi les géniaux petits bouquins de Florent Oiseau, notamment mon chouchou \"_Les fruits tombent des arbres_ \". Une lecture de l'ordinaire plutôt que de l'imaginaire, mais pas moins épique dans sa description du quotidien et des petites choses.\n\nIl y a enfin, pour revenir à l'imaginaire, le travail de Jean-Philippe Jaworski. \"_Gagner la guerre_ \" est notamment une œuvre majeure de la fantaisie francophone, _modulo_ un choix scénaristique franchement discutable au milieu du récit, aussi détestable soit son anti-héros. Tous les ouvrages du cycle des \"_Récits du vieux royaume_ \" que j'ai pu lire jusqu'ici sont parfaitement exaltants.\n\nJ'admets être moins client de son cycle celtique \"_Chasse Royale_ \". Car, à l'instar de Damasio, l'auteur y frise l'auto-parodie à force de renforcer son style, tout en vocabulaire boueux et bagarreur. Espérons pour Jaworski une suite moins néfaste que celle de notre victime du jour !\n\n* * *\n\nMerci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux.\n\nVous souhaitez soutenir Absurditech ? Consultez vos abonnements sur le site ou faites un don ponctuel 🙏\n\nPour faire un don\n\nUn grand merci, et à bientôt,\nThomas ✊\n\nPS : _Absurditech_ est garanti sans IA générative, pas sans fautes",
"title": "Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied",
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