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  "textContent": "Du bloc opératoire aux dispositifs mobiles, en passant par de nouvelles modalités hybrides, une constellation de chercheurs et de start-up transforme Genève en pôle d’innovation de l’imagerie médicale. Un secteur en pleine expansion, encore dominé par quelques géants industriels, mais où de nouvelles approches ouvrent des brèches.\n\n_«Rendez-vous au pavillon des isotopes!»_ Domenico della Volpe n’a rien d’un savant de bande-dessinée. Mais l’adresse qu’il donne pour notre rencontre évoque un peu les aventures de Blake et Mortimer. Impression vite dissipée lorsqu’on fait face à ce chercheur, dans son bureau situé entre l’École de physique et le bâtiment des Sciences de l’Université de Genève (Unige). Avec lui, nous allons commencer à comprendre comment la ville du bout du lac est devenue un hub pour l’imagerie médicale portative.\n\nSes recherches l’ont conduit à développer Posics, un instrument d’imagerie portable et sans fil pensé pour le bloc opératoire. L’appareil permet aux chirurgiens de localiser en temps réel des tissus marqués par un traceur radioactif, et surtout d’en estimer la profondeur, une information aujourd’hui difficile à obtenir pendant l’intervention.\n\nLe professeur Domenico della Volpe a développé un appareil d’imagerie par rayons gamma portatif pour être utilisé pendant des opérations chirurgicales. | Posics\n\nL’idée lui vient en écoutant des patientes opérées d’un cancer du sein. _«Je me suis rendu compte que les chirurgiens voient mal pendant l’intervention.»_ En phase préparatoire, ils disposent d’images précises grâce à des scanners qui utilisent des traceurs radioactifs. Mais une fois au bloc, cette vision disparaît presque entièrement. Ils ne travaillent plus qu’avec une sonde qui capte le signal, mais distingue mal et ne rend pas la profondeur.\n\n### **Voir en trois dimensions**\n\nPour comprendre cette limite, il faut revenir à la manière dont ces images sont produites. En médecine nucléaire, on injecte au patient une très faible dose d’un traceur qui se fixe sur certains tissus, par exemple les cellules cancéreuses. Ce traceur émet un rayonnement que des caméras détectent depuis l’extérieur pour reconstruire une image. Mais ces appareils sont volumineux et restent hors du bloc.\n\nPosics reprend ce principe en le miniaturisant. Domenico della Volpe s’appuie ici sur son parcours de physicien des particules. Venu d’Italie pour travailler sur les détecteurs de l’expérience Atlas au CERN – l’un des instruments qui ont contribué à la découverte du boson de Higgs – il rejoint l’Université de Genève en 2014, où il devient professeur de physique en 2022. Il y adapte ces technologies de détection à un usage médical.\n\n_«Avec plusieurs scans depuis différentes directions, notre capteur de rayons parvient à reconstruire une image en trois dimensions de la tumeur et des ganglions lymphatiques du sein qui piègent les cellules cancéreuses.»_ Le chirurgien peut ainsi voir en direct non seulement la position, mais aussi la profondeur des tissus à retirer.\n\nL’équipe pousse plus loin l’intégration en projetant ces images directement dans le champ de vision du chirurgien. _«Nous avons développé, en collaboration avec des informaticiens du Campus Biotech, les logiciels nécessaires à des lunettes de réalité augmentée»_ , explique encore le professeur en sortant de leur étui des lunettes Magic Leap. Elles permettent d’avoir toutes les informations visuelles sans interrompre le geste.\n\nLe système a déjà fait l’objet d’essais pilotes avec les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) pour tester son intégration dans la pratique opératoire. En décembre 2025, Posics a reçu une subvention du Fonds pour l'Innovation et le Futur de Genève (FIF) pour lancer le processus de validation préalable à une mise sur le marché.\n\n### **Marché mondial en croissance**\n\nAu-delà de ce projet, c’est tout un écosystème qui se structure à Genève autour de l’imagerie médicale. Plusieurs start-up – notamment Clee Medical, Multiwave Technologies, et Agora Care – s’attaquent chacune à une limite spécifique, qu’il s’agisse d’améliorer la précision des gestes, de miniaturiser les dispositifs ou d’en élargir l’accès.\n\nCette dynamique s’inscrit dans un marché mondial en forte croissance. Depuis l’invention des rayons X il y a plus d’un siècle, l’imagerie médicale s’est imposée comme un pilier du diagnostic. Le secteur représente environ 45 milliards de dollars aujourd’hui et pourrait croître de près de 50% au cours de la prochaine décennie, selon plusieurs estimations.\n\nCe marché reste toutefois dominé par quelques grands groupes – Siemens, Philips, General Electric, Canon ou United Imaging – qui en concentrent l’essentiel. Un paysage qui n’empêche pas les jeunes entreprises genevoises de se positionner, en explorant des niches technologiques encore peu exploitées. Certaines s’attaquent à des environnements particulièrement exigeants. Dans le cerveau, où la précision doit être extrême, de nouvelles approches émergent.\n\nAvec Clee Medical, Matthew Lapinski a développé un système miniaturisé d’imagerie par cohérence optique pour donner des yeux aux neurochirurgiens pendant les opérations. | Clee Medical\n\nClee Medical s’inscrit dans cette dynamique, mais avec une approche et des applications très distinctes. Son cofondateur Matthew Lapinski, également CEO, nous reçoit dans son bureau-laboratoire du Wyss Center, au Campus Biotech. _«Dans la chirurgie cérébrale, l’imagerie par résonance magnétique permet de préparer une opération, puis d’en vérifier les résultats. Mais entre deux, quand le crâne est ouvert, les outils de guidage restent très limités.»_\n\n### **Précision au micron**\n\nPour combler ce manque, l’entreprise a développé un système miniaturisé d’imagerie par cohérence optique (OCT), reposant sur une lumière proche de l’infrarouge. Celle-ci est transmise par fibre optique jusqu’à une sonde introduite dans le cerveau en suivant la trajectoire des instruments chirurgicaux. Le dispositif fournit en temps réel des images tridimensionnelles à haute résolution des tissus situés à proximité immédiate de son extrémité.\n\nAvec une précision de l’ordre du micron – contre 0,5 à 1 millimètre pour l’IRM – cette technologie offre un niveau de détail nettement supérieur. Une telle résolution n’est pas nécessaire pour l’ensemble des quelque 14 millions d’interventions cérébrales réalisées chaque année dans le monde. Mais elle devient déterminante dans certaines situations critiques: délimitation fine entre tissu tumoral et tissu sain, administration localisée de médicaments, accès ciblé à des structures profondes pour l’implantation de dispositifs de traitement de la maladie de Parkinson, ou pose d’interfaces cerveau-machine (lire l’épisode suivant).\n\n_«Cela représente un marché de plusieurs milliards de francs par an»_ , estime Matthew Lapinski, qui souligne également les enjeux médicaux et économiques: _«Une opération du cerveau est une procédure lourde. Réduire les récidives tout en raccourcissant la durée d’intervention est essentiel, y compris en termes de coûts.»_\n\nDéveloppée au Wyss Center en collaboration avec plusieurs partenaires, dont la Fondation suisse pour l’innovation et la formation en chirurgie, la sonde OCT de Clee Medical a terminé sa phase préclinique (tests sur animaux et tissus). L’entreprise, qui a levé quatre millions de francs, prévoit de lancer un premier essai clinique chez l’humain en 2026.\n\n### **Miniaturiser l’IRM**\n\nD’autres acteurs s’attaquent à une contrainte plus structurelle: le coût et l’accessibilité des technologies d’imagerie. Fondée en 2015 par les frères Panos et Tryfon Antonakakis, d’origine grecque, Multiwave Technologies développait initialement un logiciel de conception de métamatériaux – des matériaux artificiels dont la structure est conçue pour produire des effets physiques impossibles à obtenir avec des matériaux naturels, dans le domaine électromagnétique par exemple.\n\n_«Nous avons rapidement compris que cette technologie pouvait servir à concevoir de nouveaux composants pour l’imagerie médicale. Cela nous a conduits à nous concentrer sur un objectif unique: la miniaturisation de l’IRM»_ , explique Panos Antonakakis.\n\nL’IRM de Multiwave repose sur une technologie d’aimants permanents. | Multiwave Technologies\n\n**Quatre grandes façons de voir le corps**\n\nL’imagerie médicale regroupe plusieurs techniques qui permettent d’observer l’intérieur du corps sans intervention chirurgicale. Elles reposent sur des principes physiques différents et fournissent des informations complémentaires.\n\n**La radiologie** , utilisée depuis la fin du 19e siècle, repose sur les rayons X. Ces rayonnements traversent le corps et sont plus ou moins absorbés selon la densité des tissus: les os apparaissent en blanc, les tissus mous en nuances de gris. Le scanner (ou CT) en est une évolution: les rayons X tournent autour du patient pour produire des images en coupe, ensuite recomposées en trois dimensions.\n\n**L’échographie** utilise quant à elle des ultrasons, c’est-à-dire des ondes sonores inaudibles. Une sonde émet ces ondes dans le corps, puis capte leur écho lorsqu’elles rencontrent les tissus. L’analyse de ces échos permet de reconstruire des images en temps réel, particulièrement adaptées aux tissus mous et aux milieux liquides, comme lors du suivi de grossesse.\n\n**La médecine nucléaire** adopte une approche différente en visualisant non pas la structure, mais l’activité des cellules. On injecte au patient une très faible quantité de substance radioactive, appelée traceur, qui se fixe sur certains tissus. Le rayonnement émis est détecté par des caméras externes. Des techniques comme la scintigraphie ou le PET scan permettent ainsi d’identifier des zones de forte activité métabolique, typiques par exemple des cellules cancéreuses.\n\n**L’imagerie par résonance magnétique (IRM)** n’utilise ni rayons X ni radioactivité. Elle repose sur un champ magnétique puissant qui aligne les atomes d’hydrogène présents dans le corps. Des ondes radio les perturbent, et le signal qu’ils émettent en revenant à leur état initial est mesuré. Cette technique permet d’obtenir des images très détaillées, notamment des tissus mous comme le cerveau.\n\nCes différentes modalités sont souvent utilisées de manière complémentaire, chacune apportant un type d’information spécifique sur le corps humain.\n\n****\n\nL’imagerie par résonance magnétique (IRM) présente un avantage majeur sur d’autres techniques comme les rayons X ou le PET scan: elle n’utilise pas de radiations ionisantes. Elle repose sur un champ magnétique qui aligne les atomes d’hydrogène du corps, puis sur des ondes radio qui les perturbent. L’analyse de ces signaux permet de reconstruire des images détaillées, notamment des tissus mous.\n\nDepuis le début des années 2000, les hôpitaux des pays riches ont massivement investi dans ces équipements, malgré leur coût élevé. On estime celui-ci à environ un million de francs par tesla – l’unité de mesure du champ magnétique. Une machine clinique standard de trois teslas atteint ainsi près de trois millions de francs, tandis qu’un appareil de recherche de sept teslas peut dépasser les sept millions. À cela s’ajoutent des coûts d’exploitation importants: consommation électrique, refroidissement des aimants supraconducteurs à l’hélium ou à l’azote liquide, ainsi que des frais de maintenance annuels d’environ 10% du prix d’achat.\n\nCes contraintes financières contribuent à limiter l’accès à l’IRM et, dans certains cas, à encadrer son déploiement. En Suisse, par exemple, certains cantons ont soumis l’acquisition de nouvelles machines à l’approbation du médecin cantonal.\n\n_«Ce coût renforce aussi les inégalités»_ , souligne Panos Antonakakis. Alors que les États-Unis comptent environ 40 appareils IRM par million d’habitants et la Suisse une vingtaine, certaines régions d’Afrique subsaharienne ou d’Amérique latine disposent de moins d’un appareil par million. _«Au total, deux tiers de la population mondiale n’ont pas un accès régulier à cette technologie.»_\n\n### **Compromis plus stricts**\n\nPour répondre à cet enjeu, Multiwave a développé une IRM mobile à très faible champ (0,047 tesla). Après quatre années de développement, l’entreprise a mis au point un appareil de 250 kg – contre 5 à 20 tonnes pour les IRM conventionnelles – grâce à des aimants permanents, plus simples et bien moins lourds que les aimants supraconducteurs utilisés dans les IRM classiques, ainsi qu’à des capteurs radiofréquence dont les performances ont été améliorées grâce aux métamatériaux.\n\nCette architecture allégée a toutefois une contrepartie: à si bas champ, le signal mesuré est plus faible, ce qui impose des compromis plus stricts entre la qualité de l’image (bruit et niveau de détail) et la durée de l’examen. Multiwave affirme compenser en partie cette limite par des optimisations matérielles et des algorithmes d’IA, afin d’obtenir, dans un temps d’examen comparable à celui d’une IRM conventionnelle, des images cérébrales jugées suffisantes pour certains usages diagnostiques.\n\nÀ partir de 2022, Multiwave a entamé la commercialisation de sa technologie via des partenariats avec plusieurs institutions, dont le Mount Sinai Hospital à New York, le Johns Hopkins Hospital à Baltimore, la Clinique de la main à Genève ou encore l’Université d’Aix-Marseille.\n\n### **Modèle atypique**\n\nL’entreprise cible notamment le marché émergent des cliniques de longévité, particulièrement développées aux États-Unis. _«Ces structures proposent une médecine préventive reposant sur des outils diagnostiques avancés, mais n’utilisent pas l’IRM en raison de son coût. Notre solution, plus accessible, constitue un complément pertinent»_ , explique Panos Antonakakis.\n\nCe positionnement s’accompagne d’un modèle économique atypique: plutôt que vendre ses machines, Multiwave les installe à ses frais et partage ensuite les revenus générés par les examens avec ses partenaires.\n\nCette stratégie a conduit l’entreprise genevoise à implanter sa première usine aux États-Unis, à Lowell, dans le Massachusetts, au plus près de ses premiers clients et dans un environnement réglementaire jugé plus favorable. Contrairement à l’Europe, où les procédures de certification peuvent être plus fragmentées, la FDA offre un guichet unique pour l’approbation des dispositifs médicaux. Panos Antonakakis n’exclut toutefois pas une production future en Suisse, afin de desservir les marchés européens et asiatiques.\n\n### **Combinaison de techniques**\n\nCes entreprises déjà engagées dans l’industrialisation ne représentent qu’une partie de l’écosystème genevois, où de nombreux projets restent encore à un stade exploratoire. Un bref échange avec Giuseppe Iacobucci, professeur au Département de physique nucléaire et corpusculaire (DPNC) de l’Université de Genève, en donne un aperçu. Ce chercheur travaille sur un scanner PET à ultra-haute résolution, mais reste discret: «Nous sommes en plein processus de dépôt de brevets et de création d’une entreprise. Il est encore trop tôt pour en parler.»\n\nMais certains projets vont déjà plus loin, en cherchant à combiner plusieurs modalités d’imagerie au sein d’un même dispositif.\n\nLina Pallada est professeure associée au Département de microélectronique de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia) et à la filière de technique en radiologie médicale de la Haute école de santé de Genève.\n\nAncienne du CERN, elle coordonne depuis cinq ans le projet européen Gamma MRI. _«L’objectif est de développer une nouvelle modalité d’imagerie biomédicale combinant la résolution de l’IRM avec la haute sensibilité des techniques de médecine nucléaire comme le SPECT et le PET»_ , explique-t-elle. Si des systèmes hybrides existent déjà, ils reposent encore sur des acquisitions séparées, suivies d’une fusion d’images complexe, qui exige des conditions strictement identiques pour le patient.\n\nLa professeure Lina Pallada. | Hepia\n\n### **Machine compacte**\n\nLe projet Gamma MRI vise précisément à intégrer ces approches en une seule séquence d’acquisition. Pour y parvenir, l’équipe a notamment déplacé hors du champ magnétique les composants électroniques nécessaires à la détection des rayons gamma, afin de limiter les interférences, et remplacé les éléments métalliques incompatibles avec l’IRM par des matériaux non magnétiques.\n\nLes travaux ont depuis franchi une étape supplémentaire. À l’instar de Multiwave, les chercheurs ont montré qu’il était possible de remplacer les aimants supraconducteurs par des aimants permanents, réduisant à la fois les coûts, l’encombrement et les contraintes de sécurité.\n\n_«Ces aimants ne permettent pas d’atteindre les intensités de champ des IRM conventionnelles»_ , précise Lina Pallada. _«En revanche, ils offrent une meilleure stabilité du champ, ce qui réduit le bruit et améliore la détection de certains signaux. On obtient ainsi une résolution spatiale satisfaisante avec une machine plus compacte, mobile et nettement moins coûteuse, puisqu’elle ne nécessite pas de systèmes supraconducteurs.»_\n\nLe prototype d’IRM associé à un détecteur de rayons gamma développé dans le cadre du projet Gamma MRI. | Hepia\n\n### **Cabinets et ambulances**\n\nÀ terme, ce type de dispositif pourrait équiper des cabinets médicaux, voire des ambulances, notamment pour le diagnostic rapide d’accidents vasculaires cérébraux. La chercheuse cite d’ailleurs comme référence l’entreprise américaine Hyperfine, qui a développé Swoop, la première IRM mobile à très bas champ approuvée par la FDA.\n\nComme Multiwave, le projet Gamma MRI s’oriente désormais vers la création d’une start-up. _«Nous disposons déjà d’un prototype à bas coût – de l’ordre de 200’000 francs – capable de combiner, au cours d’une même acquisition, une imagerie par résonance magnétique et une analyse spectrométrique basée sur des traceurs radioactifs au xénon»_ , explique Lina Pallada.\n\nLe projet européen coordonné depuis l’Hepia entre ainsi dans une seconde phase, centrée sur la valorisation. «Nous préparons actuellement la création d’une start-up, avec potentiellement l’appui de l’incubateur Pulse présent au sein de l’école», précise-t-elle.\n\nToutes les innovations ne passent toutefois pas par la création de nouveaux dispositifs. Une autre approche consiste à améliorer les performances des machines déjà en place.\n\n### **Correction des mouvements**\n\nAu sein du Centre d’imagerie biomédicale (CIBM) – une plateforme commune des HUG et de l’Unige – le professeur Frédéric Grouiller, responsable de la section IRM, développe avec son équipe une approche visant à corriger les mouvements des patients lors des examens.\n\nLe professeur Frédéric Grouiller, responsable de la section IRM du Centre d’imagerie biomédicale de l’Unige. | Courtoisie\n\n_«Une IRM dure entre 20 et 30 minutes. Or, certains patients – personnes âgées, enfants ou patients fragiles – ont du mal à rester immobiles»_ , explique-t-il. Ces mouvements génèrent des artefacts, visibles sous forme de flous ou de déformations, qui dégradent la qualité des images. Dans certains cas, cela oblige à répéter l’examen, voire à recourir à une anesthésie.\n\nPour y remédier, son équipe a conçu un algorithme d’intelligence artificielle capable de travailler directement à partir des données brutes de l’IRM, avant la phase de reconstruction. En identifiant les mouvements aléatoires du patient, il en corrige les effets et limite les dégradations de l’image. «Alors que les plannings d’IRM sont saturés, cela permettrait de réduire le nombre d’examens répétés et donc les coûts», souligne Frédéric Grouiller.\n\nLe projet a récemment obtenu un financement Innogap d’Unitec, le bureau de transfert de technologies de l’Université de Genève, afin d’évaluer son potentiel de brevetabilité. La création d’une start-up reste toutefois incertaine, en raison de la forte concentration des fabricants d’IRM. _«Le plus simple serait que ces industriels acquièrent une licence pour intégrer ces algorithmes à leurs machines»_ , précise-t-il.\n\nEnsemble, ces approches dessinent plusieurs trajectoires complémentaires. Du bloc opératoire aux dispositifs mobiles, de l’optimisation logicielle aux nouvelles modalités hybrides, elles constituent un écosystème où physique fondamentale, ingénierie et médecine convergent – à Genève.\n\n**Une plateforme pour les réunir toutes**\n\n\nLa multiplication des technologies d’imagerie et l’amélioration de leurs performances ouvrent de nouvelles opportunités aux start-up. Mais cette évolution a aussi un revers: elle s’accompagne d’une hausse du nombre d’examens. Il arrive aussi que des images soient indisponibles, perdues ou simplement inaccessibles au moment où elles seraient utiles, ce qui conduit à les refaire inutilement.\n\n\nAncien chef du département de radiologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et passé par l’Université de Californie à Los Angeles, Osman Ratib connaît bien ces limites. Il a également observé les difficultés rencontrées lors des tentatives de mise en place du dossier électronique du patient (DEP) en Suisse. De ce constat est née l’idée d’une plateforme centralisée pour les données d’imagerie médicale.\n\n\nIl y a quatre ans, il s’associe avec Joël Spaltenstein comme directeur technique et crée Agora Care, un projet soutenu par la Fondation genevoise pour l’innovation technologique (Fongit). L’entreprise propose un système de stockage sécurisé des images médicales. Celles-ci, souvent volumineuses et dispersées entre différents centres, sont regroupées dans un espace numérique personnel. Hébergées en Suisse, elles bénéficient d’un cadre strict de protection des données, tout en restant accessibles en ligne, partout dans le monde, grâce à un système de consultation en streaming.\n\n\n**Organiser, classer, synthétiser**\n\n\nConcrètement, en cas d’urgence ou de consultation loin de son lieu de résidence, un patient peut donner accès à ses examens antérieurs aux médecins. _«Cela concerne toutes les modalités d’imagerie – radiographies, IRM, échographies – dont on perd parfois la trace, alors qu’elles peuvent être essentielles pour comprendre un parcours médical»_ , explique Osman Ratib.\n\n\nLe modèle repose sur un principe simple: donner au patient le contrôle de ses données. «C’est lui qui autorise la collecte, le stockage et le partage des images avec les professionnels de santé», précise-t-il. La plateforme ne fournit pas d’analyse médicale et n’utilise pas l’intelligence artificielle à des fins diagnostiques. En revanche, elle s’appuie sur ces technologies pour organiser les documents, les classer et en proposer une synthèse compréhensible.\n\n\nÀ ce jour, près de 14’000 patients utilisent Agora Care. La version gratuite permet de récupérer, stocker et partager facilement ses examens d’imagerie, tandis qu’une offre _premium_ étend ces fonctionnalités à l’ensemble du dossier médical, incluant résultats de laboratoire, comptes-rendus de consultation ou ordonnances.\n\n****",
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