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Actions de sa banque contre immeubles: l’alliance improbable de Chatila avec un promoteur sous enquête

heidi.news.web.brid.gy June 6, 2026
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On l’a vu dans l’épisode précédent: le patron du groupe m3 vend ou promet des parts de sa banque TradeX pour régler des dettes. Cette fois, c’est un paquet d’actions qui a servi à acheter une vingtaine d’immeubles à deux promoteurs genevois sous enquête pour escroquerie et faux dans les titres. Deux ont été revendus à la famille d’un député de la Douma, sous sanctions suisses. Or la cession d’actions, qui s’est nouée au bord du lac de Zoug, est bloquée. Pas par la Finma, qui ne semble pas avoir examiné la «bonne réputation» de ces nouveaux actionnaires, mais par l’office des poursuites à Genève. Ces complications valent au groupe m3 une plainte pour escroquerie de ces promoteurs, défendus par l’avocat genevois Stéphane Grodecki.

Dans son souvenir, c’était à la fin des années 1990. Abdallah Chatila est au début de sa carrière dans l’immobilier. Déjà passionné d’art contemporain, il entend parler d’un sculpteur un peu particulier. « Je suis allé voir ses statues, se souvient-il près de 40 ans plus tard. Il avait rempli un appartement entier dans les tours du Lignon. Une fois à l’intérieur, il me dit: “Je suis aussi le propriétaire de l’immeuble”». Cet artiste, auteur d’œuvres monumentales visibles à Pékin, Chamonix ou Cavalaire-sur-Mer ainsi que d’un sigle géant titré «L'Homme et sa terre ou l’humain en mouvement» sur l’un de ses immeubles à Genève, ne ment pas. Il possède alors non seulement l'immeuble mais également près de 700 autres appartements dans trois des tours de cette cité de Vernier, la deuxième commune la plus peuplée du canton, aux portes de Genève.

Cet artiste et magnat de l’immobilier, c’est Jean-Pierre Romy, issu d’une des nombreuses familles juives chassées d’Egypte par le colonel Nasser suite à la crise du canal de Suez en 1956. Arrivé très jeune à Genève, il y fréquente la faculté de sciences économiques et sociales de l’université entre 1969 et 1974. Un demi-siècle plus tard, il est décrit comme le patriarche d’ «un groupe familial, actif depuis 50 ans dans l’immobilier et né de [sa] passion de l’immobilier», selon le magazine Immobilier.ch.

Un petit immeuble à Zoug

A son apogée, Jean-Pierre Romy est à la tête d’un petit empire immobilier évalué à 150 millions de francs, dont une partie est gérée par son fils. Si les immeubles sont en Suisse romande, les sociétés qui les détiennent, elles, sont à Zoug, canton accueillant qui pratique le taux d'imposition sur les bénéfices des sociétés le plus bas de Suisse – 11,9% contre 14,7% à Genève. Une domiciliation de choix, depuis les années 1990, pour les holdings immobiliers romands.

C’est plus précisément à Risch-Rotkreuz, entre la rivière Reuss et le lac de Zoug, dans un petit immeuble gris de deux étages, deux garages mais bien davantage de boîtes aux lettres pour ses sociétés immobilières, une quinzaine. Selon un document que nous avons pu consulter, l’ensemble des participations de ces sociétés ont été regroupées en 2012 dans une seule holding, Traderline AG, valorisée alors à 107 millions.

Tragique incendie

Jusque là, tout allait bien pour les Romy. Le père pouvait se présenter en «sculpteur de la paix» sous l’égide de l’ONU ou de l’Unesco en présentant ses œuvres en Chine ou en Iran pendant que le fils apprenait le métier comme stagiaire au sein du Comptoir de l’Immobilier à Genève. Et tout irait peut-être encore très bien si un de leurs immeubles n’avait pas pris feu.

C’était la nuit du 9 au 10 janvier 2021. Le bâtiment, au 8 de la rue Royaume, au cœur du quartier des Pâquis à Genève, se consume dans un violent incendie. Un drame pour ses occupants qui fait alors les gros titres des médias, notamment décrit à l’époque par Le Temps. Quand les flammes s’éteignent, le scandale éclate. Les appartements, dans un état délabré, étaient pour la plupart gérés par un vaste réseau de marchands de sommeil. Huit Philippins se partageaient ainsi un trois-pièces gorgé d’humidité pour 2200 francs par mois. Selon des documents que nous avons pu consulter, certains baux étaient antidatés, certains états locatifs étaient falsifiés et les loyers récupérés en cash par des ouvriers et des hommes de main, auprès de personnes dont certaines étaient sans papiers, et parfois reversés au propriétaire, selon des conversations WhatsApp que nous avons obtenues. L’immeuble appartient à Burval SA, une société en liquidation depuis 1998 gérée par les Romy, qui apparaît dans les actifs aux bilans de la holding Traderline AG.

Enquête genevoise

En mars 2021, suite à l’incendie, le Ministère public genevois ouvre une enquête pour incitation à l’entrée, à la sortie et aux séjours illégaux, escroquerie et faux dans les titres, et cela en lien avec plusieurs propriétés des Romy, y compris au Lignon. Le fils passe quelques jours en détention provisoire tandis que le père, sous avis de recherche, séjourne dans le sud de l’Europe et ne s’est jamais présenté aux audiences, la dernière ayant eu lieu le 24 septembre de l’année dernière, malgré l’obtention d’un sauf-conduit émis par le Ministère Public. Les enquêteurs ont pu se sentir nargués par le fait qu’il publie, en janvier 2024, 33 vidéos sur YouTube où il raconte sa vie et détaille ses goûts artistiques. Quoi qu’il en soit, l’enquête demeure en cours, pour escroquerie et faux dans les titres, et les prévenus restent à ce jour présumés innocents. Quant au fils, interrogé par Heidi.news , il dit attendre «sereinement du Ministère public qu’il rende une ordonnance de classement, afin de mettre un terme définitif aux rumeurs calomnieuses et spéculations relayées dans certains articles de presse.»

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