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Sauver la Méditerranée, mode d'emploi: quand les pêcheurs du coin deviennent rangers des mers

heidi.news.web.brid.gy June 3, 2026
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Photographe sous-marin, Zafer Kızılkaya est catastrophé quand il revient en 2008 dans les eaux turquoises du golfe de Gökova, en Turquie. La surpêche et le changement climatique ont rasé les fonds, les poissons et les algues ont disparu. Du côté des autorités, on botte en touche. Alors il s’attelle à mettre les pêcheurs de son côté, ce qui n'est pas une mince affaire.

Dans les eaux turquoise du golfe de Gökova, au sud-est de la Turquie, entre Bodrum et Marmaris, on pêche au moins depuis l’Antiquité. Thon rouge, daurade, denté… Mais quand le photographe sous-marin Zafer Kızılkaya revient dans sa région natale en 2008, il s’aperçoit que les fonds marins de son enfance, normalement luxuriants et plein de vie, semblent comme vitrifiés.

«Les poissons, les éponges, les crustacés… tout avait disparu. Il ne restait même plus d’algues sur les rochers. Mais pas d’algues, c’est impossible! Si vous avez des rochers, de la lumière et la mer, vous avez toujours des algues normalement.»

La surpêche est-elle responsable de ce désastre? En 2009, il prend contact avec les pêcheurs du coin et le constat se précise: dans le golfe, les produits de la pêche sont en train de disparaître à une vitesse alarmante. «Quarante pour cent des revenus des pêcheurs provenaient d'une espèce de mérou, le mérou blanc, qui avait complètement disparu, et 20%, des crevettes caramotes, aussi disparues.»

Zafer obtient une petite subvention des Nations unies pour sensibiliser les premiers responsables – mais aussi les premières victimes – au problème de la surpêche. «Pendant un an je leur ai montré des exemples d'autres pays, comme le Mexique ou la Nouvelle-Zélande, où l’interdiction de la pêche dans certaines zones a permis de reconstituer les populations de poissons bien au-delà des zones concernées.»

L’évangélisation des pêcheurs va jouer un rôle clé dans le réensauvagement du golfe de Gökova. Mais de là à imputer l’effondrement de l’écosystème aux seuls pêcheurs, il y a un pas que Zafer ne franchit pas. La solution au mystère du désert nucléaire va se révéler autrement plus subtile…

Une mer en voie de tropicalisation

Dans la petite villa qui sert de siège à l’AKD, Zafer Kızılkaya et Kayhan Güceli viennent d’achever le nettoyage des capteurs de température sous-marine qu’ils ont relevés une heure plus tôt. La magie du Bluetooth opère et sur son PC, Zafer Kızılkaya dispose désormais de tous les relevés de températures entre avril 2024 et avril 2025, de la surface jusqu’à 40 mètres de profondeur. De quoi permettre une comparaison sur les dix dernières années.

«Vous voyez, le thermocline (la zone de transition thermique entre les eaux chaudes de surface et les eaux froides en profondeur, ndlr.) était à 22 mètres en 2015, commente-t-il. Cela signifie qu’en août et en septembre, la température de l’eau atteignait 30°C à cette profondeur. En 2017, ce niveau est descendu à 27 mètres. Aujourd’hui, il est à presque 40 mètres.»

Le phénomène de fond est clair: sous l’effet du changement climatique, «la Méditerranée orientale devient une mer tropicale. C’est pour cela que nous avons quelque chose comme 1100 espèces invasives, la plupart remontées de la mer Rouge par le canal de Suez.»

Les poissons-lapins de Gökova

En 2009, la première preuve du rôle des espèces invasives dans l’effondrement des fonds du golfe de Gökova va venir d’une expérience scientifique initiée par Zafer Kızılkaya. Pour comprendre la disparition des algues, il pose sur les fonds marins de petits enclos de protection, dont le maillage étroit (1 centimètre carré) empêche la venue des gros poissons.

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