Viol en Valais: l’affaire où tout le monde se contredit
On a vu, dans l’épisode précédent, que la justice valaisanne a peut-être confondu deux soirées et que plusieurs détails pourraient disculper les condamnés. Il faut dire que les enquêteurs n’ont pas été aidés: les déclarations de la victime et des suspects sont floues, voire contradictoires, sans doute altérées par l’atmosphère festive de l’époque des faits, marquée par la consommation de cocaïne. Et cela alors que le principal responsable, Besmir, avoue, trop tard, avoir menti.
Il faut aborder maintenant un terrain délicat. Dire que Véronique se contredit, ce n'est pas dire qu'elle ment. Ce n'est pas dire qu'elle n'a pas été violée. C'est dire que ses déclarations, prises dans leur ensemble, ne permettent pas d'établir avec certitude qui était là la nuit en question, ni ce qui s’y est passé – et que la justice aurait pu en tenir compte.
Heidi.news a tenté, à plusieurs reprises, par son avocat, Me Basile Couchepin à Martigny et directement, par messages téléphoniques, de recueillir la parole de Véronique, qui n’a pas souhaité s’exprimer malgré une prise de contact deux mois avant la publication du premier épisode de cette enquête, et renouvelée ensuite. Il a donc fallu se baser sur les milliers de pages du dossier.
Une audition, deux versions
Les doutes portent d’abord sur la date. Au printemps 2020, elle déclare aux enquêteurs que le viol a eu lieu «deux à trois semaines» après l'épisode chez le vieil homme de Crans-Montana (voir épisode 2), que les avocats, relevés bancaires à l’appui, situent au 10 juillet 2018 – ce qui pointe vers le mois d'août. Puis elle affirme qu’il s’agissait de la nuit du 21 au 22 septembre. Deux versions, dans la même audition qui a duré six heures.
Sur Arash, l’un des suspects, ensuite. À une occasion au cours des auditions, Véronique déclare: «je ne l’ai jamais vu physiquement». Pourtant, peu après, elle le reconnaît sur une photo. Et selon des éléments versés au dossier, elle lui a acheté de la cocaïne à plusieurs reprises, en plein jour, dans la rue, ce qu’elle nie: «Je n’ai pas de conflit avec lui. Vous me dites que [Arash] a affirmé m’avoir vendu de la cocaïne, je vous assure que c’est faux.» À une autre occasion, elle nuance: «Il me semble que je l'ai déjà vu. Je ne me souviens pas des circonstances dans lesquelles je l'aurais rencontré. Je sais qu'il est ami avec Besmir, ce dernier me parlait souvent de lui». Trois versions différentes, sur le même homme, dans le même dossier. Idem pour Guillaume: «Je ne connais pas cette personne et je ne l’ai jamais vue.»
Une fêtarde
Sur sa vie sociale, enfin. Devant les enquêteurs, Véronique est discrète. Mais sa fille Murielle, 19 ans au moment de l'enquête, l'est moins. Elle décrit sa mère comme aimant faire la fête, sortant beaucoup, invitant souvent du monde à la maison. Le petit ami de Murielle est plus explicite encore: «Chaque fois que je me rendais chez Murielle, c'était la fête, un peu tous les week-ends (…) souvent jusqu'au petit matin. Il y avait chaque fois pas mal d'amis de Véronique (…) des hommes (…), mais je ne sais pas vous dire ce qu'ils faisaient exactement ensemble. C'était (…) une fêtarde. J'avais remarqué qu'elle était toujours un peu provocante au niveau de son habillement, un peu sexy.»
Ces témoignages ne disqualifient pas Véronique. Mais ils posent une question que la justice n'a peut-être pas suffisamment creusée: dans un appartement à Savièse où les soirées mixtes et alcoolisées étaient fréquentes, la nuit dont elle parle était-elle si différente des autres – et si oui, était-ce bien la nuit du 21 au 22 septembre?
Pratiques sexuelles
La justice a également examiné la question des pratiques sexuelles de Véronique. Besmir a affirmé aux policiers qu'elle «aimait le sexe hard» , qu'elle avait l'habitude d'avoir des relations avec plusieurs personnes en même temps, ce qu'il déduisait de ce qu'il avait vu sur des photos et de ce qu'il avait pratiqué avec elle, et qu'«elle aimait être attachée durant le sexe». Il évoque à ce sujet une photo qu’elle lui a envoyée le 11 janvier 2020, soit plus d’un an après la fin de leur relation. Véronique conteste catégoriquement ces affirmations devant les juges. Elle conteste toute tendance sexuelle bizarre, affirme n'avoir jamais pratiqué le sexe simultanément avec plusieurs personnes, ne pas aimer le sexe hard et n’avoir pas été demandeuse de sodomie. Quant à la photo de janvier 2020, elle aurait été prise lors d'une soirée déguisée sur le thème sado-masochiste pour l'anniversaire d'un ami, au cours de laquelle aucune relation sexuelle n'a eu lieu.
Pourtant, sa propre fille a déclaré aux enquêteurs qu'elle avait parfois quitté la maison, «dérangée par ce qu'elle entendait et qui ressemblait à du sexe assez hard». Ces éléments sont versés au dossier. Ils ne prouvent rien sur le viol. Mais ils témoignent de la complexité de la réalité que la justice a dû démêler – ou n'a pas démêlée.
Besmir, l'homme qui ment
Le personnage central de cette affaire, celui qui en tient toutes les clés, c'est Besmir. Et Besmir est un problème.
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