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"publishedAt": "2026-05-31T13:00:00.000Z",
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"Monde",
"Suisse",
"une lettre révélée par le Canard Enchaîné"
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"textContent": "Peut-on dialoguer avec les militants anti G7? Négocier avec eux un parcours autorisé? Genève tente l'expérience, alors que la Suisse a en vain tenté d'obtenir de la France, organisatrice du sommet à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin, qu'elle gère elle-même la contestation. La réponse a été hautaine, agacée. Dès lors, des milliers de policiers de Genève, de Vaud et du Valais sont mobilisés. Mais si les manifestations dérapent, le pari démocratique de Genève sera perdu.\n\nGenève a-t-elle raison de négocier avec les militants du mouvement «No G7», qui veulent donner de la voix le 14 juin prochain, alors que les puissances industrielles mondiales seront réunies à Évian-les-Bains? A Washington, Paris ou ailleurs, l’affaire aurait été classée depuis longtemps. Et fissa! Pas de rassemblement militant, dans un contexte de tensions internationales et de menaces sécuritaires.\n\nInterdire toute manifestation aurait été plus simple, alors que tout semble en place pour que Genève revive le chaos des manifestations de 2003, à commencer par la présence du président Donald Trump dans les palais feutrés de la ville thermale voisine. Et pourtant ,Genève négocie!\n\n### Délicat équilibre\n\nEt si c’était à l’honneur de la République de ne pas évacuer en un tour de main une question qui touche à l’identité même de la ville internationale et de la Suisse, terre historique des mobilisations citoyennes, des exils politiques et des débats démocratiques?\n\nPour l’heure, l’autorisation de manifester est délivrée, le parcours balisé, les forces de police organisées, les frontières partiellement fermées et les barbelés déployés, dans un délicat exercice d’équilibre entre préservation de l’ordre public et respect des libertés. Mais d’ici au 14 juin, tout peut encore basculer.\n\n### **Relations tendues avec Paris**\n\nC’est l’histoire d’un voisin qui prévoit une grande fête et qui laisse l’entourage s’occuper du ménage. Depuis des mois, la préparation du sommet se tient dans un climat de tensions entre Berne et Paris. Le président Macron aurait choisi Évian-les-Bains sans la moindre concertation préalable avec la Suisse, ce qui en dit long sur l’impuissance diplomatique de l’actuel Conseil fédéral. Ignazio Cassis a bien rencontré le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le 8 mai mais les demandes suisses ont rencontré une indifférence polie.\n\nBerne évoque les risques sécuritaires reportés sur son territoire et aurait exigé, fin 2025 déjà, la mise en place d’« _un espace d’expression sur sol français_ ». En clair, gardez vos manifestants chez vous! Le président de la Confédération, Guy Parmelin, l’a redit à Emmanuel Macron dans une lettre révélée par le Canard Enchaîné, qui aurait « _fortement_ _agacé_ » l'Élysée. A deux semaines du G7, le périmètre d'Évian est bouclé par d'importantes mesures de sécurité. La préfète de Haute-Savoie, Emmanuelle Dubée, a privilégié une _«ligne ferme»_.\n\nUn village alternatif des opposants vient d’être autorisé au parc La Fantasia, à Annemasse, par la préfecture de Haute-Savoie, les 13 et 14 juin, sous réserve des garanties sécuritaires. Le «No G7» devra s’en tenir à la jauge de 3000 manifestants, pas un de plus. C’est tardif et semble peu susceptible de répondre aux attentes des organisateurs.\n\nEn guise de consolation, Guy Parmelin aura droit à une invitation au dîner de gala des chefs d’État.\n\n### **Dialogue possible avec les militants?**\n\nC’est la question qui agite Genève, depuis des semaines et qui prend des allures de guerre de tranchées. Outre les dirigeants des sept principales puissances économiques occidentales, États-Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, ainsi que les représentants de l’Union européenne, Paris a également invité à Evian, du 15 au 17 juin, l’Indien Narendra Modi, le Brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, le coréen Lee Jae Myung, l’ukrainien Volodymyr Zelinsky et le président du Kenya William Ruto.\n\nAlors qu’elle ne participe pas au Sommet, la Suisse devra assumer une partie importante du dispositif de sécurité, notamment lors des trajets des chefs d’États sur son territoire, avec un contrôle renforcé aux frontières, une mobilisation plus de 5000 militaires et la réquisition de près de 7500 forces de police de Genève, Vaud et Valais. Dans ces conditions, peut-on faire confiance aux militants du «No G7», qui veulent un contre-sommet?\n\nDepuis des semaines, le Conseil d'État genevois est tiraillé entre les demandes des manifestants et la méfiance farouche de la droite et de l’UDC, qui s’est encore déclarée bruyamment, jeudi soir, lors des débats au parlement cantonal. Un projet de loi PLR voulait interdire tout rassemblement du 10 au 19 juin, en ville, dans les communs alentours et les secteurs jugés sensibles. Elle a été refusée, par la majorité des députés. « _Interdire la manifestation est la meilleure manière de susciter des évènements incontrôlés. Mieux vaut l’encadrer pour la sécuriser»,_ a estimé le Conseil d’État. Reste que l’arrivée possible de militants du black bloc inquiète les milieux économiques et de nombreux commerçants, traumatisés pat les souvenir de 2003. Dans ce contexte, chacun se renvoie la balle d’un dialogue difficile, mais qui a le mérite d’exister.\n\n### **Et si ça dégénère?**\n\nOn attend des dizaines de milliers de personnes à Genève le 14 juin, selon les organisateurs, et les réseaux sociaux lancent des appels à manifester dans toute l’Europe. La contestation s’organise autour d’une large coalition qui rassemble une soixantaine d’associations, des syndicats, des collectifs féministes, des mouvements écologistes, des organisations de solidarité internationale ainsi que plusieurs partis et groupes de la gauche radicale qui ont choisi la date hautement symbolique du 14 juin, journée de la grève des femmes, pour manifester. Les opposants considèrent le G7 comme l’expression d’un ordre mondial dominé par les intérêts économiques des grandes puissances occidentales. Le sommet réunira des « _prédateurs qui dirigent le monde, le mettent à feu et à sang et sèment la mort_ », a déclaré Françoise Nyffeler, membre de la coalition.\n\nPour l’heure une seule manifestation est autorisée, le 14 juin, dans un parcours imposé. Le passage par le pont du Mont-Blanc, réclamé par les organisateurs pour sa portée symbolique, a été catégoriquement refusé. La «convergence des luttes» pourra déployer ses pancartes, mais uniquement sur la rive droite, sur les quais en passant par la place de nations. La décision s’accompagne d’ailleurs d’un dispositif exceptionnel. Toute autre manifestation non autorisée sera interdite dans l’espace public genevois entre le 12 et le 17 juin. Les contrôles aux frontières franco-suisses seront renforcés, plusieurs milliers de militaires pourront être mobilisés et des restrictions de circulation sont prévues dans l’ensemble de la région lémanique. La coalition «No G7» considère que certaines restrictions portent atteinte à la liberté de manifester et a fait recours. On en est là.\n\nLes dernières mobilisations contre le G7, à l’étranger, se sont déroulés de manière globalement pacifique. À Genève, si la manifestation dégénère, comme en 2003, le pari démocratique tenté par les autorités aura échoué.",
"title": "Et si Genève, avec le G7, était en train de donner une leçon de démocratie au reste du monde?"
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