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  "textContent": "Homme d'affaires, patron de la marque Head, Johan Eliasch dirige aussi la Fédération internationale de ski et de snowboard depuis 2021. Alors que les réserves de la FIS ont fondu de 78 à 43 millions de francs en deux ans, cinq grandes nations du ski organisent sa destitution avant l'élection du 11 juin à Belgrade.\n\nLe monde du ski croyait connaître son pire ennemi: le réchauffement climatique. Mais voilà qu’un autre diable s’affiche sur la muraille, chauve, puissant et milliardaire.\n\nCes jours, Johan Eliasch, président de la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS), en prend pour son grade. En pleine course à sa propre succession – l’élection aura lieu le 11 juin à Belgrade –, l’homme d’affaires suédo-britannique, devenu géorgien pour l’occasion (on vous racontera comment et pourquoi dans le prochain épisode), s’avance avec une cible dans le dos – et du monde disposé à appuyer sur la gâchette.\n\n« _La gouvernance de la FIS est aujourd’hui fondamentalement dysfonctionnelle et dépassée, pas seulement à cause de sa complexité, mais avant tout en raison de la manière dont le président conduit les affaires_ », prévenait en avril un document confidentiel qui a circulé parmi les membres du Conseil et qui dresse, sur onze pages, un tableau fort inquiétant de la situation, sur fond de dictature brumeuse, de trous dans le budget et d’entorses aux obligations statutaires. Longtemps muselée, la meute s’apprêtait à sortir du bois. « _Cette fois, il ne peut pas s’en sortir»_ , veut croire une éminence des neiges, désireuse de rester anonyme. « _Il a longtemps su diviser pour mieux régner. Mais maintenant, le jeu est terminé_.»\n\n### Personne ne parle\n\nUne autre source, avec vue sur les 18 membres du Conseil, exprime sa « _peur de parler à visage découvert car tout écart, tout propos pourrait être utilisé par l’adversaire_ ». Ladite voix poursuit: « _Ces derniers temps, au sein du Conseil, tout le monde se sentait surveillé, personne n’osait parler ouvertement, de peur de mettre en danger sa propre candidature._ » La plupart des actrices et acteurs contactés nous ont plus ou moins gentiment éconduit.\n\nLe Grison Alex Fiva, ancien skieur acrobatique devenu représentant des athlètes au Conseil de la FIS? Silence radio. Urs Lehmann, ex-champion du monde de descente (Morioka 1993) et président de Swiss Ski entre 2008 et 2025? Il était l’un des pires ennemis de Johan Eliasch avant de devenir son CEO, poste créé de toutes pièces l’an passé. Celui dont l’attitude et l’avis pourraient compter dans la balance n’a pas souhaité nous éclairer.\n\nD’autres voix prennent position en coulisses puis, campagne oblige, dans les médias. Tout s’accélère le week-end des 9-10 mai à Portoroz (Slovénie), où la grande famille de la FIS tient son séminaire de printemps. Pendant que Johan Eliasch soigne sa communication avec emphase, brandissant des résultats annuels exceptionnels, des distributions d’argent historiquement élevées aux fédérations nationales et des slogans aériens (« _Visons plus haut_ »), la fronde se fait officielle, déterminée à devenir contagieuse.\n\n### La fronde s’organise\n\nCinq des principales fédérations du ski mondial (Allemagne, Autriche, Etats-Unis, Norvège, Suisse) s’opposent ouvertement au président et à ses méthodes. Aussitôt rejointes par le Canada et l’Espagne, elles adressent dans la foulée un courrier épicé aux 141 fédérations nationales – dont 78 ont le droit de vote. Le message, en gros: on va vite et droit dans le mur avec ce monsieur, il est grand temps de changer de cap et de capitaine avant qu’il ne soit trop tard. Dans le milieu, à un mois de l’élection, les langues se délient, les plumes s’affûtent.\n\nLe 23 mai, Christian Scherer, secrétaire général de la fédération autrichienne s’adresse, au nom des contestataires, à Johan Eliasch, à son secrétaire général Michel Vion et à son CEO Urs Lehmann. Là encore, l’attaque est frontale. L’objet du mail résume tout: « _Sérieux soucis de gouvernance et de finances requérant une transparence immédiate._ »\n\nDans le corps du message, musclé, les plaignants déplorent la non-prise en compte de leurs craintes et interrogations, ces deux dernières années. Pour eux, l’intégrité fait défaut, la stratégie se gourre. Pire que tout, les comptes de la FIS crient famine. Selon les « _informations disponibles les plus fiables à ce jour_ », le fonds de réserve de l’instance aurait chuté de 78,2 millions de francs (fin 2023) à 43 deux ans plus tard. A ce rythme, le vide est proche. D’où le caractère capital de l’élection du 11 juin.\n\nAPA / EXPA / Johann Groder\n\nDans un premier temps, la fronde avait placé quatre candidat·e·s sur la ligne de départ, étant entendu aux yeux de chacun·e qu’il s’agirait de s’effacer au profit d’un contradicteur unique, histoire de ne pas s’éparpiller inutilement face au président. La Suédoise Anna Harboe Falkenberg et l’Américain Dexter Paine ont retiré leur candidature fin mai. Il apparaît probable que la Britannique Victoria Gosling en fasse bientôt de même afin de laisser champ libre au Liechtensteinois Alexander Ospelt.\n\nEnfin, libre… « _Maintenant, il reste à voir comment M. Eliasch voudra s’opposer à son adversaire. S’attaquera-t-il directement à lui en essayant de le discréditer et de lui chercher des poux?_ », s’interroge un observateur rompu à ce type de joutes. « _Quand on voit comment il fonctionne et à quel point ce poste est important pour lui, il n’est pas impossible que le verdict du 11 juin soit ultérieurement remis en question devant le Tribunal arbitral du sport._ »\n\nLa confiance en Johan Eliasch, qui n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations, malgré plusieurs tentatives, est si relative qu’elle vire à la méfiance ambiante. Le 23 mai, Diego Züger, co-CEO de la fédération helvétique, a adressé à Michel Vion et aux services administratifs de la FIS une requête de scrutin sur bulletin papier - et non par vote électronique. Dans l’argumentaire, les cinq fédérations susmentionnées ne cachent pas « _leur souci quant à l’intégrité, la transparence et la fiabilité du processus électoral, en particulier lors de l’élection du président de la FIS_ ». Elles réclament des mesures spéciales afin de garantir le secret des opinions.\n\n### Défiance à tous les niveaux\n\nDeux voix initiées nous ont confirmé que lors des derniers Congrès, le système de vote digital avait fait naître des soupçons. Lors de l’élection des 18 membres du Conseil, en 2024 à Reykjavik, le verdict avait « _mis un temps fou, plus d’une heure_ », avant de tomber. De quoi alimenter quelques mauvaises pensées, non loin du soupçon. Diego Züger n’avait pas encore reçu de réponse à sa requête, vendredi.\n\nLa défiance irradie la campagne, également parce que cette dernière est placée sous l’égide dudit Comité de Nomination et de Rémunération (CNR). Habilité à trancher toute question concernant l’éligibilité des candidats ou le déroulement des opérations, le groupuscule avait été élu en juillet 2024, par les poils et sur fond de discorde, déjà. A l’époque, le président Eliasch avait promis qu’un quatrième membre, représentant des athlètes, serait élu par la suite. Il n’en fut rien.\n\nComme l’Australien Dean Gosper – pas un ennemi de Johan Eliasch – a choisi de se retirer puisqu’il est par ailleurs candidat au Conseil, ils ne sont plus que deux. Jacques Pastore, _«compatriote»_ monégasque du président de la FIS, qui y réside – il s’entend bien avec le Prince Albert II; et surtout Rory Tapner, président du Comité de Nomination.\n\n### Marquage serré\n\nIl n’est pas inintéressant de noter que ce dernier, patron de la fédération britannique des sports de neige entre 2019 et 2023, avait servi de chef de campagne officieux à Eliasch en 2021, lui organisant des visites auprès d’autres fédérations lors de la période Covid, supervisant la création et la diffusion de vidéos en forme de manifestes. Bref: aux yeux du milieu, le CNR, compétent en toute matière électorale, est à la botte de Johan Eliasch.\n\nL’opposition tente d’obtenir la destitution du binôme, vu le conflit d'intérêt. Sollicité en ce sens, le Comité d’éthique n’a pour l’instant pas pu agir. Qu’il le fasse ou non, comme le note un témoin, « _une grosse pression est désormais exercée sur les intéressés, qui ne peuvent plus faire n’importe quoi_ ».\n\nMarquage serré, les yeux dans le dos et calculette sous le pif. Sur les 78 fédérations nationales appelées à voter, les plus grandes (19) disposent de trois voix, 16 de deux voix et 43 d’une seule. « _Le danger, ce sont les voix des plus petites fédérations_ », estime Diego Züger. « _Johan Eliasch leur fait beaucoup de promesses et les met ainsi sous pression – certains deviennent nerveux. De notre côté, nous essayons de leur faire comprendre, en toute transparence, que la FIS n’aura bientôt plus de fonds à distribuer si elle ne se redresse pas financièrement._ »\n\n### Le retour des enveloppes?\n\nL’important travail de sape et de persuasion semble porter ses fruits, mais Johan Eliasch avance aussi ses pions. « _On peut être raisonnablement optimiste mais terriblement prudent_ », synthétise un partisan du changement. « _A priori, il y a eu une prise de conscience, ces derniers temps. Les grandes fédérations ont pris position et les petites sont en train de comprendre que les promesses faites ne seront pas tenues. Après, c’est toujours pareil: on effectue ses pronostics sur la base de paroles données oralement qui, des fois, peuvent changer. Il y aura quelques nuits des longs couteaux à Belgrade, du 8 au 9 juin, du 9 au 10 puis du 10 au 11._ »\n\nFaut-il craindre le retour des enveloppes de 50’000 dollars dans les couloirs d’hôtel, comme lors des grandes années de la FIFA? « _La bonne nouvelle, c’est qu’il y a bien moins d’argent dans le ski que dans le football et qu’il n’y a plus trop de liquidités à la FIS._ »\n\nSans viser les honoraires des footeux, les skieurs alpins aimeraient bien voir leurs primes prendre le tire-fesses. « _Au début, le président Eliasch nous a promis qu’il allait nous faire gagner autant d’argent que les tennismen, et pas grand-chose n’est venu_ », nous dit Daniel Yule, septuple vainqueur en Coupe du monde. « _Le ski est ma passion et je me considère comme très chanceux de pouvoir en vivre. Les finances de la FIS ne devrait pas être notre priorité. Mais quand on voit les sommes évoquées, on est un peu obligés de se demander où est passé l’argent.»_\n\n### Circulaire d’opposition\n\nLe slalomeur valaisan, joint dans son camp d’entraînement en Espagne, parle ainsi après avoir reçu, comme tous ses confrères, une circulaire envoyée par AJ Gillis, représentant des skieurs alpins à la Commission des athlètes de la FIS. Un courrier qui appelle à un changement urgent et exhorte les sportifs à donner leur avis… contre Johan Eliasch. « _Son cheval de bataille, c’était de dire que les athlètes étaient avec lui. Ça n’est plus le cas._ »\n\nEn bon compétiteur, Daniel Yule demeure prudent: « _Malgré tous les vents contre lui, je pense qu’il y aura match. On parle de quelqu’un qu’il ne faut absolument pas sous-estimer._ »\n\nIl n’y a pas de risque. Ceux qui souhaitent voir le khalife chuter savent comment il est arrivé là. Pourquoi, d’ailleurs, avoir sorti les griefs aussi tard? « _Les fédérations ont bien essayé de se mobiliser et d’organiser un congrès extraordinaire, voici un an, mais les grandes fédérations avaient eu du mal à se mettre d’accord à l’époque_ », nous explique-t-on. « _C’est tout bête mais aligner la Suisse et l’Autriche, historiquement, c’est dur. Chacun veille à ses propres intérêts, dans un milieu très conservateur et très influencé par ses montagnes – donc pas très ouvert par définition._ »\n\n### Un Liechtensteinois rassembleur\n\nLes digues ont sauté. Un Liechtensteinois (Alexander Ospelt) a visiblement pour destin de réunir Suisses, Autrichiens et… suffisamment du reste du monde afin de putscher le pouvoir. « _J’aimerais incarner une alternative, endosser la mission qui consiste à redonner de la transparence à la FIS, dans le dialogue et l’écoute, avec une gouvernance propre et un processus clair quant à la stratégie, aux prises de décision_ », nous a glissé l’ancien prof de ski devenu avocat.\n\nSon degré d’optimisme? « _Les retours sont bons, pour l’heure._ » De possibles attaques personnelles de la part de son adversaire? « _Tous les candidats ont un code de conduite à respecter, j’espère que ce sera le cas_ », tempère celui dont le petit-cousin a repris l’ancestrale entreprise familiale de boucherie-charcuterie.\n\nComment faire tomber une tête, mode d’emploi. C’est une façon de résumer le climat, à moins de deux semaines de l’élection de Belgrade. Mais comment diable Johan Eliasch, chauve, puissant et milliardaire, a-t-il pu à ce point cornaquer la FIS et cristalliser autant de désamour en cinq ans de règne?\n\n**Dans le prochain épisode: tout ce que l’on reproche à Johan Eliasch**",
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