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Après Trump, Poutine à quatre pattes devant l’Empereur de Chine

heidi.news.web.brid.gy May 23, 2026
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Chaque semaine, le dessinateur Pitch Comment et la rédaction de Heidi.news partagent leur regard sur l'actualité. Cette fois-ci, on se penche sur les visites officielles de Donald Trump puis de Vladimir Poutine à Pékin cette semaine, lors d'une séquence diplomatique qui en dit long sur la position d'une Chine de plus en plus centrale.

La séquence est révélatrice, presque caricaturale. Seulement 24 heures après la visite officielle de Donald Trump à Pékin, c’était au tour de Vladimir Poutine, les 19 et 20 mai 2026, de rendre visite au président chinois Xi Jinping. Ce défilé de prétendants, à l’heure où la géopolitique se rappelle au monde, dit quelque chose des nouvelles lignes de force. Au centre, l’Empire du Milieu, autour, les grandes puissances déclinantes du 20e siècle.

Bien sûr, les présidents américain et russe n’ont pas été logés à la même enseigne. Mais la diplomatie est l’art de la subtilité.

Un égal pour rival et un ami subalterne

Donald Trump a été accueilli à sa descente d’avion par le vice-président chinois, avant de rencontrer Xi Jinping sur les marches du palais de l’Assemblée du peuple (symbole de la Chine communiste), place Tian'anmen, avant de visiter le fameux temple du Ciel (symbole de la Chine impériale). Le lendemain, de façon très inhabituelle, il a été invité à Zhongnanhai, le cœur du pouvoir chinois, en remerciement pour l’accueil qu’il avait réservé à Xi Jinping à Mar-a-Lago en 2017.

Vladimir Poutine a quant à lui été accueilli par le ministre des Affaires étrangères Wang Yi (d’un rang inférieur au vice-président, donc) puis invité le soir venu à prendre le thé en compagnie de son homologue chinois le soir même au Grand Palais du Peuple, en signe d’amitié renouvelée. L’ambiance de la visite officielle était chaleureuse, mais sans effusions.

Traduction de ces subtilités protocolaires: l’un est un rival systémique et pas (encore) un adversaire déclaré, traité avec le respect dû à un égal, tandis que l’autre est un partenaire de confiance («sans limites», selon l’expression de 2022 qui a fait long feu) mais traité comme inférieur.

Peu de Boeing, pas de gazoduc

Côté bilan, les deux sont arrivés affaiblis et repartis plus ou moins déçus. Donald Trump, embourbés en Iran et confronté au ralentissement de l’économie qu’il a lui-même provoqué, est venu avec une armada de chefs d’entreprises pour un résultat décevant. Un contrat pour 200 Boeing contre 500 escomptés, ainsi un engagement de la Chine à ne pas fournir de matériel militaire à Téhéran. Mais aucun geste diplomatique franc, et pas de gros contrat inattendu susceptible de relancer une croissance américaine en berne. Maigre bilan, donc.

Du côté de la Russie, la moisson est plus riche, avec une quarantaine d’accords intergouvernementaux dans de nombreux domaines (commerce, éducation, nucléaire civil, médias…) et un plan de coopération 2026-2030 sur des questions stratégiques comme l’IA ou la Route maritime du Nord. Sans oublier une déclaration conjointe à venir sur un «monde multipolaire» — une revendication commune aux deux pays.

Mais le président russe avait surtout un dossier à faire avancer: «Force de Sibérie 2», son projet de gazoduc transsibérien vers la Chine, vital pour l’économie russe.

Amitié et cynisme

Or, sur ce sujet, c’est chou blanc. Le point de blocage officiel est tarifaire, puisque la Chine demanderait un prix au mètre cube de GNL deux fois inférieur au prix actuel du marché asiatique. Mais sur le fond, Pékin semble peu enclin à accentuer sa dépendance énergétique à Moscou, tout en continuant à profiter des sanctions pour se fournir en pétrole russe à vil prix.

La Chine peut se permettre de dicter ses conditions: elle pèse plus du quart des exportations russes, serait responsable de 80% des cas de contournements de sanctions identifiés par Bruxelles, et fournit 80% des composants des drones russes. Le temps travaille pour elle.

Anecdote qui en dit long: d’après plusieurs sources américaines, Xi Jinping a estimé auprès de Donald Trump que Poutine pourrait finir par «regretter» l’invasion de l’Ukraine. Pékin se garde d’ailleurs bien d’évoquer une alliance avec Moscou, ou même de faire ouvertement pression sur l’Ukraine, se contentant de porter discrètement son partenaire russe à bout de bras.

Comme si une Russie reconnaissante mais affaiblie lui était plus utile qu’un voisin en pleine possession de ses moyens. En géopolitique, c’est ce qu’on appelle un asymétrie de puissance. Et, dans le monde canin, une laisse courte.

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