Je dois me méfier de ce qui conforte mon point de vue

did:plc:sd3acwgcdqc5doj5bqttjvs4 May 27, 2026
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Ce n’est pas que j’aie forcément tort. Mais si par mes lectures, mes échanges, je ne vais chercher que ce qui abonde dans la même direction que la mienne, alors je risque de perdre la distance critique y compris vis-à-vis de mon propre raisonnement, de mes perceptions, de mes représentations. Il en va de même en art ou en poésie. Si je ne vais qu’à ce qui me plaît, je ne me permets plus de voir les choses autrement et d’enrichir mon panel de sensations. Ce qui ne veut pas dire que je me refuse d’aimer ce qui m’ouvre et m’enrichit l’esprit tout en me permettant d’aller de l’avant. Le café du commerce de la pensée Le sentiment d’injustice qui peut être légitime, peut aussi être erroné, faussé ou exagérément alimenté. Il devient ressentiment, colère, jusqu’à dénier la réalité si besoin. De part et d’autres, nous pouvons nous laisser instrumentaliser. Ainsi, l’extrême droite qui laisse croire aux plus pauvres qu’ils le sont à cause des émigrés et non à cause du système économique, nourrit facilement le ressentiment et le bruit jusqu’à la haine, l’exclusion, le rejet. D’autres qui orientent le regard vers les plus pauvres en les soupçonnant de fraude aux aides sociales ne font rien d’autre. Dans les deux cas on ne réfléchit pas aux véritables causes des difficultés des uns et des autres. Pour d’autres encore, le scandale est que les riches ne participent pas plus à l’effort collectif. Ce qui n’est pas faux. Mais la véritable cause du problème réside plutôt dans l’organisation du système économique et la possibilité laissée de spéculer. Notons que celles et ceux qui ont à la bouche « la valeur du travail » sont les mêmes qui défendent un système où l’on rémunère l’argent, la spéculation, les placements et non le travail. On n’interroge plus d’ailleurs la valeur de ce qui est produit entre biens matériels et immatériels, services, biens et produits de première nécessité et produits de luxe. Le café du commerce de la pensée, s’énerve, fait du bruit mais ne se réfère pas aux valeurs qu’il prétend défendre, il fait fi de tout sens de l’éthique. Ainsi, pour faire rire une salle, un orateur qui se dit antiraciste est capable de jouer avec les façons d’accentuer les noms de personnes juives. Il se défendra de tout procès d’intention en jouant de la naïveté dans un piège idéologique presque parfait. Tout ne se vaut pas Il ne suffit pas d’aller affirmer une chose à la télévision pour qu’elle soit vraie. Pourtant la contamination toxique fonctionne puissamment. Les tentatives parfois naïves d’objectiver la réalité se heurtent trop souvent à des visions binaires. Il faut que ce soit vrai ou faux. On ose rarement dire que « ça dépend ». Ce qui nous tue, ce sont les généralisations. Qu’est ce qui est le plus efficace ? Rendre obligatoire un test médical pour détecter le cancer à temps ou développer une véritable politique publique de prévention pour lutter contre l’émergence de cancers ? Est-il mieux de réunir un petit groupe d’élèves porteurs de handicap pour les aider ou de les intégrer de façon équilibrée dans une classe hétérogène de moins de vingt élèves ? La réponse n’est pas forcément binaire et ne pourra s’imaginer sans approche systémique prenant en compte la complexité de la situation. On ne peut envisager chaque question comme une question fermée. Il faut se méfier des vrais ou faux, des sondages, des référendums qui sont des empêcheurs de penser. Se prémunir Les réseaux sociaux sont l’exemple dorénavant classique. Soit on se conforte mutuellement en opinant du chef, soit on s’oppose en des combats fratricides. Je m’intéresse plutôt à des partages constructifs d’informations suffisamment étayées. La difficulté est de vérifier ce qui est dit et de ne pas faire confiance a priori. La dénonciation légitime d’un scandale, peu importe lequel, ne peut s’effectuer sans exigence éthique. Ce que je dois me dire sans cesse, c’est que ce n’est pas parce qu’une personne paraît penser comme moi ou corrobore ce que je crois, que nous ne sommes pas dans l’erreur. Il y a une sorte de biais de confirmation. Si je dois m’obliger à penser contre moi, cela ne veut pas dire mettre à néant mes convictions ou mes valeurs dès qu’un point de vue opposé se présente : c’est commencer par m’interroger sur le pourquoi de l’expression d’un tel point de vue, d’où il a été formulé, dans quel contexte et en quoi il vient heurter le mien. Tout cela doit se passer entre soi et soi. « La parole doit sortir du cœur et non de la bouche » (Colette Magny).

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