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"description": "Sonny Rollins est mort maman ! et je me souviens que c'est ma mère qui me le fit découvrir comme tant d'autres",
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"Sur le vif"
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"textContent": "Les hommages vont pleuvoir. Une pluie ne peut faire que du bien par les temps qui courent. Sonny Rollins est mort maman. Toi aussi, mais il y a bien longtemps. C’est toi qui me le fit connaître et tant d’autres. Très tôt. Le son de son saxo me remonte la colonne vertébrale comme lorsque j’étais bébé. Jazz au berceau Car ma mère était férue de jazz. Je ne sais pas si c’était fréquent pour une jeune femme du début des années soixante issue d’une sage famille catholique. Dans ma collection dorment quelques trente-trois tours qui tiennent la route malgré les déménagements. N’éveillons pas les jalouseux ! Les disques de jazz, de Sonny Rollins et d’autres, tournaient surtout le soir et je me suis endormi souvent bercé par la musique qui venait du salon. Je ne connais rien ou si peu à la musique, mais j’ai appris à parler jazz très tôt, à entrer dans les circonvolutions de la cavalcade joyeuse, à sentir aussi qu’il y avait quelque chose sous cette musique, une histoire, une douleur. Mon enfance, mon adolescence… et au fond il n’est pas très étonnant que mon oreille et mon cœur d’adulte se soient accrochés plus tard à Colette Magny qui a permis la rencontre de textes en français avec le jazz… même si le jazz lui même ne tient pas sous les étiquettes qu’elle détestait. Aujourd’hui encore, le jazz plonge en moi et vient toucher quelque chose qui se situe plus entre les épaules que dans le cerveau. Une affaire de vibration. Je rentrai du jardin J’ai appris la nouvelle. J’ai dit « –– Oh ! » . Et soudain le vertige du temps mélangé d’un sentiment de reconnaissance. Dehors, le soleil commence à taper dur. Dedans, l’ombre te prend, protectrice. Son nom sonnait si bien. Sur Inter ou France Musique, je ne sais plus, les souvenirs se mêlent, il y avait cet animateur à la voix incroyable qui faisait sonner les noms des artistes avec un phrasé fruité de jazzman : — Sonny Rollins, Charlie Parker, ( et le contrebassiste, ha oui,) Paul Chambers. Faites sonner les syllabes ! Suivait l’énumération de lieux mythiques d’une Amérique qu’on aimait car des douleurs naissait l’espoir d’une libération, d’une émancipation. « — Oh Sonny Rollins ! » Maman, que je n’appelais jamais autrement que par son prénom en public, je serais allé dans ta chambre. Tu aurais dit quelque chose. Nous aurions cherché les disques. Je t’aurais demandé si j’aurais pu en mettre un, lequel ? Tu m’aurais laissé choisir. Si. Puis je me serais assis sur le lit à côté de toi allongée, un livre près de toi, le dos appuyé sur tes nombreux coussins avec tes cheveux coiffés en deux grandes couettes généreuses. Peut-être bien qu’on aurait fait ça. Aujourd’hui, même si je sais que la relève est assurée, et c’est heureux, plus personne autour de moi ne sait qui était Sonny Rollins. Je montre rarement des photos de toi. Il y en a peu. Ta personnalité frappe encore les esprits presque quarante ans après. Il me reste juste des bouts de jazz et de poèmes en héritage, et de lourds disques qui craquent.",
"title": "Sonny Rollins est mort maman ! toi aussi",
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