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"description": "au supermarché je viens de croiser une étrange vieille femme portant une longue doudoune trop grande pour elle",
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"Sur le vif"
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"textContent": "Aucune envie de me moquer. Plutôt une sorte d’interrogation mêlée de surprise inquiète. On voudrait ne pas se mêler de la vie d’autrui, encore moins juger. Au supermarché, ce fut ce matin, jour caniculaire, l’improbable rencontre d’une dame dans une longue doudoune noire, déambulant entre les rayons. Que fait-elle à présent ? Comme une fugitive La mince silhouette d’une dame âgée. Ou plutôt une tête et des pieds émergeant de ce manteau trop grand pour elle. Le cheveu très court, mal taillé, une teinture de noir charbon sûrement faite maison. Les traits émaciés d’un petit visage sur un cou malingre qui sortait de la doudoune matelassée, trop longue, de couleur anthracite, au tissu synthétique brillant. Elle était soigneusement fermée de bas en haut jusqu’au menton qu’elle semblait retenir. Du long tuyau, sorte d’armure protectrice, sortant comme deux piques dures et sèches, deux chevilles frêles rivées dans des socquettes courtes blanches plongeaient dans des claquettes de piscine noires qui ponctuaient le tout. Deux yeux ronds de moineau cherchaient comment s’échapper du lieu. Le charriot poussé devant comme si elle avait voulu s’en débarrasser avançait sans bruit empli de peu d’articles. Les yeux, les socquettes blanches, cette longue doudoune trop grande. Une ligne douloureuse et amère. Un destin jeté sur le théâtre consumériste Actrice ou peut-être danseuse. Sa présence muette venait troubler jusqu’aux conversations les plus vives, comme les plus concentrés des consommateurs examinant les emballages qui en oubliaient ce qu’ils faisaient et laissaient tomber leur liste au sol. — Mais ? Cette tenue pour un jour promis à dépasser les trente degrés. Et l’avalanche de questions : — N’a-t-elle rien d’autre à se mettre ? Ne sait-elle donc pas qu’il fait déjà chaud ? Que les températures vont-être terribles ? Ne ressent-elle pas la chaleur qui monte déjà ? Pis encore en considérant les deux chevilles nues émergeant de la doudoune close : est-elle nue sous ce vêtement ? Aucune source d’ambiguïté ou d’érotisme possible que le désarroi de cette sorte d’oiseau flottant dans son manteau épais, peut-être rembourré de plumes. Une belle doudoune, certainement très chaude, un vêtement de qualité, probablement cher, que l’on porterait volontiers l’hiver, par un jour de neige dans une station de ski. Les enfants baissaient le regard. Un œil en dessous, j’ai vu une petite fille murmurer une question inquiète à sa mère en lui serrant la main. Pouvait-elle donc être dangereuse cette étrange fugitive ? — Qu’est-ce qu’elle a la dame ? — Chut, ça ne se fait pas. Regards croisés entre adultes. Communion discrète dans l’inquiétude complice. On se dit par la transmission de pensée que c’est vrai, elle est bizarre quand même celle là. Encore une originale. Une folle peut-être. Je l’imaginais arrachée soudainement de son hibernation et précipitée dans notre cruauté caniculaire. Non, ça n’a pas de sens. Peut-être a-t-elle perdu la notion du temps, tout simplement, celui qui passe comme du temps qu’il fait. Elle ne voit peut-être plus le monde. Le monde la voit-elle ? À la caisse où je la retrouvai par hasard, elle sortit si vite ses articles qu’elle paya en un instant avant de disparaître. On pouvait presque douter l’avoir vue. La caissière resta le regard un instant suspendu, comme traversée d’une hallucination et de mille questions. Quelque chose en elle d’interloqué. — Et si elle avait caché des choses sous ce manteau épais ? Où vit-elle ? Impossible d’imaginer qu’elle vive autrement que seule. Je l’imagine dans un petit appartement, aux volets peut-être clos et je me demande si elle chauffe encore les lieux, si elle garde son manteau chez elle. Fait-elle la cuisine ? Je la vois assise avec son manteau dans un petit canapé étroit, submergé d’emballages et de déchets divers, remontant sur elle une couette épaisse pour y disposer les quelques biscuits achetés qu’elle grignotera devant la télévision. Regarde-t-elle la chaîne météo ou les feux de l’Amour ? L’image est presque obsédante. Je me dis que cette femme ne parvient plus à se réchauffer, que plus rien ni personne ne saurait la réchauffer. Transportée d’urgence au fin fond de l’Afrique la plus brûlante, elle garderait son manteau. Qui est-elle ? Cette image fugitive aux mille questions. Ce destin impossible à déceler malgré la singularité de son apparence. Ce silence. Je me suis demandé si ce matin au supermarché, je ne venais pas juste de croiser la Mort. Peut-être que ce n’étaient pas des articles qu’elle venait chercher.",
"title": "La dame à la doudoune longue",
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