La tentation du petit cœur pour flatter mon égo
VincentBreton.fr
May 13, 2026
Chez les uns c’est un pouce levé, chez les autres ce sont des émoticônes variés, ailleurs ce sont des cœurs.Il m’arrive d’aller voir sur Mastodon pour vérifier si tel article a été mis en favori, par qui. Je le fais aussi sur le flux du site diffusé sur le Fédiverse. J’affiche ce retour ici comme la possibilité d’aimer sans cookie (donc pas très fiable). Un gadget convivial diront les uns, peut-être juste un miroir narcissique dirait papy Lacan. Le compte est-il bon ? Un texte lancé comme ça, sans grand effort, recueille foultitude de « j’aime » ou de « mise en favori ». Super ? Parfois ça m’étonne. Si je peux me sentir flatté, quand la lucidité reprend le dessus ça peut m’agacer, non par fausse humilité, mais parce que je peux moi-même avec le recul regarder ce texte avec un esprit critique, voire en désapprouver des éléments. Que veut dire ce signe (ce cœur, ce « like ») ? Parfois ça tient du petit signe amical, certaines personnes mettent absolument tout ce que j’écris en favori. C’est gentil mais… Qu’est-ce qui est apprécié dans ce signe ? Le style ? La photo ? Le fond ? Si je constate a contrario qu’un texte ne rencontre l’intérêt de personne, le doute peut venir, insidieux. C’est parfois même la déception intime quand j’ai écrit un texte inspiré ou qui m’a demandé du travail. Je pourrais presque me vexer tout seul dans mon coin si je n’avais appris les hasards d’Internet de la découvrabilité, si je n’avais vu que certains textes, sortis dans l’indifférence vont réapparaître un jour au gré d’une recherche… Donc il faut relativiser. Et quand je « like » ? Moi même je « like » ou mets en favori en restant peut-être à la surface de ce que j’ai lu, juste parce ce que je me suis retrouvé dans un texte ou un message, que je l’approuve… mais il y a mille degrés d’impressions qui ne sont pas traduits par ce geste aussi rapide que facile. Si je transpose aux échanges réels, je n’ai pas dans la poche une pancarte que je brandis ou pas si j’approuve les propos d’un ami. Quand j’ai lu un livre, si je partage parfois le texte auprès de proches , je n’en fais que très rarement part à l’autrice ou l’auteur. Si certains affichent comme des trophées le nombre de « followers » ou de « like » sur leur page, je me suis laissé dire que d’aucuns créaient de faux comptes pour « se liker » eux-mêmes – ce qui est triste- . Heureusement, nous ne nous promenons pas (encore) dans la rue avec un panneau qui afficherait le nombre de personnes qui nous aiment ! Le risque de l’égo Outre le problème avec soi, la confiance en soi, l’image de soi, le risque serait à terme d’écrire pour plaire. Que sacrifie-t-on alors ? Si j’écris pour plaire, alors je renonce à penser, à chercher, à inventer quelque chose de différent, le conformisme va me contaminer. La question n’est pas de chercher à déplaire ou provoquer. Je ne cherche ni à être élu, ni à être rejeté, juste à partager ce que je crée. Ce qui compte c’est de se lancer, d’être aligné avec ses valeurs. J’ai la chance de ne rien avoir à vendre. Ma propre valeur ne tient pas à ce que j’écris. J’ai des proches qui m’apprécient et ne me lisent quasiment jamais. Quand je montre un texte ou une chanson, il m’arrive encore d’entendre » — c’est de toi ? « Il faut réussir à être content d’une appréciation positive sans la surestimer et à ne pas surinterpréter une appréciation plus négative, voire un silence. J’ai aussi un ami, je n’imaginais même pas qu’il connaissait le site, qui m’a dit un jour avoir apprécié tel poème dont il a su me dire un passage de tête. Et là, on est touché, pas flatté, ce n’est pas du même ordre. La richesse du commentaire et du partage Le partage est une forme de soutien, d’invitation vers les autres, il y a un mouvement. Si j’ai aimé une chanson, un roman, j’ai plaisir à partager mes découvertes. Le commentaire crée une interaction . Cette interaction peut engager une forme de débat mais cela éclaire. Pendant longtemps, j’avais supprimé les commentaires sur ce site ce qui fait que nombre de pages du site n’en ont pas. Ce n’est pas grave. Certaines et certains préfèrent m’écrire directement, c’est aussi une démarche appréciable et je veille à répondre. Je caresse toujours le rêve de voir un jour le retour de la lettre manuscrite et de la correspondance par la Poste. Ça c’était du lien social ! Directement par votre compte Mastodon si vous suivez ce site via le flux sur le Fédiverse vous pouvez partager les articles de ce site. En bas de chaque article, vous pouvez trouver aussi un lien de partage. Tout ça pour dire que je vois les interactions remonter mais que je ne mets en ligne que les commentaires. C’est un choix tout personnel qui ne vient aucunement juger quiconque ferait autrement !
Discussion in the ATmosphere