Candidats à l’adoption ? Votre attestation d’honorabilité !

VincentBreton.fr May 23, 2026
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Pour faire et élever un enfant, vous n’avez aucune autorisation à demander à personne ni aucun justificatif à apporter (pour l’instant). Mais si vous vouliez adopter un enfant abandonné en revanche, il vous faudra prouver que votre casier est vierge. Parce que vouloir adopter un enfant, c’est suspect quand même ! J’ai reçu ça dans ma lettre d’information gouvernementale Chaque mois, je reçois dans ma boite des informations relatives aux évolutions législatives. Vous pouvez vous abonner ici, c’est très intéressant. Dans cette période où l’on parle de protection de l’enfance, je savais et trouve légitime que toute personne qui exerce une profession dans le cadre de la petite enfance justifie d’un casier vierge de toute condamnation au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes. Ce fichier judiciaire centralise des informations sur des personnes mises en cause ou condamnées pour une infraction sexuelle ou violente. La mesure a été étendue dans un deuxième temps aux personnes travaillant auprès des enfants en situation de handicap… Dans un deuxième temps ? Ça en dit long sur la perception ségrégative du législateur. Le dispositif sera progressivement étendu aux professionnels et bénévoles intervenant au sein d’un établissement ou service accompagnant des adultes en situation de handicap, puis en 2028 aux professionnels et bénévoles intervenant auprès des personnes âgées. D’ici là… Étrange conception de l’universalité… pour l’hôpital ou la prison, circulez ! Adopter un enfant ? C’est louche. On le sait adopter un enfant en France est un parcours du combattant. C’est une démarche qui engage. L’épreuve est complexe, dissuasive. Ensuite une adoption en elle-même peut être complexe. Chaque situation est par nature particulière. L’attestation d’honorabilité obligatoire depuis octobre 2025 pour tous les professionnels et les bénévoles intervenant dans le champ de la protection de l’enfance et de l’accueil du jeune enfant (assistants maternels, assistants familiaux, professionnels et bénévoles des crèches, foyers…) est également obligatoire depuis le 1er février 2026 pour les personnes s’engageant dans une procédure d’adoption. C’est passé crème. Et pourtant c’est une mesure discriminatoire. La dame qui vient d’abandonner ses deux mômes sur une route du Portugal n’était pas de ce que je sais une mère adoptive. Les nombreux cas problématiques et souvent graves que j’ai pu observer au long de ma carrière dans diverses familles n’émanaient pas de ce que j’ai vu de parents adoptifs. Parfois d’un beau père, d’un grand-père, de parents biologiques… Les parents adoptifs que j’ai rencontrés pouvaient être angoissés, rencontrer des difficultés, je ne les ai pas vus maltraitants. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de parents adoptif maltraitant… La mesure est à mes yeux discriminatoire et idiote. Discriminatoire parce que toute personne peut faire un enfant. Et je ne parle pas hélas du nombre de personnes qui ont un enfant non désiré, trop tôt… Et c’est bien ainsi. Idiote parce qu’une personne au casier vierge comme neige pourrait très bien avoir de « mauvaises intentions » et que le papier ne protège pas de la suite. Cela fait peser en réalité un regard soupçonneux et assez malsain sur les personnes candidates à l’adoption. Je ne vous parle même pas des célibataires pour qui c’est quasiment impossible, encore plus si ce sont des hommes et comme par hasard des hommes gays. Revoir l’éducation et l’accompagnement Le président de la République appelle à la mobilisation pour repeupler la patrie. Il l’a fait dans une registre assez ridicule, passons. Mais dans le même temps l’état général des institutions censées accompagner la petite enfance dans ce pays est hautement problématique. Les mères seules, nombreuses, souvent en situation de précarité, ne sont pas accompagnées. Il n’existe que peu de dispositifs pour écouter, prévenir les situations difficiles y compris au sein de familles « honorables » de tous milieux où trop d’enfants sont maltraités encore aujourd’hui en France, en 2026. On voit émerger en ce moment le scandale des animateurs péri-scolaires mal payés et pas formés. On s’étonne que non seulement ils ne sachent pas gérer leurs groupes, ne disposent pas d’outils pour proposer des contenus éducatifs et culturels de qualité et soient laissés dans des situations qui favorisent les dérives qu’il s’agisse de maltraitance physique, psychologique et sexuelle. Ça ne les excuse pas, mais ça explique bien des choses. En réalité, tout cela n’est que le résultat de l’abandon de la question par les pouvoirs publics et les citoyens trop contents de laisser les mômes à la garderie le plus tard possible. Oui des mômes qui à quatre ans sont à l’école de 7h30 à 18h, 18h30… c’est déjà une forme de maltraitance. Cette anecdote relative aux candidats à l’adoption est révélatrice d’une dérive réactionnaire où l’État pense se dédouaner à bon compte de son impéritie en exigeant des contraintes supplémentaires, des bouts de papier, des normes lourdes. Il faut même un papier pour adopter un petit chat aujourd’hui. Cette nouvelle réglementation est une insulte quand a priori on fait peser le soupçon sur des candidats à l’adoption dont le profil est déjà scruté alors que les parents biologiques jouissent d’un laisser passer que personne de censé ne songerait à leur refuser… Personne ? L’eugénisme et la ségrégation par le porte-monnaie ne sont pas des tentations exemptes d’une société engagée déjà dans le sur-contrôle de ses citoyens. Avec les premiers couvre-feu, les divers contrôles accrus des mineurs, l’État au lieu d’aider notamment les plus démunis va mettre ses moyens dans la surveillance de plus en plus intrusive des familles. Une société de surveillance outre le fait qu’elle cadenasse les libertés, assujettit progressivement les plus fragiles qu’elle devrait protéger. Ce n’est pas rassurant.

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