J’admire les érudits et les danseurs

VincentBreton.fr May 18, 2026
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S’il en est que j’admire parmi les humains, ce sont les érudits et les danseurs. La pensée en mouvement, comme le geste qui signe l’espace, voilà deux sortes de virtuosités qui engagent à se lancer à son tour. Êtes-vous érudite, érudit ? Danseur ou danseuse ? Par érudit ou danseur j’entends les érudites et les érudits, les danseurs et les danseuses. Je n’aime pas le faux érudit qui verrouille sa parole d’un lexique abscons ou noie son discours d’adverbes ronflants. Ce sont souvent des hommes qui font ça. Polymathe J’aime au contraire le polymathe dont la curiosité n’a de cesse de s’allumer, qui va à l’instar de l’abeille en mouvement savoir faire son miel de tout. Capable de sérendipité, capable de faire du lien entre des aspects parfois disjoints et inattendus, il sait rendre intelligible le complexe grâce à la simplexité. De fait, il n’est pas de savant égoïste. On n’est pas savant dans son antichambre ni dans son cabinet de curiosités, on partage, on transmet. Le savant sort ou fait venir. Le savant, l’érudit, est pédagogue par nature patient et confiant dans l’intelligence de celles et ceux qui l’écoutent. J’aime ces savants qui savent parler aux enfants. J’en ai vu capables d’écouter les questions enfantines pour montrer à quel point elles mettaient le doigt sur l’essentiel ou même se questionner sincèrement en saisissant l’opportunité de changer de point de vue. L’érudit vu souvent comme fou ou distrait ou absorbé par ses pensées est à ce qu’il pense et nous rappelle qu’on ne peut prétendre faire bien deux choses en même temps. Il sommeille en réalité en chacun de nous cet esprit savant pourvu que nous acceptions de sortir de la torpeur de nos habitudes et de nos certitudes à petit pied. Je les admire ces érudites et ces érudits parce qu’à leur contact, il m’a semblé pouvoir devenir plus intelligent. J’aime aussi leur façon humble d’ouvrir leurs pensées, comme on laisse entrer un inconnu chez soi en confiance. J’aime leur façon d’aller de la solitude du laboratoire au lien et de ne jamais dire « c’est fini ! » Dansez maintenant ! J’admire tout autant les danseurs. Par danseur et danseuse j’entends celles et ceux qui mettent leur corps au service du mouvement, de la vie. Le geste du danseur qui s’élève et s’extrait de l’apesanteur allume un feu d’enthousiasme. Est danseur qui bondit sur un plateau à l’Opéra, l’enfant qui ose la ronde ou le derviche tourneur, mais encore celle ou celui qui peint sur la toile, fait monter la glaise, le virtuose sur son piano et parfois le poète lorsqu’il sait écrire en bon équilibre sur la page. C’est une question de temps et d’espace, c’est une question de présence et de trace. Et peut-être bien l’érudit peut à son tour être désigné comme un danseur de la pensée puisqu’il la met en mouvement ? Le danseur connaît son corps et ses limites. Il est savant du geste et de l’effet. Il comprend par l’action. Je les admire parce que leur réussite ne doit pas seulement à des prédispositions. Leur cerveau leur a enseigné à se libérer des tâches subalternes pour aller à ce qui compte. Il faut de l’entraînement, de la constance, de l’autonomie. Vous sentez-vous savante ou savant ? Danseur ou danseuse ? Peut-être nous faudrait-il dès l’enfance apprendre à être un peu des deux. Penser et agir, penser et créer. Si nous nous sentons maladroits, butant là sur un concept, ailleurs risquant le déséquilibre, nous sentons bien que nous sommes faits pour penser et danser et que c’est exaltant d’oser se lancer.

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