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  "textContent": "Après « Avoir le courage de ne pas être aimé » et « Avoir le courage d’être heureux » que j’ai loupé, Ichiro Kishimi a donc signé le troisième opus « Avoir le courage de vieillir ». S’il sent un peu le livre de commande, l’ouvrage toujours inspiré de la philosophie adlérienne croise intelligemment les philosophes grecs et le quotidien des vieux dans le japon d’aujourd’hui pour éclairer la réflexion. Par sa mise en forme, j’ai plus eu le sentiment de lire les pages d’un blog qu’une construction développée, il y a cependant des choses à en tirer même s’il lui manque peut-être une approche qui dépasse l’individu. Mais je ne suis pas vieux moi ! Chacune, chacun, se reconnaîtra ou pas dans le livre où l’auteur évoque beaucoup sa vie personnelle, ses propres parents vieillissant et sa situation. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, sa lecture n’est pas réservée aux vieux ou à celles et ceux qui craignent de le devenir. Aux « jeunes » on parle beaucoup d’eux-mêmes et assez peu des autres. On ne les invite jamais à se projeter pour le temps où ils seront vieux. S’il existe des conflits de classes sociales dans la société, il en existe aussi d’âges. Les vieux méprisent les jeunes ou en ont peur. Les jeunes rejettent ces vieux qui croient tout savoir et vont leur laisser un monde de violence soumis aux aléas climatiques. Les vieux s’accrochent au pouvoir et à des illusions passées. Je ne suis pas vieux. En tout cas, beaucoup moins que lorsque j’avais 17 ans. À l’époque j’étais trop sérieux. Je me souviens de cet été où j’avais fait un de ces tests idiots que proposait le « Nouvel Observateur ». On disait « L’Obs ». Il s’agissait de calculer notre âge réel sur le plan physique et sur le plan mental. Mon choc ce fut de découvrir que selon le test, j’avais à l’époque… 90 ans d’âge mental. Et je pense qu’on ne pointait pas là qu’une aptitude à la sagesse. Plus tard, j’ai découvert que j’étais vieux dans le regard des autres : quand il ne fait de doute pour personne que je suis « retraité ». Un retraité on ne l’interroge plus sur ses projets. J’ai même été vexé le jour où au cinéma on m’ a proposé d’emblée le tarif réduit pour les retraités alors que je n’avais même pas l’âge officiel. Maintenant, je me réjouis de ce privilège de gagner un euro par séance, même s’il me semble indu. Peur ? Vieillir c’est agaçant à cause de certains changements métaboliques. On a acquis de l’expérience qu’il est plus difficile de mettre à profit pour soi-même, le corps ne suit plus comme avant. Quand on imagine sa vie jeune, on ne pense pas tellement à ce temps où l’on ne sera plus contraint d’aller travailler à heures fixes. Aujourd’hui, entre les moments d’apprentissage, de création, d’entretien de la maison, du jardin, les sorties ; mes journées restent trop courtes. Je ne sais pas encore ralentir ou simplement ne rien faire une journée alors qu’adolescent j’étais très doué pour ça. Je n’ai pas peur de mourir : la seule chose qui m’ennuierait ce serait de mourir sans avoir rangé mes affaires, organisé mon départ et rédigé mon testament. Évidemment je n’aimerais pas mourir à l’hôpital, accroché à des tuyaux. J’espère pouvoir être assez lucide pour éteindre moi-même la lampe avant que ce ne soit trop pénible. Choix que je ne saurais imposer à quiconque et j’ai bien l’intention de vivre longtemps ayant encore pas mal de choses à faire et apprendre. Le poids que laissent nombre de personnes en mourant est une forme d’impolitesse. Je dis ça, je vais peut-être tomber de ma chaise et décéder en mettant en ligne cet article. On me maudira car je n’ai rien organisé encore. Je trouve qu’il n’y a rien d’indécent à organiser les choses du point de vue matériel. Je n’ai aucune peur de disparaître : pour certaines personnes je suis déjà mort et elles rappellent juste que personne n’est indispensable. L’histoire se poursuivra. Ce qui ne veut pas dire que chaque vie n’est pas précieuse. La vie me survivra. c’est rassurant. Je ne crois aucunement en aucune survivance de l’âme, encore moins dans ces idées de réincarnation ou de résurrection. Le concept de Paradis m’oppresserait plus qu’autre chose. C’est bien que les choses aient une fin. Après nous laissons des traces, des bouts de molécules, nous influençons plus ou moins longtemps celles et ceux qui nous survivent. Il y a presque quarante ans que ma mère est morte. Il n’existe aucun enregistrement de sa voix et je crois que je n’en ai plus qu’une idée vague. Son influence persiste, certains souvenirs guident mon action, mais je les ai probablement réécrits ou réinventés dans ma mémoire et le mystère reste entier à tout jamais de ce qu’elle fut vraiment. Être à son présent Sans regret du passé, il faut habiter son présent. Il y a des choses que je programme, mais j’ai découvert aussi que l’injonction de l’agenda ne devait plus rythmer ma vie. Ma vie professionnelle, surtout les dernières années, était rythmée par des rendez-vous imposés sur un tempo plus que soutenu. Les semaines de travail étaient longues et sans horaires fixes. Il fallait savoir être créatif mais même les temps de loisirs étaient très structurés. Cela a nuit à la vie de famille ou aux amitiés, incontestablement. À présent, je peux m’accorder du temps et me rendre disponible aux relations interpersonnelles, à la découverte de personnes dont j’aime appréhender l’univers, les espoirs, comprendre les difficultés et si je le peux que j’encourage ou accompagne, non pas de conseils, mais de questions et de présence. J’en ai parfois des retours plus que gratifiants. Le goût de la transmission reste fort mais surtout ce qui compte, c’est faire confiance. Quand j’ai vu l’autre jour comment des jeunes s’emparent de la scène de jazz, je suis sorti vraiment rassuré du concert ! La relève est assurée ! Il est vrai que la compagnie des vieux, de ceux qui se baladent avec comme une pancarte autour du cou affichant en grosses lettres « retraités », ceux qui vont aux clubs de vieux, ne fréquentent plus que des vieux alternant banquets et tourisme de groupe, cette compagnie ne m’intéresse pas. Certains vieux se laissent aller dans leur attitude, leur apparence, leur façon de penser, leurs habitudes. Les voir m’est utile pour me redresser si besoin. Je ne veux pas les juger mais je suis surpris de constater qu’ils ressemblent aux vieux que je connaissais quand j’étais petit. Ils mettent juste des baskets aux pieds ou s’habillent comme des ados des années 80. Ce que je veux dire par là, c’est que pas plus que je n’ai voulu ressembler à un jeune ou un adulte, je ne cherche à me conformer à l’image du vieux. Pour autant, je ne veux pas non plus ressembler à ces vieux qui n’ont plus aucune inhibition. Non, encore une fois, c’est une question d’équilibre, de politesse, d’attention. Prendre sa place dans le paysage, tisser des liens, ne pas s’encombrer de fausses contraintes. Il s’agit non pas de se foutre la paix pour s’abandonner, mais lâcher la bride et aller quand on le sent vers ce qui compte. En ce sens le bouquin apporte des éléments. Et la poésie ? La dimension poétique de la vie, au delà du poème, prend alors tout son sens. Vivre en poésie, c’est cette exploration inlassable du présent nourrie de curiosité et d’émerveillement. Les gens rient car je pousse de vrais cris de joie lorsque je découvre que les nigelles de Damas sont nombreuses au jardin cette année. Les paysages, les personnes, les œuvres d’art tout cela nourrit et engage à la créativité. Ainsi, la maison devient-elle une sorte de petit laboratoire qui se partage entre temps féconds de création, réajustements, alignements, prise de recul et reliance.",
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