{
"$type": "site.standard.document",
"bskyPostRef": {
"cid": "bafyreia53nenyddsvj7wvygfqe6ska65r75mzz6a2mktyrercfsz5nokxm",
"uri": "at://did:plc:qks77cone6rarhocebl733qj/app.bsky.feed.post/3mjgacjwqnhj2"
},
"coverImage": {
"$type": "blob",
"ref": {
"$link": "bafkreiegubic57mndavmt6didc4kwvk3r2wg2iz6lfzr4lmnqlqw4ou3rm"
},
"mimeType": "image/jpeg",
"size": 230033
},
"description": "Chronique satirique sur le zèle éphémère des fonctionnaires haïtiens à chaque changement ministériel, rituel cyclique sans réforme durable.",
"path": "/les-saisons-de-ladministration-publique-haitienne/",
"publishedAt": "2026-04-14T01:32:01.000Z",
"site": "https://www.gazetteuniv.com",
"textContent": "#\n\nCe matin, j'ai vu une autre administration publique. Celle que nous rêvons tous.\n\nPlus de piles de fatras tenant lieu d'adresse au ministère.\n\nJ'ai croisé des visages fougueux, déterminés, presque lumineux.\n\nDes gens accueillants, aimables, serviables, au point d'en devenir suspects.\n\nJe me suis dit : ce n'est pas cette machine moribonde, lente et lourde que je connais. Pas cette administration qu'Amos Alexandre a radiographiée comme une mécanique de lenteur et de non-service public dans ses travaux de recherche (Alexandre, 2024).\n\nNon. Ce n'est pas possible.\n\nDes gens sapés comme Congo Bélisaire, aurait dit Sixto.\n\nDes chemises repassées au garde-à-vous.\n\nDes sourires exposés en vitrine.\n\nDes bouquets à la main.\n\nDes « Bonjour chef ! » qui claquent comme des hymnes nationaux.\n\nÀ l'instar de ces passants venant du Champ de Mars qui saluent Maître Zabèlbòk au carrefour Tifour :\n\n— Bonjour, maître.\n\n— L'ultime honneur, ma chère, est de vous saluer.\n\n— Après vous, s'il en reste, maître et seigneur !\n\n— Bien le bonjour, chère madame ! répond Maître Zabèl.\n\nJ'ai vu une administration publique vivante, soucieuse, appliquée. Un espace où le service public semblait devenir vocation, presque sacerdoce. On aurait dit que Max Weber lui-même venait d'être nommé directeur général.\n\nPuis j'ai compris.\n\nLes nouveaux ministres arrivent.\n\nEt comme dans toute équipe qui change de coach, même les joueurs absentéistes, ceux qui ne connaissent ni leur rôle ni leur statut dans l'équipe, arrivent désormais avant l'heure pour la première rencontre avec le nouveau chef, qui promet l'impossible et donne l'impression fugace d'un changement radical.\n\nOn redécouvre la ponctualité.\n\nOn dépoussière les dossiers.\n\nOn adopte la discipline.\n\nOn nettoie. On passe le balai.\n\nOn enlève les toiles d'araignée qui servaient de décoration.\n\nOn essuie les vitres.\n\nLes robinets fonctionnent.\n\nLes toilettes sont propres. Désormais.\n\nOn réapprend à dire « s'il vous plaît ».\n\nLe public est prié de venir prendre service : un service cinq étoiles, minimum. Mais peut-être que cela ne va pas durer.\n\nL'État change de visage, pour quelques jours, parce que chacun veut sécuriser sa place ou négocier sa mobilité.\n\nOn devient soudainement bon élève. Bon collègue. Bon enfant.\n\nAttendons.\n\nDans quelque temps, sûrement, nous retrouverons notre chère administration : la machine lente, fatiguée, imperméable aux urgences, où la motivation, la gentillesse et le service reprennent leurs congés sans solde et où le citoyen redevient un visiteur importun.\n\nParce que chez nous, le changement n'est pas toujours une réforme, même pas radicale.\n\nParfois, c'est simplement une saison.\n\n**Samuel Alexandre**\n4 mars 2026",
"title": "Les saisons de l'administration publique haïtienne",
"updatedAt": "2026-04-14T01:32:01.547Z"
}