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Gaza fait face à un effondrement de la santé publique avec une infestation de rats et des maladies. Israël bloque la reconstruction

Regroupement des médias critiques de gauche (RMCG) May 19, 2026
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Nermeen Shaikh : Israël poursuit ses frappes journalières sur Gaza, étend le territoire sous son contrôle et bloque l'entrée de l'aide essentielle dans la bande sous siège. Mercredi, un bombardement israélien a tué le fils de Khalil al-Hayya le négociateur en chef du Hamas dans les discussions informelles avec Israël. Son fils Azzam est décédé de ses blessures après cette attaque contre la ville de Gaza. Israël aura maintenant tué quatre des fils de Khalil al-Hayya depuis 2018.

Democracy Now, 7 mai 2026 Traduction, Alexandra Cyr

Une autre attaque perpétrée lundi par Israël a tué trois membres d'une famille palestinienne. Le Hamas a condamné cette violence et les flagrantes violations du cessez-le-feu instauré l'an dernier. Depuis ce cessez-le-feu, Israël a tué au moins 837 Palestiniens.nes.

La semaine dernière un drone israélien a tué un petit garçon de neuf ans, Adil al-Najjar il allait chercher du carton utilisé pour cuisiner. La parenté du garçon fustige l'attaque israélienne.

Sabreen Al-Najjar : Il ramassait du carton pour que nous puissions cuisiner. Nous n'avons pas de gaz. Nous ramassons des morceaux de carton pour cuisiner. Ils veulent manger. Ils veulent boire. Son père est aveugle. Il ne peut se déplacer seul. Il est complètement aveugle. Il ne voit rien du tout. Il compte sur ses enfants. Ce sont eux qui le supporte, l'aident à se déplacer.

Suhaib Al-Najjar : Un petit enfant. Il n'a pas endommagé de tank. Il n'a pas fabriqué de missiles, rien du tout. Il pleurait. N'est-ce pas une honte ? N'est-ce pas une honte ce qui nous arrive ? N'est-ce pas une honte de voir que nous enterrons nos enfants chaque jour juste sous nos yeux ? N'est-ce pas une honte ? Je jure devant Dieu que nous avons le cœur brisé à cause (de ce qui arrive) à nos enfants.

Amy Goodman : Tout ça se passe pendant qu'Israël s'empare de plus de territoire à Gaza, au-delà de ce que l'entente de cessez-le-feu sous l'égide des États-Unis prévoyait en octobre dernier. Les nouvelles cartes diffusées par Israël montre qu'il contrôle maintenant les deux tiers de la bande de Gaza.

Nous nous y rendons maintenant pour rejoindre Eyad Amawi le représentant du Gaza Relief Committee et qui coordonne aussi différentes ONGs basées à Gaza. Dernièrement il a publié un rapport qui détaille comment Gaza fait face à « une situation terrifiante sur le plan environnemental et biologique ».

Merci Eyad d'être avec nous. Pourquoi ne nous décririez-vous pas ce qui arrive sur le terrain à Gaza ?

Eyad Amawi : D'abord merci Amy, de m'avoir à nouveau invité à votre émission.

Nous ne parlons pas que de bombardements ; il y en a encore eu un il y a une heure. Ils ont ainsi touché une autre cible dans la ville de Gaza. Nous parlons d'une transformation systématique de la vie pour la rendre invivable. Ce ne sont plus que des bombardements ou de la destruction matérielle. C'est l'effondrement de toutes les conditions essentielles requises pour la survie humaine : l'eau, l'alimentation, la santé, la dignité, les abris, la sécurité, tout quoi.

Pour dire qu'un nouveau rapport faisant état de l'avancement d'un environnement infectieux et de son effondrement nous devons nous en remettre à nos informations de terrain. Elles montrent que 59% de notre population manque d'accès à l'eau potable et que 55% ne sait pas si celle en usage est saine ou non. Aussi, 94% des familles rapportent des pertes d'aliments. Les infestations de rats et autres rongeurs se sont aussi répandues dans les abris à cause de la destruction environnementale.

Donc, les résultats les plus alarmants sont ceux d'une récente enquête qui a examiné scientifiquement les liens entre les infestations de rongeurs, le manque d'eau potable et les déplacements (de population) dans la bande de Gaza. L'enquête scientifique nous informe maintenant que nous faisons face à ce qu'on peut décrire comme un ensemble de crises épidémiques et environnementales. Elle révèle qu'une vaste majorité des familles déplacées vivent avec une sévère infestation de rats dans leurs tentes ou leurs abris. La nourriture est aussi contaminée. Les abris sont endommagés. L'eau est stockée dans des conditions insalubres également. Les rongeurs sont devenus l'environnement quotidien des enfants. Il n'y a simplement plus seulement un seul enjeu sanitaire. L'effondrement de la plupart des conditions de base nécessaires à la vie est évident.

On parle de continuité pour la destruction de l'environnement. Avec mon peuple, nous vivons dans un espace réduit. Les forces armées israéliennes contrôlent encore plus de 60% de la bande de Gaza. Vous pouvez imaginer ce que veut dire un projet de reconstruction des infrastructures dans la partie ouest de Gaza.

N.S. : Eyad, pouvez-vous aussi nous parler du rôle du blocus que vous signalez à répétition dans votre rapport ? Il serait responsable d'une grande partie des conditions horribles que vous décrivez à partir du terrain à Gaza. Pouvez-vous nous décrire la nature de ce blocus, qu'elle aide entre (sur le terrain) quels genres de minéraux sont considérés « à double usage » et donc bannis d'entrée dans la bande ?

E.A. : Oui, c'est une question de première importance. Notre environnement provoque constamment des maladies dans la population. C'est un générateur de maladies. Donc, quand il est question de réparer les infrastructures nous avons besoin des matériaux de base pour le faire. Alors, quand ils (les Israéliens) bataillent et introduisent des restrictions sur ces matériaux en les qualifiant ou prétendant qu'ils sont à double usage, ils nous laissent dans cet environnement qui provoque les maladies et les infections.

Ici nous sommes témoins d'une utilisation systématiques de la privation et de l'effondrement de la santé publique comme instrument de punition collective de la population. Parlons de batailles : oui le nombre de camions (d'aide humanitaire) a diminué. En avril dernier, ils n'ont livré que 40% de nos besoins quotidiens. On parle aussi de stabilisation ici : il n'y a qu'un seul point d'entrée ouvert celui de Karem Abu Salem. Pour ce qui est des autres besoins … après qu'ils aient complètement détruit Gaza, nous avons besoin de plus, 600 (camions par jour) et plus avec plus de matériel comme du ciment, du fer et d'autres matériaux de base pour nous aider à retrouver au moins partiellement une vie normale. Il faut refaire le système d'égouts, d'eau, les infrastructures pour empêcher que cet environnement qui provoque les maladies ici, à l'intérieur des camps civils persiste.

N.S. : Eyad, qu'en est-il des évacuations pour raison médicale ? Est-ce qu'un corridor humanitaire ne devait pas permettre au Gazaouis malades, principalement les enfants, d'être soignés.es en dehors de la bande ? Est-ce qu'il y a des évacuations médicales ?

E.A. : (…) Quand nous parlons d'illusions, et je l'ai déjà mentionné dans mes articles, les évacuations pour raison médicale (en sont une). Elles se font à la hauteur de 12% de nos besoins. On parle d'environ 15,000 personnes qui doivent avoir accès à ce service. Si nous faisons le calcul des évacuations quotidiennes, compte tenu des restrictions (de passage) imposées par Israël, il nous faudra plus de trois ans, peut-être cinq pour en venir à bout. Donc ces personnes estiment qu'elles auront le temps de mourir avant d'avoir des soins. C'est une horrible situation. Nous ne pouvons pas vivre dans cet environnement toxique. Et nous sommes assiégés.es. (…) Selon les données de la sécurité, rien de tangible ne s'est passé depuis l'entente sur le cessez-le-feu ici à Gaza.

**N.S. : Pour ce qui est des infrastructures, est-ce que la reconstruction a commencé ? En résumé, les Nations Unies et d'autres organisations, sont arrivé à la conclusion que 84% des bâtiments à Gaza sont endommagés ; 425,000 logements sont détruits entièrement ou partiellement et qu'il faudra retirer 55 millions de tonnes de débris qui bloquent les camions municipaux. 92% des bâtiments résidentiels sont entièrement ou partiellement endommagés. Qu'est qui a été fait d'abord pour éliminer les débris ? Est-ce qu'il y a quelque tentative que ce soit pour reconstruire ? **

E.A. : C'est la question principale et la réponse la plus importante à cet enjeu. Alors, pourquoi Israël empêche-t-il le nouveau comité palestinien d'entrer à Gaza pour lancer ce processus de reconstruction et de retrait des débris ? Jusqu'à maintenant, rien de tangible ne se passe il n'y a que de minimes services municipaux qui rouvrent quelques chemins. Israël empêche les ingénieurs municipaux de réparer le réseaux d'eau potable surtout dans la partie est qui se trouve parallèle à la ligne jaune (qui délimite la zone sous contrôle israélien, N.d.t.). Pouvez-vous imaginer ce que représente l'interdiction faite aux services municipaux de transférer des tonnes de rebuts du centre de la ville vers l'espace principal dans la zone de Rafah ? Et il n'y a rien ici pour rebâtir à cause des restrictions imposées sur toute la bande de Gaza. La majorité des véhicules de nos municipalités a été détruite et nous ne pouvons pas retirer les rebuts comme rouvrir les routes principales pour alléger notre vie de tous les jours.

**A.G. : Mercredi dernier, les Palestiniens.nes se sont rassemblés.es en solidarité avec les deux militants arrêtés et détenus abord de la flottille qui se dirigeait vers Gaza. Ensuite, Israël à prolongé leur détention jusqu'à dimanche. Leur requête en appel a été rejetée. Les manifestnats.es arboraient des drapeaux palestiniens, brandissaient des portraits des détenus dont le Brésilien Thiago Àvila et l'Espagnol Saïf Abukeshek qui est aussi Palestinien. **

**Voici le militant de la société civile palestinienne, Tayseer Muhaisen félicitant ces deux membres de la flottille : **

T.M. : Ces sympathisants ont passé outre les injonctions de leurs gouvernements partout dans le monde et ont déclaré que l'humanité ne sera pas arrêtée par les décisions politiques. Ces humains.es, et même s'il ne s'agissait que d'une seule personne, représentent l'humanité par leurs actions. Leur voyage répand ce message à travers le monde. Nous leur souhaitons la sécurité du plus profond de nos cœurs et toute la bande de Gaza reconnait leur action.

A.G. : Eyad Amawi, pouvez-vous nous donner une idée de la signification de cette manifestation de solidarité ? Et si vous pouviez livrer un message à ces deux détenus depuis Gaza… La mère de Thiago est décédée au Brésil il y a deux jours.

E.A. : Oui. Nous offrons nos condoléances et assurons notre peine à notre collègue pour la perte de sa mère. Thiago et les autres qui nous soutiennent nous ont prouvé leur solidarité depuis longtemps. Je le mentionne et je leur parle à chacun de leur voyage où ils tentent de briser le siège imposé à Gaza. En ce moment, leur solidarité est très importante pour les habitants.es de Gaza, dont les enfants, parce que nous considérons que suite à la signature du cessez-le-feu, nous sommes oubliés.es. Grâce à cette solidarité nous pouvons augmenter la pression sur tous les politiciens.nes pour que cessent les attaques contre nous. Oui, bien sûr, nous signifions notre solidarité à ces personnes importantes et nous espérons qu'elles seront libérées tout comme nos médecins et les autres prisonniers.ères palestiniens.nes qui croupissent en prison depuis très longtemps sans lumière au bout du tunnel, qui sont sous pression psychologique.

A.G. : Merci Eyad Amawi d'avoir été avec nous. Vous êtes le représentant du Gaza Relief Committee et coordonnateur de plusieurs ONGs locales à Gaza d'où vous nous parliez.


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