{
  "$type": "site.standard.document",
  "bskyPostRef": {
    "cid": "bafyreieykwj7ketoqdzcdxicdxlng6kadmntdjrmnjxktjopldcttmw6fa",
    "uri": "at://did:plc:n5dz7g64lvqzdqwlshkymxw3/app.bsky.feed.post/3mjrrhhpnaad2"
  },
  "coverImage": {
    "$type": "blob",
    "ref": {
      "$link": "bafkreidfvzm5b3ywpmk52ovkxlbybsqnu5ra2kfppy63nstiv3e5smeitq"
    },
    "mimeType": "image/jpeg",
    "size": 794283
  },
  "path": "/defendre-les-droits-lgbtq-comme-droits-humains/",
  "publishedAt": "2026-04-18T15:38:19.192Z",
  "site": "https://liguedesdroits.ca",
  "tags": [
    "Retour à la table des matières",
    "Wikimedia Commons",
    "cette entrevue avec Zev Saltiel",
    "cet article de ce dossier",
    "Défendre les droits LGBTQ+ comme droits humains",
    "Ligue des droits et libertés"
  ],
  "textContent": "Retour à la table des matières\n_Droits et libertés,_ automne 2025/hiver 2026\n\n## **Défendre les droits LGBTQ+ comme droits humains**\n\n**Diane Lamoureux** , professeure émérite de l'Université Laval, membre du CA de la Ligue des droits et libertés\n\nCommençons d'abord par rappeler qu'à partir du moment où l'on considère que les droits humains sont « universels, indissociables, interdépendants et intimement liés » selon la _Déclaration de Vienne_ de l'ONU de 1993, il est difficile de se cantonner dans une posture qui considère qu'un mouvement ne doit défendre que certains droits et ne pas tenir compte des autres. C'est pourtant ce qui s'est passé dans le mouvement féministe, alors que certaines militantes ont choisi de refuser le tournant intersectionnel, pris par la majorité des groupes, sous prétexte de se limiter à défendre les droits des femmes. Cela les a amenées à refuser certains droits à un groupe particulier de femmes (les femmes musulmanes portant le hijab) au nom d'un prétendu féminisme universaliste. Ce faisant, ces féministes, loin de défendre toutes les femmes et de pratiquer un féminisme universaliste, ont proposé une version étriquée et corporatiste du féminisme, s'enfermant dans une sorte de fémonationalisme[1]. La notion est apparue lorsque des féministes ont voulu défendre uniquement les droits des femmes (limiter le féminisme à la lutte contre les inégalités de genre) au détriment d'une lutte contre l'ensemble des inégalités sociales qui peuvent frapper les femmes. Ce faisant, ce féminisme a prêté flanc à une récupération de « l'égalité entre les hommes et les femmes » par plusieurs gouvernements néolibéraux qui l'ont utilisée comme arme islamophobe, comme c'est le cas avec le gouvernement caquiste au Québec. Certains secteurs du mouvement LGBTQ+ qui développent une conception restrictive des droits humains vont-ils prendre la même tangente ?\n\nIl est à souhaiter que ce ne soit pas le cas, d'autant plus que le mouvement LGBTQ+ constitue une coalition, par définition fragile et traversée par des tensions qui ont partiellement trait à l'interdépendance des droits. Pensons-y, L et G peuvent adopter des postures différentes face au féminisme ou vouloir valoriser des identifications cisgenres qui rendent difficile la cohabitation avec B, T et Q dans un même mouvement. La prise en compte des personnes bispirituelles (_two spirits_) pose la question de la place des Autochtones. Dans cette coalition se retrouvent également des personnes racisées ou des personnes vivant avec un handicap qui ne peuvent faire fi de ces sources de discrimination dans leur défense des droits LGBTQ+. Bref, si ce mouvement est le principal vecteur des luttes pour les droits LGBTQ+, il ne peut passer sous silence d'autres enjeux de droits humains.\n\nComprendre ces fragilités internes et les travailler politiquement est important, d'autant plus que les attaques et les mesquineries administratives se multiplient contre les personnes trans. Certes, la situation qui prévaut au Québec est loin d'être aussi mauvaise que ce qui se passe chez nos voisins du sud ou dans d'autres provinces canadiennes, mais le rapport du soi-disant Comité des sages sur l'identité de genre, mis en place par le gouvernement caquiste, incite à la vigilance, les solutions proposées ne correspondant pas toujours à une approche inspirée des droits humains.\n\n### **Le risque du corporatisme homosexuel**\n\n[caption id=\"attachment_22292\" align=\"aligncenter\" width=\"462\"] Militant-es de la Commission pinkwashing de la campagne BDS, Défilé de la Fierté de Madrid, 6 juillet 2024. Crédit : Barcex, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons[/caption]\n\nPour en revenir à la Fierté gaie, la question palestinienne et la présence d'organisations juives sionistes LGBTQ+ dans le défilé se sont invitées comme enjeux autant en 2024 que 2025[2]. Ce n'est pas anodin. Depuis plus de deux ans, à Gaza, nous assistons en direct à un génocide[3] et la situation qui prévaut pour les populations palestiniennes habitant les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ou vivant en Israël depuis 1948 est un régime d'apartheid[4]. Le génocide et l'apartheid sont loin d'être des entorses mineures aux droits humains puisque tous deux nient l'humanité même de certaines personnes. Être sensible à ces crimes contre l'humanité devrait aller de soi pour les personnes LGBTQ+, d'autant plus qu'iels ont dû mener des luttes importantes pour être protégé·es contre la discrimination.\n\nPrendre position contre le génocide des Palestinien·nes à Gaza sans en tirer la conséquence d'interdire la participation d'organisations sionistes au défilé, comme l'a fait Fierté Montréal (lire cette entrevue avec Zev Saltiel), c'est prêter flanc au développement d'un corporatisme homosexuel qui finira probablement par avoir des conséquences pour toutes les composantes du mouvement LGBTQ+, sauf peut-être des hommes cisgenres et blancs, de classe sociale aisée. Car, à partir du moment où l'on dissocie les droits humains des personnes LGBTQ+ des autres droits humains, qu'est-ce qui empêche de se dissocier des luttes contre le sexisme, le racisme, le capacitisme, l'oppression ou l'exploitation ? Une telle attitude pourrait être qualifiée d'homonationalisme.\n\n> L'homonationalisme correspond à un ethnocentrisme occidental et à une dissociation entre droits humains et droits des LGBTQ+.\n\n### **Homonationalisme et ethnocentrisme occidental**\n\nLa notion d'homonationalisme a été développée en 2007 par Jasbir Puar, une théoricienne queer étatsunienne. Celle-ci fustigeait le « progressisme sexuel » de certains mouvements LGBTQ+ occidentaux qui attribuent aux pays musulmans une répression des mouvements LGBTQ+ et qui, pour cette raison, adoptent une attitude souvent xénophobe et, plus particulièrement, islamophobe. De plus, certains de ces mouvements prétendent que la démocratie libérale, telle qu'elle existerait en Occident, constitue le seul modèle permettant de garantir les droits des personnes LGBTQ+.\n\nL'homonationalisme correspond à un ethnocentrisme occidental et à une dissociation entre droits humains et droits des LGBTQ+. Les conséquences négatives en sont importantes. D'une part, à l'instar de ce qui se passe avec le fémonationalisme, cela permet à certains gouvernements, pas toujours très progressistes, de brandir les droits des personnes LGBTQ+ à des fins islamophobes. D'autre part, cela rend possible que certaines composantes du mouvement flirtent avec l'extrême droite, au nom de la solidarité nationale et de la défense de la Nation contre les étrangèr·es considéré·es comme barbares et homophobes.\n\nCeci contribue à affaiblir autant le mouvement LGBTQ+ que les mouvements pour les droits humains. Le fait d'accepter un contingent ouvertement sioniste dans le défilé de la Fierté gaie participe du _pinkwashing**[5]**_ que pratique Israël pour marquer son appartenance au monde occidental. Cela émousse également le caractère contestataire du mouvement LGBTQ+.\n\n> Ce n'est pas en s'enfermant dans un certain corporatisme LGBTQ+ (homonationalisme) ou en cédant au _pinkwashing_ qu'il sera possible de contrer ces attaques.\n\nCar si les personnes LGBTQ+ jouissent ici de droits humains et sont protégées de la discrimination par les chartes québécoise et canadienne, c'est d'abord et avant tout grâce aux luttes que le mouvement LGBTQ+ a menées contre l'homophobie, la lesbophobie et la transphobie, de même que contre le harcèlement policier. La montée de l'extrême droite au Québec et dans le monde fait en sorte que personne n'est à l'abri de l'intolérance, du chauvinisme, du sexisme, de l'hétérosexisme et du racisme. L'étude du Groupe de recherche et d'intervention sociale (GRIS) sur la perception de l'homosexualité et du lesbianisme dans les écoles secondaires est inquiétante à cet égard (lire cet article de ce dossier).\n\nCe n'est pas en s'enfermant dans un certain corporatisme LGBTQ+ (homonationalisme) ou en cédant au _pinkwashing_ qu'il sera possible de contrer ces attaques, mais en développant des liens et des actions solidaires avec d'autres mouvements qui luttent pour les droits humains et qui sont convaincus que la remise en question des droits humains de certain·es, peu importe pour quelle raison, est lourde de conséquences pour les droits de tous·tes.\n\n* * *\n\n[1] La notion est apparue lorsque des féministes ont voulu défendre uniquement les droits des femmes (limiter le féminisme à la lutte contre les inégalités de genre) au détriment d'une lutte contre l'ensemble des inégalités sociales qui peuvent frapper les femmes. Ce faisant, ce féminisme a prêté flanc à une récupération de « l'égalité entre les hommes et les femmes » par plusieurs gouvernements néolibéraux qui l'ont utilisée comme arme islamophobe, comme c'est le cas avec le gouvernement caquiste au Québec.\n\n[2] Signalons que Fierté Montréal refuse la présence de membres de corps policiers LGBTQ+ en uniformes dans son défilé puisque la police pratique encore du harcèlement à leur encontre.\n\n[3] Voir les analyses de la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese, de même que son livre _Quand le monde dort_ (Mémoire d'encrier, 2025).\n\n[4] Voir l'avis de la Cour internationale de justice de juillet 2024, de même que les divers rapports de l'ONU sur cette question.\n\n[5] Cette expression désigne la cooptation des droits des personnes LGBTQ+ par des gouvernements ou des entreprises pour se targuer d'un appui de façade à la diversité et susciter ainsi soit l'adhésion à leurs politiques, soit l'achat de leurs produits.\n\nL'article Défendre les droits LGBTQ+ comme droits humains est apparu en premier sur Ligue des droits et libertés.",
  "title": "Défendre les droits LGBTQ+ comme droits humains",
  "updatedAt": "2026-04-17T13:06:32.000Z"
}