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"1] Équijustice. Programmes. En ligne : [https://equijustice.ca/fr/services-de-justice-reparatrice/programmes-lsjpa-pmrg-et-travaux-compensatoires",
"La justice transformatrice, une voie pour guérir",
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"textContent": "Retour à la table des matières\n_Droits et libertés, printemps / été 2024_\n\n## La justice transformatrice, une voie pour guérir\n\nPropos recueillis par **Laurence Lallier-Roussin** , anthropologue, membre du comité Enjeux carcéraux et droits des personnes détenues, Ligue des droits et libertés.\n\n> La justice transformatrice émerge comme une alternative au système pénal traditionnel. Cet article explore cette approche en marge du système judiciaire à travers le témoignage d'Elian, mettant en lumière son rôle dans la réparation des torts et une possible transformation sociale.\n\nBien qu'elle ne soit pas institutionnalisée et donc moins visible, la justice transformatrice est bien vivante au Québec. Elle est alimentée par des réflexions abolitionnistes et critiques du système pénal. La justice transformatrice existe au sein de communautés et de regroupements informels qui lisent, écrivent, réfléchissent et mettent en application ses principes, et ce à l'extérieur des institutions. Ci-dessous, nous avons recueilli les propos d'Elian, qui raconte son processus personnel face aux violences qu'iel a subies. La démarche relatée s'inscrit pour les personnes concernées dans le paradigme de la justice transformatrice. Il s'agit ici d'une démarche entièrement menée par une communauté affinitaire ; elle n'est pas passée par le système judiciaire, ni par les programmes de justice réparatrice.\n\n« J'ai vécu une situation de violence sexuelle dans une relation de couple il y a dix ans. À l'époque, il y avait beaucoup de dénonciations sur les réseaux sociaux. Mais parce que j'aimais la personne, même si je vivais de la violence sexuelle de manière vraiment claire, je ne voulais pas le dénoncer parce que j'avais peur de la culture de cancellation. J'avais peur que ça détruise sa vie et j'avais surtout peur de perdre le contrôle sur la situation et sur mon expérience. Alors, j'ai gardé le silence et j'ai enterré l'histoire.\n\n« Puis, il y a un an, ça a commencé à ressortir dans le cadre de ma thérapie et j'ai commencé à avoir des grosses réponses traumatiques à ce gars-là. Il travaillait dans un endroit où j'allais souvent et je me suis mis-e à ne plus pouvoir y aller.\n\n« Éventuellement, j'ai voulu entamer une démarche de justice transformatrice qui impliquerait aussi de la responsabilisation et de la réparation. Je me suis entouré-e de gens qui voulaient nous soutenir dans le processus. Il fallait une médiatrice ou un médiateur qui ait une relation de confiance avec les deux personnes impliquées. Il fallait aussi des ami-e-s pour me soutenir et des ami-e-s pour le soutenir lui aussi. C'est un processus qui est toujours en cours.\n\n« Je pense que c'est important que toutes et tous consentent au processus.\n\n« De son côté, les gens avec lui vont l'aider à deal ses shits, vont l'accompagner. À partir de mon témoignage et de ce qu'il vit, iels vont l'aider à travailler sur ses enjeux à lui, pour transformer ses patterns. Je sais que je ne vais pas le changer complètement, mais certains patterns qui sont à la racine de la violence sont identifiés et il travaille dessus avec un engagement que ça soit transformé.\n\n« De mon côté, mon objectif, c'est de stabiliser ma réaction traumatique. Je ne peux pas effacer ce que j'ai vécu, mais je peux diminuer l'impact que ça a sur ma vie. C'est aussi de recevoir de la reconnaissance et des excuses sincères de sa part dans un moment où j'ai la capacité de le faire. La thérapie, ça aide. En fait, j'aimerais ça qu'il paye pour la thérapie que je fais. Pas nécessairement au complet, je ne veux pas créer de violence économique, mais une contribution à la mesure de ses capacités.\n\n« La violence, ça crée de la honte, ça crée le silence. Pouvoir en parler et être soutenu-e, ça fait déjà beaucoup. Ça aide d'avoir des gens qui créent un cadre autour de soi. Au niveau de la communauté, les gens autour apprennent beaucoup aussi. J'aimerais qu'on puisse toutes et tous grandir et guérir de ça.\n\n« Notre société est remplie de violences. Comment est-ce qu'on peut adresser la violence d'une manière qui ne la reproduit pas ? Comment est-ce qu'on peut diminuer la violence en adressant autant les expériences des personnes qui l'ont vécue que celles des personnes qui la commettent ? Les personnes qui commettent de la violence en ont souvent vécu elles-mêmes. C'est un gros nœud qu'il faut défaire. Comment mettre un terme aux cycles de la violence et démarrer des cycles de responsabilité et de soins ?\n\n### **Mise en contexte : la justice réparatrice et la justice transformatrice**\n\nLa justice réparatrice est une forme de justice participative qui vise à permettre aux contrevenants de « réparer les torts qu'ils ont causés[1] » et qui, contrairement au modèle punitif ou de réhabilitation qui domine le système pénal, prend en compte les besoins de la victime. Au Canada, la justice réparatrice a été institutionnalisée et intégrée dans le système de justice. Elle a donné naissance à différents programmes qui agissent comme complément à la justice pénale. On peut penser à la mise en place dans les années 1990 de pratiques alternatives spécifiques aux Autochtones, comme les cercles de guérison et les cercles de sentence, qui ont été intégrés dans le _Code criminel_ en 1996.\n\nAu Québec, il existe le Centre de services de justice réparatrice du Québec, fondé en 2001 et aujourd'hui financé par les ministères de la Justice québécois et canadien. Le ministère de la Justice du Québec a également mis en place le Programme de mesures de rechange générales (PMRG), pris en charge par l'organisme Équijustice. Il s'agit d'un programme déjudiciarisation axé sur la réparation des torts causés aux victimes d'actes criminels et à la collectivité. Récemment, l'organisme Hoodstock a créé Justice hoodistique, un projet-pilote de justice réparatrice pour les personnes afrodescendantes accusées, qui vise à être intégré dans le PMRG.\n\nLa justice réparatrice, comme les différentes formes de justice alternatives, sont sous-tendues par des perspectives diverses : « la perspective managériale, dont les objectifs sont principalement liés à l'administration de la justice, notamment l'engorgement des tribunaux » ; la réhabilitation, soit « la réinsertion des contrevenant-e-s » ; la perspective victimologique, qui vise à « éviter de cantonner la victime au rôle de témoin et lui permettre de prendre action tout au long du processus judiciaire » ainsi que la perspective abolitioniste du milieu carcéral ou pénal, considéré comme lieu de maintien des inégalités sociales et de discrimination[2] ». Les formes de justice réparatrice destinées aux personnes afrodescendantes et autochtones permettent également de tenir compte des particularités de ces populations, surreprésentées devant les tribunaux.\n\nLa justice transformatrice, pour sa part, « s'est en partie développée en réaction à l'utilisation croissante de la justice réparatrice par les systèmes pénaux[3] », selon l'autrice abolitionniste Gwenola Ricordeau. Elle se fonde sur la réparation émotionnelle et physique des victimes de violence, mais aussi sur la transformation des causes sociales menant à cette violence. Le paradigme de la justice transformative se démarque donc en ce qu'il tient compte les rapports de domination et leur caractère structurant dans la perpétuation des violences. Il ne s'agit pas seulement d'un individu personnellement responsable d'avoir commis un acte de violence envers une victime ; la collectivité a un rôle à jouer dans les torts causés. Pensons par exemple au rôle joué par la culture du viol dans le cas des violences sexuelles.\n\n* * *\n\n1] Équijustice. Programmes. En ligne : [https://equijustice.ca/fr/services-de-justice-reparatrice/programmes-lsjpa-pmrg-et-travaux-compensatoires\n\n[2] Chanel Gignac, Dominique Bernier et Nancy Zagbayou, _Justice hoodistique : à l'intersection de la justice réparatrice et transformative par et pour les communautés noires_ , Rapport de recherche, août 2023. UQÀM et Hoodstock.\n\n[3] Gwenola Ricordeau, _Pour elles toutes. Femmes contre la prison_ , Lux Éditeur, 2019.\n\nL'article La justice transformatrice, une voie pour guérir est apparu en premier sur Ligue des droits et libertés.",
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