Éviter les pièges du libéralisme, repenser le monde en anarchiste
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June 22, 2026
Bonne lecture ! CANEVA caneva@@@riseup.net Avant de commencer … L'anarchisme effraie autant qu'il fascine. Parce que l'anarchisme a déjà déstabilisé des États, inspiré des assassinats de rois et de chefs militaires, parce que l'anarchisme c'est l'amour de la liberté, le rêve de l'émancipation pour tou.tes, la fin des guerres et des armées, la fin de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, c'est cette figure rebelle qui ne se laisse pas enfermer, encadrer ou contrôler. Mouvement profondément anti-autoritaire qui veut en finir avec les chef.fes, l'idéal anarchiste est à l'opposé du système dans lequel nous vivons actuellement mais il n'en est pas pour autant hermétique. Influencé par son époque et son environnement, l'anarchisme est traversé par différents courants et par ses propres tensions internes. Cependant, force est de constater que, aujourd'hui en France, l'anarchisme n'a plus le vent en poupe. Dans les années 1990 Murray Bookchin, anarchiste américain, mettait en garde : « les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot “anarchie” fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive. » [1] Dans son livre Changer sa vie sans changer le monde, Bookchin critiquait l'avènement d'une forme d'anarchisme folklorisé, vidé de sa substance et de ses objectifs révolutionnaires pour n'en garder que l'aspect esthétique, spectaculaire et individualiste. En effet, quoi de mieux pour rendre un mouvement inoffensif que de capitaliser sur son esthétique, tout en le vidant de ses prétentions révolutionnaires ? D'autres que Bookchin ont mis en garde contre des dérives bourgeoises ou contre les oppressions qu'elles reproduisaient en son sein. L'anarchiste noir américain Lorenzo Kom'boa Ervin mettait aussi le doigt dans les années 1990 sur les dérives du milieu anarchiste, qui devenait plus un mouvement contre-culturel composé essentiellement des classes moyennes blanches qu'un mouvement révolutionnaire. [2] En 1936, les anarcha-féministes de Mujeres Libres combattaient et s'organisaient contre les influences et les violences patriarcales dans le mouvement anarchiste. Et en 1914, Luigi Fabbri, anarchiste italien, dénonçait les influences bourgeoises sur l'anarchisme notamment venant du milieu culturel : « Pour ces artistes et écrivains, la beauté du geste prend la place de l'utilité sociale, à laquelle ils ne se soucient pas. Ainsi, ils ont idéalisé la figure du dynamiteur anarchiste car même dans ses manifestations les plus tragiques, il présente des caractéristiques indéniables d'originalité et d'attractivité. Cette idéalisation littéraire et artistique a exercé son influence sur de nombreux anarchistes qui, par ignorance ou par méconnaissance de la raison et de la logique ou du tempérament, l'ont prise pour une propagation d'idées, même si elle n'est qu'une manifestation artistique. » [3] La cérémonie d'ouverture des JO 2024, lieu d'étalage capitaliste et nationaliste par excellence, où a été « célébrée » Louise Michel en est un exemple récent. Des symboles révolutionnaires transformés en esthétique inoffensive par le milieu artistique parisien devant des chefs d'État complices des pires horreurs militaires, voilà comment l'anarchisme est vidé de sa charge politique. La « start-up nation » est un système de pensée, une manière de voir le monde et de créer des liens. Cela influe sur nos luttes, nos espaces collectifs et nos relations. Mais s'il est vrai qu'une grille de lecture bourgeoise détourne l'anarchisme de son but premier, « petit-bourgeois » et « libéral » peut aussi être une insulte facile pour discréditer un discours et gagner le débat. Lénine lui-même parlait de « petit-bourgeois » pour (dis)qualifier les anarchistes. C'est pourquoi il nous semblait important de redéfinir ce que sont ces « dérives libérales » et comment les repérer. Intro Libéral, libertaire, libertarien : 3 mots, une même racine….. mais la comparaison peut s'arrêter là. La première chose à mettre au clair ce sont les différences entre ces 3 concepts. Le système libéral, d'abord, se distingue par une intervention limitée de l'État qui assure les fonctions régaliennes (justice, police, armée) et d'arbitrage social, un soutien à l'économie de marché et à la création d'entreprise qui doit être libre. Il met l'accent sur la liberté individuelle, la propriété privée et la libre concurrence. Au fil du temps le libéralisme a évolué et s'est transformé. Notamment face aux contestations sociales des années 1930 qui nécessitaient de protéger le système économique et politique fragilisé. Il faut donc réévaluer le rôle de l'État comme instrument premier de défense des règles du marché. C'est ce que certain.es vont appeler « le néolibéralisme », c'est à dire mettre l'État au service direct du capitalisme. L'économie reste centrale dans l'organisation sociale : les règles du capitalisme sont la matrice des règles de la vie sociale et la politique néolibérale gère l'ensemble de la société. Certain.es parlent même de « néo-libéralisme autoritaire » pour désigner certains régimes politiques. C'est-à-dire qu'aux caractéristiques du (néo)libéralisme classique, s'ajoute une répression accrue des mouvements sociaux ou de contestation populaire, ainsi que la restriction des libertés pour maintenir ces politiques, la légitimation des inégalités comme nécessaires pour la compétitivité et l'efficacité économique. Pour lire la suite
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