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"publishedAt": "2026-05-28T12:16:12.246Z",
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"textContent": "Lorsqu'on a entendu parler de l'ouverture d'un immense squat dans le centre ville de Liège, on a tout de suite voulu aller y faire un tour. Arrivées sur place, on découvre une ville en pleine métropolisation : tram flambant neuf, grandes avenues commerciales, vitrification du centre ville. Malgré cela, de belles âmes nous indiquent le chemin. Sur la façade de ce bâtiment de six étages, une grande banderole “centre social autogéré : remplir le vide par la solidarité” a été déployée (la classe). Sur place, on découvre un lieu de vie et de lutte qui rassemble différentes générations et différents milieux ; espace de discussion, d'échange, et de conspiration. En pleine lutte contre l'Arizona, et dans un contexte de durcissement tant économique que politique, on a vécu cette rencontre comme une bouffée d'air et d'espérance, et on voulait la partager ici. On a donc transmis quelques questions à des personnes actives au Centre Social Autogéré (CSA), qui nous ont envoyé leurs réponses après en avoir discuté collectivement. Les voici ci-dessous, bonne lecture ! 1. Une petite présentation du lieu ? Ici c'est le Centre Social Autogéré de Liège, gros bâtiment occupé au cœur de la ville de Liège, où grouillent depuis un mois déjà de belles énergies. Il s'agit d'une ancienne maison de retraite, il y a donc une cinquantaine de chambres, un rez-de-chaussée avec une grande salle et une grande cuisine... puis on a même une belle cour jardinée. Le bâtiment est désormais investi par des personnes de tout âge et désireuses de se réapproprier la ville et de l'arracher aux affreux, de ramener la vie là où d'autres spéculent sur le vide. 2. Comment se sont passés les premiers jours et la préparation de l'occupation ? Pour le moment, on ne veut pas évoquer le processus en amont de l'occupation. On a trouvé ce bâtiment ouvert, qui à la fois par sa situation territoriale (dans le centre ville de Liège) semblait idéal pour un centre social, à la fois par sa taille représentait au premier abord un défi impressionnant (comment tenir un tel lieu ? comment ne pas s'y retrouver isoléexs ? comment l'ouvrir à qui voudrait porter des initiatives dedans ? etc.). Puis on a tranché, confortées par l'enthousiasme que semblait susciter autour de nous l'idée d'un centre social à Liège. On a donc organisé un week-end festif d'inauguration du centre social, avec une team à l'intérieur du lieu pour l'aménager en bonne et due forme (le défendre, mais aussi penser et préparer rapidement l'accueil au cours des premières semaines), puis une team nombreuse à l'extérieur qui sous couvert d'une bouffe populaire et de concerts a pu permettre de faire un rempart en cas d'intervention porcine et de faire courroie de transmission scred pour des matériaux. L'inauguration festive répondait à un triple objectif : 1) déclarer l'existence du lieu pour directement brancher des énergies dessus 2) organiser un blocage tactique 3) s'assurer que, intervention policière ou pas, il y ait un joyeux désordre dans la ville. Le week-end s'est super bien passé, beaucoup de monde a répondu à l'appel, à tel point que la première Assemblée Générale du centre social, le lendemain du week-end d'inauguration, a rassemblé plus de 150 personnes. C'était à la fois inattendu, stressant et émouvant. Une belle surprise. Puis se sont ouverts les chantiers du quotidien : toutes les réparations à effectuer pour assurer un minimum de confort, l'orga de la bouffe, l'animation du lieu, l'élaboration d'une certaine communauté de vie différentielle (des personnes y sont quasi présentes h24, d'autres y sont sur le mode du passage, comment fait-on pour que tout un chacune s'y retrouve et ait prise sur le lieu ?), la mise en place du plan de bataille pour tenir le lieu. Pour le moment tous ces chantiers avancent, certes avec un fonctionnement tâtonnant (car en même temps nous élaborons ensemble la manière dont ces chantiers fonctionnent en leur sein et entre eux), mais aussi avec une vitesse et une autonomie impressionnante. La seconde AG a d'ailleurs rassemblé encore plus de monde que la première. Au cours de cette deuxième AG, on a pris la liste de toutes les initiatives que des gentexs voudraient porter ici, on a rassemblé les personnes animées par des désirs accordables, et puis lors de la 3e AG on a réfléchi et distribué les espaces. À chaque initiative maintenant d'organiser ses activités et de suivre son cours. 3. Pourquoi l'appellation « centre social autogéré » ? On a cru comprendre que l'idée n'était pas de loger mais d'être un lieu d'organisation, pourquoi ce choix ? « Centre social autogéré » (CSA), c'est une étiquette qui répond à une tradition politique associée à l'Italie des années 60-70 et qui entend rompre par ses pratiques avec la politique parlementaire. Mais c'est une étiquette qui a aussi l'avantage d'être facilement appropriable par qui n'est pas familier de cette tradition. L'enjeu pour nous étant qu'une certaine transmission, non autoritaire, s'opère entre cette tradition et les pratiques en tout genre qui vont fleurir dans un centre social autogéré comme celui de Liège. Nous avons choisi (choix difficile, discutable), d'être un centre social pour organiser la lutte contre l'Arizona,(nom de la coalition néolibérale au pouvoir en Belgique) , et son monde (\"Shoot l'Arizona\" comme le dit d'ailleurs une des banderoles sur la façade), contre l'impérialisme et ses guerres, et donc, malgré la taille du bâtiment, de ne pas être un lieu qui place directement dans sa dynamique la question de l'hébergement. Plusieurs d'entre nous sont impliqué.e.s directement dans des groupes ou des luttes relatives au logement, et des collectifs qui luttent dans ce champ s'organisent déjà dans le CSA. Ce choix découle d'expériences personnelles : nous avions ouvert il y a plus d'un an un bâtiment qui entendait être foyer de luttes diverses et offrir aussi un hébergement pour qui en avait besoin. Très vite la dynamique-hébergement a éclipsé la dynamique-foyer-de-luttes. Il nous a semblé qu'il était préférable, avant ouverture, d'assumer un choix, même à l'encontre d'une part de notre sensibilité, celui d'ouvrir un lieu qui soit prioritairement un espace d'organisation pour les luttes. Ce qui implique que toute personne qui vit dans ce centre social le défende, dans d'éventuelles tractations entre nous et la ville, en tant que centre social autogéré et non en tant qu'habitat personnel. 4. Quel est le contexte social et politique à Liège ? Le CSA se situe dans l'hyper centre de la ville de Liège, à deux pas de la grande place Saint-Lambert et de sa Galerie Marchande, tout près d'une rampe de tram flambant neuve. Liège c'est une ville dirigée depuis 50 ans par le PS, depuis 25ans par le même bourgmestre (Willy D., qui récemment se réjouissait de voir le prix de l'immobilier grimper en flèche dans sa ville grâce à la mise en circulation du tram). C'est une ville moyenne (200 000 habitant.e.s, 500 000 dans l'agglo) mais qui se (re)structure selon le modèle et la vision cauchemardesques de la Métropole (en incluant, de façon comique et terrifiante, des territoires ruraux dans ce cauchemar) : tram donc, galerie marchande évidemment, quartier des affaires aux façades totalement vitrées, commerces bourgeois hyper spécifiques dans le centre, gare dernier cri, caméras qui pullulent, espaces de co-[...]ing, etc. Mais cet hyper-centre, n'est pas qu'un lieu de passage et de consommation, c'est aussi un espace où beaucoup de monde zone (notamment des jeunes en sortie d'école et qui trainent aux alentours des enseignes marchandes). Il faut imaginer que dans un rayon d'un km à la ronde autour du CSA on trouve plein d'écoles secondaires, des services sociaux et des institutions publiques, plusieurs galeries marchandes, plein de commerces, des institutions culturelles (dans la courte rue du CSA il y a par exemple une salle de concert, l'opéra régional, mais aussi un chouette cinéma et une librairie 'de gauche'), une place qui centralise l'arrivée de beaucoup de bus, un carrefour de rues nommé 'Le Carré' où communie en beuverie la jeunesse-Erasmus. Bref, et bien qu'avec le prix de l'immobilier grimpant en flèche les maisons et appartements du centre sont essentiellement détenus par des bourgeois qui y vivent ou qui louent leurs bien, le centre est un espace assez composite avec beaucoup de passages et de bandes qui trainent, dont le décor est fait essentiellement de petits commerces (pour) bourgeois et de grandes enseignes dégueulasses. Il y a aussi une volonté (déclarée) de la part des pouvoirs publics de faire de Liège une métropole pour attirer les touristes, avec tout ce que cela implique de 'dispositifs de sécurité, d'attractivité et d'assainissement' : le PAB (équivalent de la BAC) qui fait la chasse aux sans-papiers, la mise en valeur muséifiante du patrimoine qui s'accompagne d'un contrôle acccru de nos traditions populaires, l'augmentation des dispositifs de contrôle, la construction de centre d'affaires et d'éco-quartiers. Si on dézoome, il faut rajouter ceci : la province de Liège est un important pôle logistique quadrimodal en constant agrandissement, avec un aéroport marchand, des entrepôts gigantesques (la première implantation européenne d'Alibaba, c'est ici) avec plein de camions (on y retrouve les grandes entreprises mafieuses de la logistique : Maersk, Jost, CMA-CGM, Fedex, Challenge, MSC, …), un fleuve avec plusieurs ports marchands ; c'est aussi, à la fois pour ces raisons logistiques et pour des raisons historiques, un territoire qui compte un nombre impressionnant d'entreprises du complexe militaro-industriel (la fameuse FN Herstal qui arme de flash-ball les milices de Trump et de Macron, Thales, Safran, Cockerill, et plein d'autres). Mais Liège est aussi une terre de lutte, un bastion antifasciste (le Front Anti Fasciste, le « FAL », réunit souvent des centaines de personnes à ses AG), un ancien bassin minier et ouvrier où le secteur métallurgique prédominait et où, malgré la désindustrialisation violente et les beaux paysages désolés qu'elle laisse derrière elle (terrils, haut fourneaux à l'abandon), une certaine culture de la solidarité s'est sédimentée. Dans le COP des supporters du Standard de Liège (club de foot) on a récemment pu lire sur une grande banderole 'Ici on ne pleure pas un néo-nazi'. On y trouve aussi un secteur associatif dense qui peut de temps à autre faire alliance avec les initiatives militantes plus autonomes. En réponse aux agressions capitalistes qui ont lieu ici, la riposte s'organise sur plein de front : on a des collectifs écolos (StopAlibaba, des actions CODE ROUGE), un Front Anti-Expulsion très combatif, le collectif antimilitariste la FLAM qui a organisé récemment un festival antimilitariste pour clôturer la campagne SMASH BEDEX et qui va lancer une autre campagne, la TPG qui organise plein d'événements, une cafétéria et un cinéma auto-gérés, un collectif anti-islamophobie récent, une cafèt anti-rep. 5. Quel cheminement politique a mené à cette occupation ? Y a-t-il eu un élément déclencheur ? L'ouverture de ce centre social ne répond pas à un élément déclencheur précis mais découle de différents processus : l'extinction, à la suite du COVID, d'une certaine dynamique squat/centre social à Liège. le manque de grands espaces de réunions, d'organisations et de stockage pour catalyser et amplifier la belle dynamique de luttes qui a cours depuis 2 ans à Liège. la métropolisation et la gentrification du centre-ville, la marchandisation de la vie, autant de choses qu'on veut radicalement saboter. les politiques gouvernementales précarisant de plus en plus violemment la population et ciblant des ennemis intérieurs (les musulman.e.s, les trans, les antifas, etc.). À ça il faut opposer l'organisation d'une solidarité populaire et la création d'autres idées à faire circuler, d'autres rapports à faire consister entre les gens, d'autres manières de nous rapporter à la subsistance (la bouffe, les vêtements, l'habitat, etc.). 6. Comment concilier dimension politique et activité de type « centre social » ? Cette question importante et marrante témoigne d'une inquiétude justifiée mais qui prend aussi parfois des tournures crispantes dans nos milieux et qui se retournent contre nous : l'inquiétude de voir l'aspect social éclipser la dimension politique, de voir le lieu se normaliser soit sur un mode crypto-humanitaire-socdem soit sur un mode radicool. Une inquiétude qu'il faut maintenir vive mais qui ne doit pas virer au jeu de postures. Des amiexs venues de France pour nous prêter main forte s'en sont d'ailleurs très vite inquiété.e.s en voyant cette première AG publique réunir 150 personnes. Ouvrir directement le lieu à qui voudrait s'y investir est un pari que l'on a fait. À la suite de ça, il y a une composition (sociale et politique) relativement hétérogène qui s'est ainsi déclarée et imposée de fait. L'ouverture du CSA a créé direct un appel d'air. Au terme d'un mois, on peut dire que c'est ce qui fait pour le moment la force, la beauté et le défi de cette occupation. Différents points de vue et diverses manières de faire se rencontrent et se confrontent donc ici, mais à partir d'une ressaisie de la politique à son niveau fondamental et existentiel. Cette composition va donc devoir apprendre à toujours mieux identifier l'ennemi commun (les militants du capital racial et patriarcal) et ses modes opératoires, pour trouver comment saboter ensemble ces modes opératoires et défaire l'ennemi. Pour ça, elle va devoir s'efforcer de ne jamais se complaire dans son propre fonctionnement et garder vivace qu'elle vise à établir une ligne de front. Cependant, pour nous, il faut également dire qu'à partir du moment où l'activité sociale est faite par et pour les gens pris pour cible par l'Economie capitaliste, qu'à partir du moment où elle est un espace de transformation où l'on apprend à faire communauté autrement, elle recouvre une dimension d'emblée pleinement politique. 'Social' est certes un mot utilisé à tort et à travers et dont plein d'usage sont d'ailleurs dégueulasses (cf. Parti socialiste), un mot qui indique souvent des procédures pour panser les dégâts de l'Economie capitaliste. Mais le social c'est aussi ce que nos gouvernants cherchent à étouffer (on se souvient des bizarrement nommées mesures de 'distanciation sociale' lors du COVID). Un 'centre social autogéré' est social en ceci qu'il est le théâtre d'une communauté de vie assez hétérogène, mouvante et qui sans lui n'aurait probablement jamais vu le jour, bref c'est le genre de lieu où peut se tisser une communauté dense en plein coeur quoiqu'à l'écart du capitalisme métropolitain. Mais comme le rappelle la tradition, c'est aussi le théâtre d'opérations pour une communauté de lutte qui veut, en plus de ressaisir le caractère politique de l'existence à un niveau de base, parer aux attaques néofascistes et préparer la riposte populaire. 7. Comment évolue la répression à Liège ? Qu'est ce que ça implique en termes de perspectives politiques ? Le moment actuel est particulier. Depuis deux mois l'antifascisme liégeois est l'objet d'une croisade répressive qui n'a pas connu de précédent récent : une dizaine de perquisitions à domicile avec des impositions de couvre-feu pour les inculpé.e.s, des dizaines de convocations judiciaires (et probablement d'autres à venir), des procès qui vont débuter. Cette répression est notamment une réponse à une séquence politique débutée le 18 septembre 2025 contre le déchet politique Georges Louis-Bouchez (parti MR, équivalent LR), nommé par ici le GLOUB [1], une personnalité arrogante, hyper médiatique, néolibérale et qui tire son parti vers l'extrême-droite. Le 18 septembre l'Université de Liège accueillait en début de soirée le think-tank Jean Gol pour une cérémonie en hommage à Jean Gol (le Margaret Thatcher belge). Il s'agit du think-tank anti-woke (transphobe et islamophobe) du MR, producteur de délires racoleurs qui diffusent et assoient l'idéologie d'extrême droite actuelle. L'Université accueillait donc en son sein pendant la rentrée académique un parti (le MR), qui la détruit méthodiquement par des mesures de définancement, et son think-tank où l'on retrouve des personnalités aussi brillantes que l'essayiste Nadia Geerts qui a déclaré à propos du contexte de famine à gaza « Je dis ça avec toutes les précautions nécessaires mais si on cherche un restaurant à Gaza sur Google, on en trouve plusieurs qui ont l'air d'être en activité ». Le jour de la cérémonie, la rectrice de l'Université de Liège faisait évacuer autoritairement les bâtiments de ladite unif' dès le début d'après-midi avant de s'en aller participer le soir à un ciné débat sur les... fake news. Cette manifestation a vu des centaines de personnes se rassembler, déterminées à empêcher la tenue de cette cérémonie en bloquant des entrées et des points de passage. Le dispositif policier a été pris de court, beaucoup de sympathisants du MR ont été contraints de passer à proximité ou au travers de la foule, au prix de se prendre dans la poire quelques-unes des pommes pourries présentes sur place par centaines de kilos, quelques pêches à bout portant aussi, et des jets de bière. Beaucoup de gens venus pour la cérémonie ont d'ailleurs rebroussé chemin. Le Gloub n'a pu lui rentrer dans l'Université, sous escorte du PAB et au prix de quelques contorsions, que par une fenêtre dérobée. Le Gloub est revenu à Liège en novembre et en janvier. En novembre, pendant qu'il tenait sa conférence barricadé derrière un dispositif policier plus important que pour un match de foot, une free-party mouvementée était organisée dans la ville au terme de laquelle l'Hôtel de Ville a été énergiquement dégradé. Début janvier, pendant les vœux du MR, défilait une grande marche aux flambeaux débouchant sur un bûcher où une grande poupée du GLOUB a fini en cendres. Si cette séquence a eu le mérite de faire bouger des lignes au niveau national sur l'extrême-droitisation du parlementarisme sous l'impulsion du MR, de populariser et revivifier l'antifascisme, il faut faire face maintenant à ce contexte répressif. Ce qui implique au moins deux choses : organiser la solidarité et se tenir auprès des camarades inculp.é.e.s, mais aussi renforcer et réorganiser notre arsenal antirep. C'est indispensable si l'on veut garder confiance et maintenir l'offensive. Le CSA est un lieu qui se propose clairement d'offrir le temps et l'espace pour construire cette base antirep. 8. Quel est votre rapport aux organisations traditionnelles de la gauche (syndicat/partis/milieu associatif) ? Qu'est ce que ça signifie d'adopter une ligne autonome ? Il faut répondre à la deuxième question d'abord, pour se donner un peu de jeu pour répondre à la première. Tenir une ligne autonome c'est tenir que la politique, que ce soit dans ses formes ou dans ses visées, se tient radicalement à distance de l'État. C'est ce que viennent signaler 'autogéré' et 'occupé' quand on parle de Centre Social Autogéré et Occupé. L'espace est autogéré : pas besoin de l'État [2]pour le faire fonctionner ni pour lui édicter des règles ou des normes. C'est un espace a-normatif où s'inventent de nouvelles manières de se rapporter aux autres, aux choses et à soi, dans un processus actif mais non punitif de destruction de tout ce que les systèmes de domination ont déposé de plus délétère en nous. Et puis le bâtiment est occupé, nous on aime dire que c'est une 'réquisition populaire'. On a réquisitionné le bâtiment à un groupe de promotion immobilière qui est soutenu par la ville, c'est-à-dire que notre espace on l'a arraché, on espère pour le plus longtemps possible, et ce dans une position d'antagonisme ferme avec le pouvoir politico-financier. Tenir une ligne autonome c'est alors deux choses : 1. mettre en partage et cultiver toutes les tactiques pour que l'autogestion de notre quotidien se fasse dans un rapport antagonique au pouvoir politico-financier ; 2. élaborer une stratégie collective de réquisition qui ne nous compromette pas effectivement avec nos ennemis (mais qui n'implique pas de ne pas apparaître, aux yeux de qui aime les postures, comme compromis). Notre rapport aux partis, syndicats et associations est alors modulable. Le lieu est avant tout mis à disposition de collectifs et d'initiatives non subsidiés. Que des usager.ère.s du lieu fassent par ailleurs partie d'un parti (il n'y en a quasi pas à notre connaissance), d'un syndicat (il y en a quelqu'un.e.s), ou d'une association (il y en a pas mal) n'est pas pour nous l'objet d'une vigilance scrupuleuse. D'autant que Liège jouit d'un tissu associatif qui fait du bon taff à certains endroits (géographiques et sociaux) et de certaines délégations syndicales parmi les plus combatives de Belgique. Mais toutes nos pratiques et nos discours se doivent de marquer une rupture avec toutes les tentatives de racket politique ou de récupération de la part d'organes qui sont dans une logique intégrative par rapport à l'État. Dès que des rapports s'établissent avec ces organes, c'est en tenant notre ligne, en mettant ces rapports au service de la stratégie autonome du CSA. 9. Quelles sont vos perspectives pour garder le lieu vivant et combatif ? Comment éviter la séparation entre « militant.e.s professionnel.les » et 'usager.e.s' ? Avant d'avoir des perspectives pour garder le lieu vivant et combatif, il faut surtout se donner le temps de rendre le lieu vivant et combatif. On n'en est qu'au début, la situation est toujours relativement précaire. Le lieu est déjà bien vivant, il est animé par tous les chantiers qui ont été lancés et les premières activités qui y prennent place. Combattif il l'est ou le sera dans la mesure où : 1) il accueille des initiatives de solidarité et de lutte qui y trouvent de quoi nous renforcer 2) il est un lieu synonyme de vie autre et bonne dans un monde où la vie est suffoquée Par sa capacité d'accueil et par la qualité de ce qui s'y trame existentiellement, le lieu créera une attache forte et donc virtuellement la volonté de le défendre. Mais il faut aussi que le lieu trouve à répandre comme une traînée de poudre, en dehors de lui-même, les pratiques et l'imaginaire hors-légalité qui le constituent (occupation, autonomie, solidarité). En ce qui concerne la séparation entre militant.e.s professionnel.le.s (qui ne se revendiquent pas comme tel, mais qui, force est de constater, se vivent un peu comme tel) et les usager.ère.s, la séparation n'est pas irrémédiable. Le milieu militant a parfois quelque chose d'intimidant par ses codes plus ou moins explicites, ses postures plus ou moins supportables. Mais par le partage de tâches du quotidien, de moments conviviaux (on conclut toutes les AG du CSA par une grande bouffe), les rencontres et les complicités naissantes permettent à cette séparation de s'évanouir un peu. À l'inverse, il faudra aussi trouver comment la multiplicité des pratiques, quand l'occasion se présentera (période de luttes à l'échelle nationale, procédure d'expulsion, etc.), pourra s'agencer de manière à créer une machine combative pour se renforcer dans le conflit. On vise donc à ce que cette séparation se résolve en une communauté d'usager.ère.s combative. 10. Comment vous aider ? Pour le moment, l'aide est pratique : venir nous renforcer sur des chantiers collectifs, nous filer du matos. Simplement nous rencontrer pour prêter main forte sur des axes de travail qu'on juge prioritaires. Et puis venir nous soutenir en cas de procédure d'expulsion (les autorités publiques sont obligées de nous avertir de la date d'expulsion) – le cas échéant on préviendra via Signal ou sur instagram (@csa.liege) Puis ça ne concerne pas directement le CSA disons, mais il y a une caisse de solidarité (sur la page instagram du FAL – Front Antifasciste Liégeois) pour faire face à la répression évoquée plus haut. Voilà. Quelque chose à ajouter ? Conseil de visite pour les anarcho-touristes : la pièce maîtresse du CSA est un escalier d'évacuation vertigineux et large, qui grimpe à l'arrière du bâtiment (une artiste locale en a fait un dessin). Bordeaux, métallique, des marches grillagées et une vue imprenable à son sommet. Certes on essaie de ne plus fumer à gauche mais griller une petite clope au 6e étage de l'escalier est délicieux. Vœu de gratuité oblige, on ne fait pas payer la montée de ce nouveau monument de l'autonomie. Pour contacter les auteurices de cet article : BuildingtheInsu@proton.me\n\n* * *\n\n[1] Le troubadour anti-fasciste régional lui a dédié un hymnequi est devenu la bande-son de nos manifs sauvages. [2] Les petits chasseurs de contradictions, dont le désir fondamental refoulé est un désir-d'État, nous dirons : 'Si ! Vous avez besoin de l'État, car d'où viennent votre énergie, votre eau, votre bouffe, vos médocs, etc. ?'. C'est qu'ils ne comprendront jamais que dans un contexte de dépendance donné/forcé il n'y a d'autonomie que relative et tendancielle et dont il faut organiser stratégiquement le renforcement, la force objective.",
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