Les mots d'Haïkel Abouda, grand frère de Sourour
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April 24, 2026
"Aujourd'hui, suite à mon absence, ce n'est pas moi qui me tiens devant vous. Une autre personne lit mes mots. Elle lit ma colère. Ma tristesse. Mes incompréhensions. Même absent, je tenais à ce que ma voix soit entendue. Parce que je prends rarement la parole. Ici, je ne m'exprime pas seulement comme le frère de Sourour. Pas seulement comme citoyen. Mais comme ancien policier. J'ai porté l'uniforme. J'ai exercé ce métier pendant des années. J'y ai cru. J'y ai mis mon énergie, mon temps, ma loyauté. Pour moi, être policier, ça voulait dire protéger. Calmer. Éviter que la violence arrive. Être gardien de la paix. Même si j'ai quitté ce métier depuis longtemps, on ne cesse jamais complètement d'être policier. On garde un lien. Des collègues. Des souvenirs. Des valeurs. Alors ce qui s'est passé le 12 janvier 2023 me touche doublement. Comme frère. Et comme ancien policier. Ce qui s'est passé reste, pour moi, incompréhensible. Le 12 janvier 2023, ma sœur est morte. Elle est morte à la suite d'une intervention policière. Elle est morte entre les mains de personnes qui portent le même uniforme que moi autrefois. Ce jour-là, ce n'étaient pas seulement des agents. C'étaient, d'une certaine manière, mes anciens collègues. Et le choc a été immense. Parce que j'ai connu la police de l'intérieur. Je connais les responsabilités que ce métier implique. Je connais la formation qu'on reçoit. On nous apprend à maîtriser la force. À protéger la vie. À éviter l'irréparable. Mais je sais aussi qu'il existe des silences. Des réflexes de corps. Des gestes qu'on banalise. Des violences qu'on excuse. Du racisme qu'on nie. Des moments où personne ne dit stop. Et parfois, ce ne sont pas les cris qui tuent. ce sont ces silences. Aujourd'hui, je veux parler de responsabilité. Pas une responsabilité floue. Pas “les circonstances”. Pas “ça arrive”. Je parle de responsabilité individuelle. Quand on porte un uniforme, on porte un pouvoir immense. Et ce pouvoir oblige. Il oblige à la retenue. À la maîtrise. À la vigilance. À protéger la vie. Et il oblige à rendre des comptes. À la justice. Aux familles. Et aujourd'hui, à moi. Parce que je ne suis pas seulement le frère de la victime. Je suis aussi votre ancien collègue. Et je vous parle directement. Je vous demande simplement : Comment avez-vous pu en arriver là ? Comment avez-vous pu laisser faire ? Comment avez-vous pu laisser ça arriver ? Comment est-il possible que vous n'ayez pas pris vos responsabilités ? Chaque policier présent ce jour-là avait un choix. Intervenir. Apaiser. Ne pas user de la violence. Prendre le temps. Faire preuve de discernement. Refuser l'escalade. Protéger. Protéger. C'est ça, le métier. Protéger, même la personne qu'on interpelle. Protéger surtout les personnes vulnérables. Ma sœur n'était pas une menace. C'était une femme. Une sœur. Une citoyenne. Elle devait rentrer vivante chez elle. Et pourtant, au lieu d'être accompagnée ou prise en charge, Sourour a été menottée, violentée, méprisée, placée en cellule, laissée au sol. Pendant près d'une heure. Il y a des blessures. Il y a des zones d'ombre. Il y a des décisions incompréhensibles. Et une vie qui s'arrête. Cette heure où ma sœur gît au sol, je l'ai vue sur les images. Comment est-ce possible ? Comment des policiers formés pour protéger la vie peuvent laisser quelqu'un mourir seul sur le sol d'une cellule ? À quel moment oublie-t-on ce que ce métier est censé représenter ? Je ne suis pas ici pour la haine. Je ne suis pas ici pour la vengeance. Je suis ici pour la vérité. Pour la dignité. Pour la justice. Parce que sans responsabilité, il n'y a pas de confiance. Et sans confiance, il n'y a plus de police. Il n'y a plus que la peur. Assumer ses actes, ce n'est pas trahir l'institution. C'est la rendre plus juste. Répondre devant un tribunal, ce n'est pas être contre la police. C'est défendre l'État de droit. Personne ne devrait être au-dessus des lois. Pas même ceux qui sont censés les faire respecter. Moi, j'ai porté cet uniforme avec fierté. Aujourd'hui, je le porte en moi, avec tristesse. Mais je continue de croire qu'il peut représenter quelque chose de juste. Alors je parle. Pour ma sœur. Pour ma famille. Pour toutes les familles qui n'ont pas de voix. Et pour ce que ce métier devrait être. Pour que plus jamais quelqu'un ne meure à cause de la police. Justice pour ma soeur, Justice pour Sourour."
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