La Fondation du patrimoine réunit les Français de Londres pour sauver le patrimoine en péril
La résidence de l'ambassadrice de France au Royaume-Uni, nichée dans le prestigieux quartier de Kensington Palace Gardens, a accueilli mercredi 15 avril une soirée exceptionnelle dédiée à la sauvegarde du patrimoine français. Organisée par la Fondation du patrimoine, cette rencontre a réuni plus d'une centaine de membres de la communauté française de Londres autour d'un objectif commun : mobiliser la générosité des expatriés pour préserver les trésors architecturaux et naturels de la France.
Une soirée sous le signe de l'engagement à la résidence de France
C'est l'ambassadrice Hélène Duchêne qui a ouvert la soirée, à 19h, en rappelant le rôle symbolique de ce lieu chargé d'histoire. « Ce lieu incarne la présence de la France à Londres depuis la Libération. Il semblait tout naturel qu'on lui consacre une soirée dédiée au patrimoine français », a-t-elle déclaré, soulignant l'importance de la Fondation du patrimoine, créée en 1996 et reconnue d'utilité publique, qui s'est imposée en trente ans comme le premier acteur de la générosité en faveur du patrimoine en France.
L'ambassadrice a salué la présence des délégués bénévoles de la Fondation au Royaume-Uni, Eve Gabaix et Emmanuel Gueroult , qui animent les collectes au profit du petit patrimoine français depuis Londres.
Guillaume Poitrinal : « 5 000 églises en état de délabrement »
Guillaume Poitrinal , président de la Fondation du patrimoine, a dressé un tableau préoccupant de l'état du patrimoine français. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 5 000 églises considérées en état de délabrement, 500 églises de village frappées d'arrêté de péril — interdites d'accès car trop dangereuses — et environ 70 000 édifices non classés en état de péril imminent.
« Cette France, sa distinction, c'est ce patrimoine. Vous qui voyagez très souvent ailleurs, vous connaissez la richesse de la France », a lancé le président aux expatriés présents, rappelant que la Fondation ne fonctionne qu'avec des dons et les revenus du Loto du Patrimoine, lancé avec Stéphane Bern. Avec ses 1 400 bénévoles répartis dans toute la France, la Fondation reste modeste comparée au National Trust britannique et ses 30 000 bénévoles — un modèle que Guillaume Poitrinal aspire à rattraper.
Alexandre Giuglaris rappelle le souvenir de Notre-Dame
Le directeur général de la Fondation, Alexandre Giuglaris , a choisi d'évoquer un souvenir partagé par tous : l'incendie de Notre-Dame de Paris. « Vous étiez probablement devant un écran lorsque les premières flammes ont commencé à dévorer la charpente. Cet événement nous a tous marqués. » Si la cathédrale a été sauvée grâce à une mobilisation internationale sans précédent, Alexandre Giuglaris a insisté sur la fragilité du patrimoine , qu'il soit monumental ou vernaculaire.
Il a également rappelé que le patrimoine est un levier économique majeur : « Si la France est la première destination touristique mondiale, ce n'est pas le fruit du hasard. C'est d'abord parce que nous avons un patrimoine exceptionnel, riche d'une diversité incomparable. » La Fondation accompagne aujourd'hui plus de 2 500 projets actifs sur l'ensemble du territoire.
Quatre projets présentés aux donateurs
Le cœur de la soirée était consacré à la présentation de quatre projets concrets, chacun porté par un intervenant passionné.
La chapelle Saint-Aubert au Mont-Saint-Michel — 90 000 €
Eve Gabaix a présenté ce joyau méconnu du Mont-Saint-Michel : la chapelle Saint-Aubert , construite au XVe siècle par les Bénédictins en hommage au prêtre qui, selon la légende, reçut trois fois la visite de l'archange Michel avant de fonder le premier sanctuaire. Exposée aux vents et aux marées sur la face nord-ouest du rocher, cette chapelle secrète se dégrade sous l'effet de l'érosion et de la végétation envahissante. Objectif : 90 000 euros. En contrepartie d'un don de 1 000 euros, les donateurs pourront bénéficier d'une visite privée de l'Abbaye du Mont Saint-Michel avec accès aux espaces fermés du grand public.
Le château de Montbéliard et ses œuvres d'art — 155 000 €
La soprano Axelle Saint-Cirel , dont l'interprétation de la Marseillaise lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 a ému des milliards de téléspectateurs, a témoigné de son attachement personnel au château de Montbéliard. C'est dans ce château, ancien conservatoire de musique, qu'elle a grandi artistiquement : premiers cours de chant grégorien, de russe, d'italien, et c'est là qu'elle a décidé de devenir chanteuse d'opéra.
Le projet consiste à restaurer dix œuvres des collections du musée du château : tableaux d'époque, objets mobiliers et pièces fragiles nécessitant des interventions spécialisées. Parmi elles, une toile de 1939 de Paul Élie Dubois, artiste franc-comtois, dont la restauration seule coûtera 30 000 euros. Budget total : 155 000 euros.
Les chapelles baroques de Saint-Gervais — 70 000 € par chapelle
Retour à Eve Gabaix pour un voyage au pied du Mont Blanc. Les treize chapelles baroques de Saint-Gervais , conçues au XVIIe siècle alors que la Savoie appartenait encore au royaume de Sardaigne, sont un témoignage unique de l'influence artistique italienne dans les Alpes françaises. Décorées par des artistes du Piémont et de Venise, elles recèlent des retables dorés d'une luminosité exceptionnelle.
Si sept chapelles ont déjà été restaurées grâce à la Fondation entre 2015 et 2018, six chapelles restent en danger, menacées notamment par des insectes xylophages qui rongent les boiseries. L'ambition est de créer une « balade baroque » : un itinéraire culturel et musical de 7 km en montagne, ponctué de concerts de chants baroques dans les chapelles restaurées. Objectif : 70 000 euros par chapelle.
Le jardin Serre de la Madone à Menton — classement UNESCO en ligne de mire
Michael Lieberman , homme d'affaires britannique installé en France depuis 55 ans — cofondateur d'Habitat France et du groupe GrandVision — a présenté son combat pour la préservation des jardins de la Côte d'Azur. Son projet phare : la restauration du jardin Serre de la Madone à Menton, créé en 1924 par Lawrence Johnston, le même homme qui avait conçu le célèbre Hidcote Manor pour le National Trust.
Classé monument historique et jardin remarquable, Serre de la Madone est entré dans sa quatrième et dernière phase de restauration. Au programme : réfection de l'entrée, consolidation des terrasses de citronniers qui menacent de s'effondrer, et replantation d'une centaine de citronniers de Menton. Chaque donateur de 1 000 euros verra un citronnier porter son nom. L'ambition à dix ans : obtenir le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO pour les jardins de la Riviera française.
Comment soutenir la Fondation du patrimoine depuis Londres
Emmanuel Gueroult a clôturé les présentations en détaillant les modalités de don. La Fondation propose une carte interactive sur son site permettant de retrouver les 2 500 projets par village, département ou type de patrimoine. Pour les contribuables français, les dons sont déductibles à 75 % de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Pour ceux assujettis à l'impôt britannique, un accord avec le Charities Aid Foundation (CAF) permet également une déduction fiscale.
Pour contribuer dès maintenant, rendez-vous sur la page de don de la Fondation du patrimoine. La plateforme accepte les paiements par carte et Apple Pay.
Un appel aux Français de Londres
Comme l'a résumé Guillaume Poitrinal : « Ce patrimoine, nous en sommes les héritiers, nous en sommes les détenteurs. Il faut qu'on soit tous ensemble les passeurs de ce patrimoine, pour que nos enfants et nos petits-enfants connaissent la beauté et la richesse patrimoniale de la France. »
Pour découvrir les projets et contribuer, rendez-vous sur le site de la Fondation du patrimoine.
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