TOURISME - ATSIMO ANDREFANA - L’attrait pour le baobab « Tsitakakantsa » reste modéré
Le plus grand baobab de Madagascar, « Tsitakakantsa », se trouve loin de la route nationale 55 reliant Bevoay à Morombe. L’affluence touristique y reste modérée.
Le baobab « Tsitakakantsa » a connu ses premiers effondrements il y a deux semaines, conséquence du passage d’un cyclone en 2025.
Existant depuis près de 900 ans, le plus grand baobab de Madagascar, le « Tsitakakantsa », n’est devenu un site touristique dans la région Atsimo Andrefana que depuis 2019. Il a été identifié par les villageois comme l’un des plus grands baobabs en 2018, avant d’être révélé au grand public l’année suivante. L’arbre était, et demeure encore, un lieu de culte considéré comme sacré par les villageois.
« Le fokontany d’Andombiry, commune rurale d’Antongo où est situé le baobab “Tsitakakantsa”, se trouve à 17 km de la route nationale 55 reliant Bevoay à Morombe. Mais le trajet est cahoteux et sablonneux et se fait en deux heures minimum », explique Jean Félix Lahiniriko, guide touristique spécialiste du littoral nord de la région Atsimo Andrefana. Selon lui, les touristes choisissent rarement cette option en raison de cette contrainte. « Rares sont les touristes qui incluent la visite du grand baobab dans leur circuit, préparé des semaines à l’avance. Par ailleurs, certains éprouvent le sentiment de visiter un monument et décident parfois d’y aller à l’improviste », ajoute-t-il.
Trois à quatre visites par mois sont enregistrées durant la haute saison touristique. Le droit de visite est fixé par les villageois à 30 000 ariary par personne. Il est possible de toucher le gigantesque baobab et d’y prendre des photos et des vidéos, avec sa circonférence de 29 mètres. Parfois, les touristes ont également l’occasion d’assister à des rites culturels effectués par les villageois autour du baobab.
Menaces
Le baobab occupe une place importante dans l’écosystème du littoral nord de la région Atsimo Andrefana. « Sur le plan environnemental, le baobab est un pilier de l’écosystème. Il offre nourriture et abri à une biodiversité unique : ses fleurs nocturnes nourrissent les chauves-souris, des sphinx ou papillons de nuit, ainsi que des lémuriens », détaille Cyrille Cornu, naturaliste, réalisateur et chercheur au sein du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.
« Les branches et les cavités naturelles du baobab constituent un refuge pour la nidification de nombreux oiseaux. Son ombre crée également un microclimat au sol, offrant un abri indispensable à de nombreuses espèces végétales », ajoute le spécialiste. Selon les experts, la disparition totale du végétal, après ses premiers effondrements, pourrait intervenir dans un délai d’un à trois ans. Cette disparition représenterait une perte pour le patrimoine naturel du pays.
« Il est temps de regarder au-delà d’un seul individu de baobab, car Madagascar possède des sites au potentiel immense, souvent sous-évalué», souligne Cyrille Cornu. Le chercheur indique avoir conçu, notamment grâce à des images satellites, un circuit avec une boucle de 1 à 5 km au cœur de la forêt sèche de Kirindy, dans le Menabe.
Le patrimoine des baobabs est par ailleurs présenté comme menacé par la déforestation, qui progresse chaque année. « Je reste convaincu qu’un tourisme éthique et respectueux, qui intègre pleinement les populations locales, constitue une solution d’avenir. Sur les sites déjà connus et fréquentés, il faudrait renforcer cette approche grâce à nos connaissances scientifiques, afin d’améliorer les conditions de vie des riverains et de garantir une conservation de meilleure qualité », conclut le chercheur.
Mirana Ihariliva
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