FILIÈRE ARACHIDE - Une rentabilité des exportations inférieure au niveau mozambicain
La filière arachide malgache est pénalisée par des prix bas, de nombreux intermédiaires et des problèmes de qualité liés à l’aflatoxine. Ses exportations restent inférieures face au Mozambique.
Arachide au marché des paysans.
La filière arachide malgache crée des centaines de milliers d’emplois et génère plus de 500 milliards d’ariary de valeur ajoutée par an. Pourtant, Madagascar continue d’exporter ses arachides à des prix nettement inférieurs à ceux pratiqués dans des pays d’Afrique orientale comme le Mozambique. Les prix d’achat très bas dès la production, un rapport de force défavorable aux producteurs et surtout des problèmes de qualité liés à l’aflatoxine expliquent cette situation.
Ce constat a été présenté ce mercredi lors d’un atelier organisé à l’ESSA (École supérieure des sciences agronomiques), avec l’intervention de trois groupes d’experts internationaux et d’un consultant national, dans le cadre de la restitution des résultats d’une analyse de la chaîne de valeur de l’arachide. L’étude, financée par l’Union européenne à travers Agrinatura, a été menée avec le concours du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et du Fofifa (Foibem-pirenena momba ny Fikarohana Ampiharina amin’ny Fampandrosoana ny eny Ambanivohitra).
L’arachide, qui représente une filière moins présente sur le littoral Est mais à fort rendement dans l’Ouest, surtout dans le Sud-Ouest, en l’occurrence le Menabe, est pourtant confrontée à un problème de qualité qui limite l’accès à des marchés comme celui de l’Union européenne.
D’après Patrick Daniel Ramananarivo, chef d’équipe développement rural environnement à la délégation de l’Union européenne : « L’atelier d’aujourd’hui, c’est une présentation de tous les résultats d’analyse qu’on a lancée il y a un an en collaboration avec le Cirad, le Fofifa ainsi que les instituts de recherche sur la filière arachide à Madagascar. Cela a été lancé en concertation avec, à l’époque, le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, et maintenant le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, le ministère de l’Environnement et du Développement durable, ainsi que le ministère de l’Industrie et du Commerce.
L’enjeu, c’est de voir quelle était la valeur créée à Madagascar au niveau de la production et quelle était la destination des produits issus de la filière arachide pour la consommation locale, pour la transformation locale — faire de l’huile — et l’exportation. Mais aussi de voir quelle était cette valeur et comment elle se répartissait entre les différents acteurs de la filière, que ce soient les producteurs, les transformateurs, s’il y en a, les commerçants, ainsi que la part que prenait l’exportation dans la création de richesse dans le pays. »
L’accord avec la Chine au cœur des débats
À travers cette analyse de la chaîne de valeur de l’arachide, le constat est que, dès le début de la chaîne, les prix sont bas et que, même en ajoutant les marges des différents intermédiaires, qui sont nombreux dans la chaîne de valeur, le prix à l’exportation reste relativement faible.
Selon Marie-Hélène Dabat du Cirad, experte économiste et cheffe d’équipe de cette étude : « Il y a eu des sociétés d’exportation qui sont arrivées depuis une quinzaine d’années à Madagascar et qui ont proposé, à un moment donné, des prix intéressants pour les petits producteurs, où l’arachide se vendait à 3 000 ariary à 4 000 ariary le kilo. Mais actuellement, ce ne sont plus du tout les prix qui sont pratiqués par ces sociétés exportatrices et les collecteurs qui travaillent avec elles. Donc, la formation du prix de l’arachide est vraiment un problème à Madagascar. C’est une question de rapport de force sur le marché entre les différents acteurs. »
L’arachide est actuellement au cœur des débats suite à l’accord conclu entre l’État malgache et les Chinois au ministère des Affaires étrangères à Anosy, lundi dernier.
L’économiste poursuit sur ce sujet : « Les exportations, c’est très bien pour Madagascar. On pense qu’il y a de la place à Madagascar pour planter plus d’arachide, en faisant attention aux impacts environnementaux que cela pourrait générer. On peut continuer à approvisionner la Chine, mais aussi développer un secteur de transformation pour produire de l’huile sur le marché national.
L’annonce de cet accord avec les Chinois montre un engagement de Madagascar pour une traçabilité totale sur la qualité des graines d’arachides décortiquées vers la Chine, par rapport à l’aflatoxine. Je doute qu’il soit possible, rapidement, que Madagascar respecte cet engagement, car c’est compliqué. »
Les aflatoxines sont des mycotoxines hautement toxiques et cancérigènes produites par des champignons qui prolifèrent sur des cultures comme le maïs, l’arachide et les épices.
Les travaux montrent que l’arachide est une filière stratégique pour l’économie malgache. Avec une production estimée à près de 200 000 tonnes de coques par an, dont environ la moitié est exportée, principalement vers l’Asie et surtout le Vietnam, sans doute avec un engagement de réexportation des produits vers la Chine, la filière génère une valeur ajoutée de 546 milliards d’ariary, soit 1,1 % du PIB national et 7,3 % du PIB agricole.
Hasina Giovanni
Discussion in the ATmosphere