Le Vietnam intensifie les arrestations afin de réprimer la dissidence
Le Vietnam recourt de plus en plus à des lois formulées en termes généraux pour arrêter des militants, des dissidents et d’autres personnes que les autorités considèrent comme une menace pour le pouvoir du Parti communiste, selon une nouvelle analyse publiée lundi par une organisation de défense des droits de l’homme. Le «88 Project», qui se consacre aux questions relatives aux droits humains au Vietnam, a recensé 56 arrestations de ce type en 2025, ce qui marque une troisième année consécutive de hausse et représente le double du nombre enregistré en 2022. Le rapport ne prend en compte que les arrestations pour lesquelles le prévenu a pu être identifié par son nom et dont le dossier a pu être suivi; les chiffres réels seraient bien plus élevés, a déclaré Ben Swanton, codirecteur de l’organisation. Le rapport indique que le pays, sous la direction de To Lam, «utilise systématiquement le droit pénal comme une arme» pour réprimer la dissidence. To Lam, ancien haut responsable de la sécurité nationale qui occupe le poste de secrétaire général du Parti communiste depuis 2024, a également été élu président en début d’année. Selon le rapport, ces arrestations sont en grande partie motivées par la crainte d’un soulèvement contre les dirigeants dans le cadre d’une «révolution de couleur», à l’image de la Révolution orange de 2004 en Ukraine ou de la Révolution jaune de 1986 aux Philippines. C’est une crainte partagée par le Parti communiste de la Chine voisine, qui a été accusé d’utiliser des tactiques similaires pour étouffer les critiques. Bien que des revendications maritimes concurrentes aient conduit à des affrontements entre les deux pays et à des relations diplomatiques parfois tendues, la Chine et le Vietnam ont pu convenir plus tôt cette année de «donner la priorité à la sécurité politique et de redoubler d’efforts pour prévenir et résister aux révolutions de couleur», a rapporté l’agence de presse officielle chinoise Xinhua. «Avec l’ascension de To Lam, le pays est littéralement devenu un État policier qui ne tolère aucune dissidence», a relevé M. Swanton. «Cela représente un grave recul par rapport à la période de relative ouverture des années 2010, durant laquelle une certaine dissidence était tolérée et les organisations de la société civile pouvaient mener des actions militantes.» Le ministère vietnamien des Affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes de commentaires concernant les conclusions du rapport. Le rapport a révélé que les autorités s’appuient de plus en plus sur l’article 331 du Code pénal vietnamien, qui érige en infraction punissable d’une peine pouvant aller jusqu’à sept ans de prison le fait «d’abuser des libertés démocratiques pour porter atteinte aux intérêts de l’État». Auparavant peu utilisé, «les autorités ont élargi le champ d’application de l’article 331 afin qu’il touche davantage la société, au-delà des dissidents des droits de l’homme et de la démocratie (…_ pour s’étendre à tous ceux qui expriment le moindre grief à l’encontre de l’État ou des responsables locaux du Parti communiste et du gouvernement», a écrit l’organisation Human Rights Watch, basée à New York, dans un rapport publié l’année dernière. «Le recours accru des autorités vietnamiennes à l’article 331 est une facette peu connue de la répression croissante menée par le gouvernement à l’encontre de citoyens ordinaires qui cherchent à utiliser les réseaux sociaux et d’autres moyens pacifiques pour soulever publiquement des questions sociales importantes, notamment la liberté religieuse, les droits fonciers, les droits des peuples autochtones, ainsi que la corruption au sein du gouvernement et du Parti communiste», a écrit Human Rights Watch. Parmi les personnes arrêtées en vertu de l’article 331 l’année dernière figuraient trois hommes à l’origine de la chaîne YouTube «Nguoi Da Tin» — Le messager —, accusés d’avoir mis en ligne des vidéos contenant des «informations déformées» qui enfreignaient la loi, a rapporté The 88 Project. Le rapport fournit des détails sur chaque arrestation identifiée comme ayant un lien politique en 2025. Parmi ces personnes figuraient également un militant de la minorité des Montagnards, arrêté en Thaïlande puis extradé vers le Vietnam, un écrivain dissident accusé de diffuser de la «propagande contre l’État», ainsi qu’un homme qui avait aidé des habitants de la province de Ha Tinh à déposer des plaintes pour réclamer une indemnisation équitable à la suite de l’expropriation de leurs terres en vue de la construction d’une nouvelle autoroute. «Le gouvernement vietnamien a infligé des sanctions d’une sévérité alarmante à des cibles de longue date telles que les journalistes et les militants des droits de l’homme, tout en affichant une volonté croissante de s’en prendre à des groupes jusqu’alors considérés comme à l’abri, tels que les exilés politiques et les requérants judiciaires», indique le rapport. Par David Rising – The Associated Press – 29 juin 2026
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