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  "textContent": "Le dressage d’éléphants sauvages a longtemps été une pratique courante au Laos. Au fil du temps et de conditions d’exploitation toujours plus brutales, la connexion entre ces géants sacrés et leurs gardiens traditionnels s’est enlisée. Mais l’écotourisme pourrait bien changer la donne. Chuchoter à l’oreille des éléphants, les guider mais surtout les respecter. Telle est la responsabilité d’un cornac. Aussi appelés mahouts en sanskrit, une langue ancienne originaire d’Inde, les cornacs entretiennent une relation privilégiée avec les éléphants au Laos. Mais depuis une dizaine d’années, cette connexion s’est dégradée à cause de la déforestation intensive et du tourisme de masse. Aujourd’hui, des sanctuaires tentent de recréer ce lien, non sans difficultés. Des gouttes de sueur perlent sur mon front lorsque nous arrivons à Paklay, dans la province de Sayabouri, au nord-ouest du Laos. Un chauffeur nous attend. Nous embarquons à bord d’un 4×4 pour une heure et demie de route direction Muang Thong, un petit village dans le parc national de Nam Phouy. « Une trentaine de cornacs y habitent », explique Ala Touati, manager du Lao Elephant Home and Sanctuary (LEHS) où nous nous rendons. Au Laos, la population d’éléphants sauvages est estimée entre 300 et 400 individus (Plan d’action national laotien pour l’éléphant 2022). La population domestique, elle, s’élève à 464 éléphants, dont 82 % sont localisés dans la province de Sayaboury. Avec une moyenne de dix décès pour deux naissances, le devenir des éléphants au Laos est menacé. Or, « on ne peut pas faire de conservation sans y inclure les cornacs », estime Sébastien Duffilot, cofondateur du Centre de conservation des éléphants (ECC), à Sayaboury, et de l’association française Des éléphants et des hommes. Des mahouts au service des éléphants Au bout d’une route en terre, apparaissent au milieu de la jungle une dizaine de baraques en bambou. Construit en 2023, le LEHS a pris forme en quatre mois avec l’aide des villageois. « Jeune, j’ai été confronté à l’image d’un cornac frappant son éléphant avec un crochet. Depuis, est née en moi l’envie de créer un lieu où les éléphants pourraient se reposer et vivre en harmonie avec leur mahout », raconte Khamla Duangmala, fondateur du refuge. Cornac au sanctuaire, Loung Jek a appris les ficelles du métier auprès de son père. Il possède son éléphante depuis une trentaine d’années. À 46 ans, Boaw Ngern est la doyenne du sanctuaire. « Nous sommes tous les deux aussi réservés », sourit l’homme de 62 ans. Parfois accompagné des touristes, il lui rend visite dans la jungle deux fois par jour. Il s’assure qu’elle ne manque ni d’eau ni de bambou, auquel cas il la déplace dans une zone plus favorable du parc. Ici pas de balade à dos d’éléphant, de baignade, ni même de nourrissage. Les visiteurs vivent au camp, accompagnent les cornacs et apprennent les pratiques traditionnelles laotiennes. Ce matin, nous partons à la rencontre de Soy. Arrivée il y a trois mois, elle appartient à un membre de la famille de Loung Bath, lui aussi cornac. Sur l’une de ses pattes avant, une trace de chaîne, gravée dans la peau. « Avant elle travaillait dans le bois », nous apprend Ala. « Au début des années 2000, la plupart des éléphants domestiques avaient une fonction de soutien au village, explique Sébastien Duffilot. Ils transportaient du bois en petite quantité pour les constructions locales et étaient respectés. L’industrie du bois utilisait alors principalement des machines. » Il y a environ dix ans, la déforestation intensive a rebattu les cartes. « Le secteur a eu recours aux éléphants pour se rendre dans les endroits inaccessibles. » Leur utilisation est devenue déraisonnable. Une cadence de travail infernale s’est installée, les obligeant à travailler parfois dix à douze heures par jour, chaîne au pied. Loung Jek a côtoyé de près cette industrie. « J’ai choisi de rejoindre le sanctuaire pour vivre près de ma famille. Avant je devais m’absenter durant de longues périodes pour aller travailler. C’est aussi plus simple de laisser mon éléphante en liberté dans la jungle. Elle peut manger à sa faim une nourriture de bien meilleure qualité. Elle est moins stressée. » Rupture générationnelle Constatant la disparition progressive de ses éléphants et de certaines essences d’arbres, le gouvernement laotien a mis le hola en limitant la coupe de bois. « Les mahouts se sont retrouvés au chômage. Certains ont vendu leurs éléphants, qui sont tombés dans les mains de cornacs inexpérimentés. Les autres se sont orientés vers les attractions touristiques. Il y a eu une rupture générationnelle », regrette le cofondateur de l’ECC. Après une randonnée de trente minutes dans la jungle, nous tombons nez à nez avec non pas une mais deux trompes. La plus courte appartient à Kamoun, 6 ans, le seul éléphanteau du refuge. Phou, son cornac, est devenu mahout à 35 ans pour aider la famille de sa femme. « La première année, j’étais excité de travailler avec mon éléphant, puis j’ai découvert l’industrie du bois, puis le tourisme… Là-bas, si on nous demande de continuer, il faut continuer, même si l’éléphant est fatigué. Nous sommes obligés d’utiliser la force, sans quoi il n’avance plus. Je n’aimais pas ça. Je n’étais pas heureux. Maintenant notre relation est plus apaisée. Nous sommes plusieurs à ne plus vouloir que les touristes conduisent nos éléphants car ils leur font mal. » Dans l’industrie touristique, Phou travaillait en moyenne six à sept heures. « Désormais, je travaille entre deux et quatre heures par jour au sanctuaire. Je gagne moins mais je veux supporter le projet, même si c’est parfois dur pendant la saison des pluies. » Une saison des pluies fatidique À la création du camp, Khamla a embarqué avec lui une vingtaine de cornacs. Il en reste quatre. La plupart d’entre eux ont quitté le navire par manque d’argent. Selon Sébastien, « Dans l’industrie du bois, les cornacs peuvent gagner jusqu’à cinq fois plus que dans le tourisme. » Depuis 2023, Khamla a investi environ 100 000 dollars US (86 000 euros) dans le sanctuaire. La première année, il a obtenu le soutien d’un investisseur privé, mais « c’est de plus en plus compliqué », regrette-t-il. Pour fonctionner, la structure doit accueillir 30 à 40 visiteurs par mois, soit le double de ce qu’elle fait aujourd’hui. Sans oublier qu’en Asie, le tourisme est très dépendant de la saison des pluies. Le site doit réaliser en six mois son chiffre d’affaires annuel. « Notre priorité est d’obtenir davantage de visibilité et le soutien d’organisations internationales pour survivre à la saison des pluies. » Une nécessité pour le Laotien qui s’est vu proposer le rachat du sanctuaire par un investisseur français. « J’aimerais le garder, mais si je ne trouve pas de fonds rapidement, je n’aurai pas d’autre choix que d’accepter. » Dans le secteur du tourisme durable, l’ECC s’impose comme un modèle stable au Laos. La structure tire l’essentiel de ses revenus des visites du centre. Elle collecte également des fonds par le biais de demandes de subventions, de campagnes de financement participatif en ligne et de dons de particuliers. « Mon association Des éléphants et des hommes est partenaire. Nous définissons des programmes (vétérinaire et éducatifs) et nous trouvons les financements nécessaires à leur réalisation », détaille Sébastien. Sur place, au Laos, C’est le centre qui prend en charge la réalisation technique et humaine. La particularité de l’ECC réside dans son engagement dans la conservation de l’espèce. La structure a notamment lancé des programmes de réensauvagement, de suivi et elle dispose d’un pôle de recherche et du seul hôpital vétérinaire dédié aux éléphants du Laos. Selon Phou, plus il y aura de projets semblables, plus la mentalité des cornacs évoluera dans le bon sens. « S’ils ont une alternative, beaucoup préfèrent arrêter de travailler dans le bois ou dans les balades à dos d’éléphants. Certains d’entre nous continuent car c’est le seul travail qu’ils ont. » Malheureusement, la création de sanctuaires réellement éthiques sur le plan animal et social au Laos se confronte à la réalité d’un pays à l’économie fragile, à l’absence d’un cadre législatif clair et au manque d’une réelle volonté politique. Par Océane Jacques – Géo Magazine – 21 juin 2026\n\n### Related posts:\n\n  1. 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