Birmanie : la junte galvanisée par la Russie, la Chine, l’Inde et la Thaïlande face aux groupes rebelles armés
En Birmanie, les rebelles tentent de résister à la contre-offensive de la junte, au pouvoir depuis un putsch en 2021. La junte regagne du terrain grâce aux aides matérielles et diplomatiques apportées par la Russie, la Chine, l’Inde et la Thaïlande. En Birmanie, les rebelles tentent de résister à la contre-offensive de la junte, au pouvoir depuis un putsch en 2021. La junte regagne du terrain face aux groupes armés rebelles, dans le nord de la Birmanie notamment, et elle « étend son emprise sur l’État Kachin », titre le média The IrrawaddyOuverture dans un nouvel onglet. L’armée continue de massacrer sa propre population : plus de 40 civils tués, des femmes, des enfants et des moines, près du site de Bagan, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, rappelle The Irrawaddy, dans un autre article. Des soldats ont pillé et incendié un millier de maisons, dans une Birmanie qui compte déjà près de 4 millions de déplacés, soit près d’un habitant sur dix. Aidée par la Russie et la Chine, l’armée birmane regagne des territoires en comptant également sur l’enrôlement forcé de civils dans ses rangs : Sans cesse, la terreur s’abat du ciel sur les civils, sur les hôpitaux, sur les enfants, confirme la BBC, dans un reportage télévisé rare avec l’un de ses journalistes qui a pu s’enfoncer dans la jungle birmane, aux côtés des rebelles qui combattent la junte, avec peu de moyens mais en connaissant bien le terrain. L’armée birmane, elle, reçoit, de plus en plus, le soutien de la Russie et de la Chine, qui exploitent notamment des mines de tungstène dans le pays, indique Irrawaddy. La Russie fournit, elle, des avions de combat et des drones à la junte, ajoute la BBC, et l’armée birmane se renforce également en procédant à l’enrôlement forcé de civils : cuisiniers, gardes-forestiers par exemple, ont été enlevés ou arrêtés puis contraints de devenir soldats, décrit le média public britannique. La BBC a ainsi rencontré quatre hommes, dans la jungle birmane, qui ont déserté l’armée : « On nous a enrôlés bien malgré nous. Au nom de la loi sur la conscription, nous avons été recrutés de force », racontent ces quatre Birmans, qui tiennent à être filmés uniquement de dos par la BBC pour rester anonymes. « Avant même de comprendre ce qui nous arrivait, on a été envoyé au front, mais on a fini par s’échapper, même si c’était très risqué », confient-ils encore à la BBC. Aujourd’hui au sein de la rébellion, ces déserteurs disent se sentir plus heureux qu’aux côtés de la junte. Dans un hôpital caché dans la jungle birmane, un médecin insiste devant la BBC : « Ce combat vaut la peine d’être mené au nom de la révolution et des générations futures qui resteront en Birmanie. Alors oui, c’est un risque qu’on doit prendre », insiste-t-il, tout en partageant sa colère contre la junte qui bombarde les écoles, les hôpitaux, les temples, les églises pour « instiller la terreur dans le cœur des Birmans », désarmés. 294 enfants ont été tués, l’an dernier, alors qu’ils étaient en classe, en Birmanie : crainte de voir les attaques se multiplier, à mesure que la junte birmane est mieux équipée en avions de combat, russes ou chinois, en drones, ajoutent la BBC et The Irrawaddy. Pour faire entendre la soif de liberté des Birmans, le cri du peuple, les insurgés continuent de combattre : même blessés dans leur chair, même amputés, montre la BBC, ces rebelles ont beau être épuisés, ils se donnent du courage en chantant au cœur de la jungle. C’est aussi là qu’est née une petite fille, qui porte en elle l’espoir de ses parents pour un monde meilleur. Entretien avec Maxime Boutry, anthropologue au CNRS au sein du Centre Asie du Sud-Est. « La Russie fournit une aide importante à la junte birmane pour la domination aérienne » Quels sont les facteurs qui permettent à la junte de reprendre des villes et des territoires qui étaient jusque là contrôlés par les groupes armés rebelles ? D’une part, il y a eu bien sûr « l’effet de levier » de la Chine qui a imposé aux groupes armés ethniques, qui se battent, aux frontières, contre la junte, de cesser leurs opérations pour acquérir de nouvelles villes. Par ailleurs, l’armée birmane a réactivé une loi qui existait déjà sur la conscription : ils ont donc réussi, comme ça, à regarnir leurs troupes. Et l’on estime, maintenant, que l’armée est aujourd’hui plus puissante, même, qu’elle ne l’était avant le coup d’État. La Russie également a également joué un rôle déterminant pour la domination du ciel avec des avions de combat et des drones dont la junte profite aujourd’hui pour bombarder les groupes armés rebelles et les civils birmans. La Russie fournit effectivement une aide militaire importante, vous l’avez dit, principalement en ce qui concerne la domination aérienne. Maintenant, il faut savoir que les relations entre la Birmanie et la Russie datent de bien longtemps, c’est-à-dire d’avant même la période de transition politique entamée entre 2010 et qui a pris fin avec le coup en 2021. La Birmanie était déjà en relation et avait déjà une coopération militaire avec la Russie. Ces soutiens russes et chinois se font au détriment de la population birmane. Oui, effectivement. Dans la plupart des grandes villes, à savoir Rangoun, Mandalay, la situation est à peu près calme. Mais dans tout le centre du pays -ce qu’on appelle la zone sèche – et dans les régions frontalières – que l’on appelle communément les zones ethniques -, la population est aux prises avec des bombardements aériens quotidiens. Le mois de mars 2026, très récemment donc, a probablement été le mois le plus meurtrier avec plus de 500 morts liés uniquement à ces attaques aériennes à l’aide d’avions, de drones, mais également d’ULM. La population birmane est aux prises quotidiennes avec la violence. « Les intérêts sont avant tout économiques » Quels sont les intérêts de la Chine et de la Russie en Birmanie pour soutenir ainsi la junte au pouvoir ? Disons que la Birmanie fait partie de la sphère d’influence de la Chine : elle a développé en Birmanie, comme partout ailleurs en Asie du Sud-Est, énormément de projets de développement économique liés aux « nouvelles routes de la soie ». Stratégiquement, c’est également un pont entre la Chine et l’océan Indien, avec des visées potentiellement militaires également. Et, bien sûr, cela permet l’approvisionnement en minerais dont les terres rares que l’on trouve énormément en Birmanie. Quant à la Russie, c’est ma foi une façon d’être présente politiquement en Asie du Sud-Est, dans une région où elle avait finalement presque disparu depuis la chute de l’URSS. Et puis, c’est aussi une façon de lutter contre l’isolement grandissant du pays en se rapprochant ainsi de la Birmanie. Par ailleurs, le chef de la junte birmane a récemment été reçu par les Premiers ministres indien et thaïlandais. Un auditeur m’a donc demandé : quels sont les intérêts de New Delhi et Bangkok à se rapprocher ainsi d’un pouvoir qui réprime sa propre population ? Les intérêts sont avant tout économiques : le commerce transfrontalier entre la Birmanie et la Thaïlande est le plus important, en termes de volume et de revenus, pour la Thaïlande elle-même. La Thaïlande a toujours été un partenaire assez fiable, si je puis dire, de la Birmanie, et ce, même avant la période de transition politique, lorsque c’était déjà un gouvernement militaire au pouvoir. Et donc il est assez logique que la Thaïlande tente de stabiliser le gouvernement birman, quel qu’il soit, pour continuer ces échanges économiques. Il en va un peu de même avec l’Inde et New Delhi, qui tentent de finaliser ce qu’on appelle le corridor Inde-Thaïlande-Myanmar [Birmanie], avec notamment un port en eau profonde à l’ouest de la Birmanie, qui permettrait, ensuite par la terre, de faire des échanges commerciaux avec l’Inde. Les intérêts économiques priment malheureusement. C’est ce qu’on appelle « la realpolitik », et ce, de la part de gouvernements qui eux-mêmes – que ce soit l’Inde ou la Thaïlande – ont un rapport aux droits humains relativement flexible, si je puis dire. Par Catherine Duthu – Radio France Culture – 13 juin 2026
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