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Dans ce pays, comment le futur golf de la Trump Organization déplace les morts et menace 4 000 foyers d’expropriation

Le Viêt Nam, aujourd'hui – Réunion d’articles de presse sur l’a… June 7, 2026
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La Trump Organization – conglomérat détenu par la famille du président des États-Unis – et un partenaire local vietnamien, la Hung Yen Hospitality, a lancé les travaux d’un immense complexe de luxe alliant hôtel cinq étoiles et parcours de golf XXL, à une quarantaine de kilomètres d’Hanoï, la capitale du Vietnam. Un projet entaché de soupçons de corruption et qui induit déjà le déplacement d’un cimetière. « Le Vietnam représente aujourd’hui l’un des marchés les plus dynamiques et les plus prometteurs au monde. Nous sommes extrêmement fiers d’apporter le nom Trump dans un pays doté d’une telle vision, d’une telle vitalité et d’une telle croissance. Ce projet est plus qu’un simple développement immobilier — c’est un engagement envers l’excellence, une célébration de la culture et un investissement durable dans l’avenir du Vietnam. » Fin mai 2025, lorsqu’est posée la première pierre du projet que portent ensemble la Trump Organization et son partenaire vietnamien, la Hung Yen Hospitality, Eric Trump, fils de Donald Trump et vice-président de ce conglomérat américain appartenant à la famille de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, ne s’encombre pas d’euphémismes. Dans un communiqué de presse toujours disponible sur le site de l’organisation trumpienne, ce nouveau complexe immobilier de luxe est présenté comme « une icône vivante d’une nouvelle ère, où le patrimoine culturel est réinventé sous le prisme de l’élégance moderne et du prestige international ». En d’autres termes, ce projet à 1,5 milliard de dollars (environ 1,3 milliard d’euros), situé à trois quarts d’heure d’Hanoï et couvrant une superficie de quelque 900 ha, comprendra un golf de 54 trous, de luxueux hôtels ou encore des immeubles résidentiels, précise le journal Le Monde. Des agriculteurs expropriés Problème, ce complexe a été imaginé à une quarantaine de kilomètres de la capitale vietnamienne, près du fleuve Rouge où se concentrent des terres arables, exploitées, depuis des générations, par des agriculteurs locaux, resitue la radio française France Inter. Pas moins de 4 000 foyers sont menacés d’expropriation en raison des ambitions de la Trump Organization, sans compter que les agriculteurs qui vivent de ces terres n’en sont pas propriétaires mais disposent sur elles d’un droit d’usage qui peut leur être retiré par les autorités du pays. Si bien que, dès mai 2025, des voix se sont élevées contre le projet, tandis que les premières enquêtes journalistiques pointaient la corruption dont il risquait fort d’être entaché. Le New York Times relayait ainsi les inquiétudes d’experts juridiques assurant que le Vietnam avait ignoré ou contourné ses propres lois pour dérouler le tapis rouge à ce qui n’est autre que l’un des tout premiers investissements de la famille Trump, au Vietnam. Et le média américain de citer une lettre que ses journalistes avaient pu consulter, indiquant explicitement que le projet de Hung Yen nécessitait un soutien particulier de la part des plus hautes instances du gouvernement vietnamien, car il « faisait l’objet d’une attention particulière de la part de l’administration Trump et du président Donald Trump en personne ». Et ce, même si, nuance le site britannique du journal The Independent, les responsables de la Maison-Blanche ont catégoriquement nié que le président des États-Unis joue un quelconque rôle dans l’entreprise familiale… Le Van Truong, en tout cas, n’en croit pas un traître mot. « Trump dit que les choses sont séparées, sa présidence et ses affaires. Mais la vérité, c’est qu’il a le pouvoir de faire ce qu’il veut », lâche au New York Times ce quinquagénaire qui, comme nombre d’habitants du secteur, s’est senti contraint de signer la lettre acceptant le projet de golf résidentiel. Dans un contexte où le président américain brandit la menace de droits de douane accrus à tout-va, la tentation, pour le gouvernement vietnamien, d’essayer de l’amadouer peut en tout cas sembler grande. Selon le journal américain, les autorités vietnamiennes se sont contentées d’affirmer que les projets de la Trump Organization accompagneraient le développement économique du pays… Mais ce complexe de luxe ne servira en tout cas pas aux résidents locaux, déplore à son tour Le Monde. En compensation des terres qui leur sont reprises par l’État, en vue du projet, les agriculteurs ne reçoivent en effet que 2, 60 € du m2. De quoi doucher les espoirs de ceux qui voyaient encore le programme immobilier comme une opportunité : « Nous ne sommes pas contre le projet. Quand il faut faire une route, on donne sans problème des terres, a ainsi confié un paysan vietnamien au média français. Mais à ce prix-là, comment accepter ? » Un cimetière à déplacer Ceux qui ont accepté la compensation et les quelques modestes aides complémentaires sont surtout, selon lui, des personnes âgées qui ne cultivaient plus ces terres ou des résidents qui ne vivaient plus sur place. Il n’empêche, d’après le journal français, environ un quart des terres requises seraient déjà tombées dans l’escarcelle des porteurs du projet. Et les conséquences de celui-ci ne s’arrêtent pas à ces expropriations. The Independent rapporte en effet que, un an après le lancement officiel du projet, les fermiers vietnamiens qui vivent encore sur place ont dû commencer à… déterrer leurs morts. La raison ? Un cimetière se trouve sur le passage du golf résidentiel et les descendants des défunts n’ont d’autre choix que de déplacer leur tombe… L’opposition des habitants au projet de la Trump Organization ne repose donc plus seulement sur des motifs économiques mais aussi spirituels, rapporte The Financial Times. « La tombe de mes arrière-grands-parents se trouve là depuis 1967, avant même la création de ce pays », a notamment déclaré un opposant au projet, au média américain. « Alors pourquoi devrais-je la déplacer ? » Selon le journal, en raison de cette résistance locale, ce projet immobilier de luxe — qui devait initialement être opérationnel, d’ici 2027 — a pris du retard. Pas une bonne nouvelle pour les autorités vietnamiennes, devine Le Monde, notant qu’elles rêvaient déjà de voir se tenir, au cœur de ce complexe résidentiel, le sommet 2027 du ­forum de Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec). Le Vietnam, organisateur, espère la présence de Donald Trump à ce sommet. Le pays d’Asie n’est en tout cas pas le seul à intéresser l’organisation qui gère les affaires financières de la famille Trump. L’an dernier déjà, le New York Times voyait le Vietnam comme un « cas d’école » alors que d’autres projets de la Trump Organization pointaient, en Serbie, en Indonésie ou au Moyen-Orient. Un cas d’école « illustrant la manière dont la marque Trump exerce son influence et tire profit de la situation, en remettant en cause les normes locales et en incitant les dirigeants à accélérer les procédures d’autorisation afin de satisfaire la famille Trump », taclait le journal. Ouest France – 6 juin 2026

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