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  "textContent": "Le géant de l’armement Thales a vendu six radars de surveillance à l’armée birmane en dépit d’un embargo européen et d’une vague de répression sanglante contre les Rohingya, une minorité musulmane persécutée par la junte au pouvoir, révèlent Disclose et Info Birmanie. Les livraisons se sont étalées de 2017 à 2020, avec la bénédiction de l’État français. À quoi joue Thales en Birmanie ? Alors que le pays est dirigé par un pouvoir militaire sanguinaire, le groupe d’armement français lui a fourni du matériel de surveillance de haute technologie. Des radars capables de traquer l’activité maritime et côtière dans l’ouest du pays. Baptisé Coast Watcher 100, l’engin assemblé à Ymare (Seine-Maritime) peut « détecter et suivre jusqu’à 1000 cibles, même dans des conditions difficiles », promet le fabricant, le tout en assurant « une surveillance 24 h/24 et 7 j/7 des côtes ». D’après des documents internes obtenus par Disclose et l’ONG Info Birmanie, Thales a livré six radars CW 100 à la junte birmane entre 2017 et 2020. Montant de la vente : 16 millions d’euros. Les détails de ce marché soulèvent une question majeure : le groupe Thales a-t-il violé l’embargo européen qui vise la Birmanie depuis 2013 ? Le texte interdit en effet aux entreprises européennes d’exporter des équipements « susceptibles d’être utilisés » par le régime pour réprimer la population, à commencer par la minorité musulmane persécutée des Rohingya. À la suite d’une violente vague de répression dans le pays, l’embargo a encore été durci en 2018. Cette fois, plus aucun bien à usage civil et militaire ne peut être exporté vers le pays si « l’utilisateur final est militaire ou garde-frontières ». Or, les six radars CW 100 ont précisément été commandés par les forces armées birmanes. Contacté, le fabricant d’armes déclare s’être « toujours strictement conformé à l’ensemble des réglementations relatives (…) aux sanctions internationales adoptées contre la Birmanie ». Concernant l’identité de l’acheteur, la firme française se justifie en arguant que les « Coast Watcher ne sont pas des équipements militaires et [qu’ils] ont été conçus pour de la protection des côtes ». En Birmanie, « la protection des côtes » est un sujet sensible. Officiellement, la junte surveille le littoral pour lutter contre le terrorisme, la piraterie, la pêche illégale et l’immigration clandestine. Mais depuis plusieurs années, des médias et ONG implantés dans l’État de Rakhine, d’où sont originaires les Rohingya, documentent des attaques régulières contre des civils et des pêcheurs locaux. En décembre 2025, ce sont par exemple 28 pêcheurs de confession musulmane qui ont été arrêtés par les forces armées. Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 25 janvier 2026, trois bateaux de pêche se sont fait tirer dessus. Les militaires ont capturé dix marins qui disent avoir subi des actes de torture. Deux jours après cet événement, la marine birmane arrête à nouveau six pêcheurs de la région, tous de confession musulmane. D’après un rapport de l’ONG britannique Burmese Rohingya Organisation UK, ce harcèlement vise à affamer la population et l’empêcher de fuir. « Les Rohingya qui fuient l’État de Rakhine risquent d’être intercepté·es par la marine birmane », détaillent les auteur·ices, qui précisent que les déplacé·es « sont détenu·es et condamné·es de façon arbitraire » et que « les enfants sont séparés de leurs mères pour être envoyés dans des centres de détention pour mineurs. » Les bateaux qui veulent rejoindre la côte sont aussi sous la surveillance de l’armée qui empêche « l’acheminement de nourriture », complète un ancien officier birman ayant rejoint la rébellion armée. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, deux millions de personnes étaient en situation de quasi famine dans l’État de Rakhine en 2025. « La livraison de ces radars présente un risque de violation de l’embargo »Matilda Ferey, avocate spécialisée en droit pénal international. Dans ces conditions, comment garantir que les « Coast Watcher ne sont pas des équipements militaires » ? Réponse de l’industriel : « Les CW100 ne sont pas des matériels de guerre ni des biens assimilés militaires. Ils sont conçus pour des besoins civils, mais avec des performances spécifiques qui rendent le recours à des licences d’exportation nécessaires. » Sollicités, les ministères des armées et de l’économie, qui auraient accordé les licences, n’ont pas souhaité commenter leur décision. Disclose a consulté trois juristes spécialisées en droit pénal international : toustes estiment que ces contrats avec l’armée posent problème, même pour une utilisation « civile ». Pour une raison simple : « Nul ne peut être certain que la junte birmane n’utilise pas ces radars aux fins de répression de la légitime résistance interne », explique l’avocate Matilda Ferey, pour qui « la livraison de ces radars présente donc un risque de violation de l’embargo ». Rendez-vous secret L’idylle entre Thales et les militaires birmans débute avec la signature d’un premier contrat le 9 mars 2015. Elle se poursuit par un second accord conclu le 10 février 2016, puis la livraison de trois premiers radars l’année suivante. En août 2017, la répression contre la minorité rohingya franchit un cap, faisant plusieurs milliers de morts et contraignant plus de 700 000 personnes à fuir vers le Bangladesh. Cette vague de violence ne met pas fin pour autant à la relation entre l’industriel et les forces armées du pays : l’ONG Justice for Myanmar a transmis à Disclose un document officiel birman qui dévoile l’existence d’un rendez-vous le 15 septembre 2017 entre de hauts responsables de la marine birmane et des représentants de Thales. Ordre du jour : « discuter de la mise en œuvre du contrat » et « continuer à avancer sur le contrat » des Coast Watcher 100. Interrogée sur cette rencontre, la direction de Thales n’a pas voulu s’expliquer. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le groupe d’armement a relancé le pouvoir birman début 2021, réclamant le paiement d’une ultime facture de 9 millions d’euros. Elle a été traitée par les services d’un homme qui vient alors de prendre le pouvoir à la faveur d’un coup d’État : le général Min Aung Hlaing. Le même qui, en 2024, a été accusé par le procureur de la Cour pénale internationale d’actes de déportation et de persécution dans le pays. Sur les 16 millions d’euros de la vente, Thales a généré une marge confortable : entre 30 % et 40 %, soit six millions d’euros de bénéfices, selon des documents internes. L’entremetteur Dès le début de ses négociations avec la junte, la multinationale s’est appuyée sur un partenaire aussi discret qu’influent : l’entreprise Ky-Tha, détenue par la famille Kyaw Thaung. Le clan Kyaw Thaung, réputé proche du pouvoir, serait un rouage clé pour « aider l’armée birmane à éviter les contrôles occidentaux sur les exportations », rapporte une enquête du New York Times. Le PDG de la société, Jonathan Kyaw Thaung, serait lui-même un fournisseur d’armes de la junte, selon le gouvernement en exil. Quant à la holding familiale qui chapeaute Ky-Tha, elle aurait servi d’intermédiaire à la junte pour l’achat d’avions de transport importés d’Europe. Disclose et Info Birmanie ont retrouvé une photo prise en juin 2016 au salon de l’armement Eurosatory, à Villepinte (Île-de-France), quatre mois après la signature du second contrat secret. Sur le cliché, on peut voir le propriétaire et dirigeant de Ky-Tha, Moe Kyaw Thaung. À ses côtés : l’ambassadeur de Birmanie et le numéro 2 du régime, le général Soe Win. Juste derrière eux, on aperçoit un homme en tenue d’aviateur, l’un des deux occidentaux sur la photo. Il s’appelle Thierry Poignant. À l’époque de la photo, Thierry Poignant est responsable de l’analyse politique et de la stratégie à l’ambassade de France en Birmanie. Contacté pour connaître les raisons de sa présence à Villepinte aux côtés de dignitaires birmans, il n’a pas donné suite. Toujours est-il que le français a été propulsé directeur général du développement international de Ky-Tha deux mois après l’événement, selon une version archivée de son profil LinkedIn. Il est resté plus d’un an dans l’entreprise avant d’atterrir en septembre 2018… chez Thales en tant que directeur du développement international. A-t-il été recruté pour suivre l’exécution du contrat et son réseau au sein de l’appareil militaire birman ? « Non », assure l’industriel, qui précise que son salarié n’est pas « en charge de la Birmanie » et que son « rôle au sein du groupe porte exclusivement sur des sujets de stratégie de développement et de prospective. » Et maintenant ? La délégation parlementaire chargée d’évaluer les licences d’exportations d’armement pourrait enquêter. Problème, elle « est aux abonnés absents depuis sa création il y a trois ans », déplore le chercheur Tony Fortin, cofondateur de l’Observatoire des armements. Autre possibilité : l’ouverture d’une enquête judiciaire pour non-respect des sanctions européennes – en cas de violation de l’embargo, les dirigeants du groupe présidé par Patrice Caine encourent jusqu’à cinq ans de prison. Sauf que cette procédure ne peut voir le jour que sous l’impulsion du ministère de l’économie. Or, rappelons-le, c’est le gouvernement, donc Bercy, qui aurait autorisé la livraison. Reste la justice internationale. Le procureur de la Cour pénale internationale pourrait enquêter sur une possible « complicité [de Thales] dans le génocide des Rohingya », selon Tun Khin, président de la Burmese Rohingya Organisation UK, une ONG qui défend les droits de la minorité. Si les radars « aident l’armée birmane à identifier des cibles », alors ils « sont aussi meurtriers que des fusils », argumente-t-il, rappelant que « le peuple côtier des Rohingya est contraint à la fuite depuis des décennies [et qu’il] est en danger, même en mer ». En janvier dernier, la Birmanie a dû répondre d’accusations de génocide devant la Cour internationale de justice à La Haye, qui doit rendre son arrêt d’ici la fin de l’année. Par Johanna Chardonnieras (Info Birmanie) et Ariane Lavrilleux – Disclose.ngo – 17 mai 2026\n\n### Related posts:\n\n  1. VOLTALIA doit mettre un terme à ses relations commerciales avec une société liée à l’armée birmane Alors que l’ONU accuse l’armée du Myanmar de crimes de...\n  2. Amundi et Axa accusés de financer indirectement la junte birmane Le gestionnaire d’actifs Amundi et l’assureur Axa sont accusés de...\n  3. « Le bonheur n’existe pas » : quatre ans après le coup, la misère des Birmans en Thaïlande Quatre ans après le coup d’Etat de la junte, la...\n\n",
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