External Publication
Visit Post

Les fantômes en Thaïlande : de l’animisme au box-office

Le Viêt Nam, aujourd'hui – Réunion d’articles de presse sur l’a… May 10, 2026
Source

Le cinéma thaï, récemment propulsé sur la scène internationale grâce au film « Fantôme utile », met en lumière l’importance de ces entités dans le pays du sourire. La critique internationale a porté au nues le cinéma thaï en 2025 avec entre la sortie du film « fantôme utile » (« a useful ghost ») nominé par la semaine de la critique du festival de Cannes (pour les prix du premier film et du meilleur film queer) et pour l’oscar du meilleur premier film. Avec cette comédie noire réalisée par Ratchapoon Boonbunchachoke narrant les péripéties d’un couple dont la femme morte hante le protagoniste sous l’apparence physique d’un aspirateur, le grand public international découvrait l’omniprésence culturelle des fantômes au pays du sourire. Cette fascination témoigne d’un trait culturel singulier : au sein du Royaume, les esprits sont partout. Ils font depuis toujours partie de la vie quotidienne, suscitent des débats enflammés et génèrent de la richesse même depuis l’au-delà. Les figures emblématiques du folklore thaïlandais La croyance aux esprits au pays du sourire est historiquement ancrée dans des récits populaires ancestraux d’esprits. Héritage direct de l’animisme préexistant à la conversion du peuple Thaï au bouddhisme. Ces croyances influencent directement la vie quotidienne en Thaïlande. Les esprits tutélaires sont partout et gare au manquement à leur égard. Chaque parcelle de terrain héberge un esprit et il ne faut pas le contrarier ; il convient ainsi de lui construire un hôtel sous forme d’une maison thaïe traditionnelle miniature lors de la construction de n’importe quel bâtiment. Ce fameux hôtel appelé « san phra phum » doit être placée en hauteur, à l’extérieur du bâtiment, près de la porte principale, orientée au Nord et en dehors de la zone d’ombre projetée par la maison. Dans le cas contraire, l’édifice sera hanté et connaîtra des conséquences funestes. Il est également de coutume de montrer du respect envers cette divinité tutélaire : il faut s’incliner devant son hôtel, et lui offrir de l’encens. Il faut également lui offrir à manger et à boire régulièrement. La croyance conseille d’ailleurs les sodas en offrande ; les esprits adorent le sucre. En retour, ces derniers veilleront au bonheur, à la sécurité et à la prospérité du logis. Ils protègeront la maison contre les « phii » nom donné à des esprits frappeurs maléfiques. Malheur à qui ne demande pas la permission à l’entité tutélaire quand il invite une personne chez lui ; cette dernière sera vouée à cauchemarder toute la nuit ! Mais ils peuvent aussi faciliter la vie : il est de bon ton en Thaïlande de les solliciter pour gagner à la loterie ou prendre une décision importante. Les légendes et contes populaires sont nombreux autour des fantômes et particulièrement des phii. La sinistre légende de Mae Nak La légende de Mae Nak notamment, est l’une des histoires de fantômes les plus célèbres de Thaïlande. Selon la tradition, Mae Nak est a l’origine une femme vivant au XIXe siècle dans l’actuel quartier de Phra Khanong, à Bangkok. Elle était profondément amoureuse de son mari, Mak. Alors qu’elle était enceinte, Mak fut envoyé à la guerre. Pendant son absence, Mae Nak mourut en couches avec son bébé. Mais son esprit a continué d’habiter leur maison. Quand Mak revint, il trouva sa femme et leur enfant comme si rien ne s’était passé. Les voisins, terrifiés, tentaient de lui dire la vérité, mais le fantôme de Mae Nak faisait disparaître ou tuer ceux qui parlaient. Quand enfin il découvrit la vérité il s’enfuit dans un temple bouddhiste, lieu où le fantôme ne pouvait entrer. Plus tard, un moine réputé réussit à apaiser l’esprit de Mae Nak et à lui permettre de trouver le repos. Cette légende a selon les propos de Ratchapoon Boonbunchachoke inspiré grandement le synopsis du film « fantôme utile ». Une omniprésence qui suscite des débats Mais en Thaïlande, tout le monde n’adhère pas à cette obsession des fantômes. Une partie de la jeunesse commence même à tourner ces croyances en ridicule, les jugeant dépassées et irrationnelles. En février 2022 un jeune homme a déclenché la polémique après avoir publié sur Facebook une photo où il piétine des statues de zèbres censées protéger les automobilistes des esprits du célèbre “tournant aux cent morts” à Bangkok. Pour lui, ces rituels entretiennent surtout la superstition. Créateur de la page “FuckGhosts”, suivie par des centaines de milliers de personnes. Le principe : se moquer des histoires de fantômes relayées dans les médias thaïlandais et dénoncer ce qu’il considère comme une pensée magique omniprésente. Les critiques dénoncent surtout les conséquences de ces croyances, qui encouragent des comportements irrationnels. Certains préfèrent porter une amulette censée protéger des accidents plutôt qu’un casque de moto, dans un pays qui affiche pourtant l’un des taux de mortalité routière les plus élevés au monde. Pour les sceptiques, cette fascination collective révèle surtout un besoin émotionnel et culturel profondément ancré. Mais eux estiment qu’entretenir la peur des esprits ou croire aux malédictions freine l’esprit critique et maintient une partie de la société dans des logiques archaïques. Les fantômes au centre de la culture populaire Les fantômes sont pourtant au centre d’une culture populaire qui attire de nombreux visiteurs aux pays du sourire. Les nombreuses légendes Thaïlandaises comme celle de Mae Nak mais aussi de Phi Krasue (un esprit féminin flottant aux organes visible dont la légende raconte qu’elle punie pour des péchés passés) ou Phi Pop (un esprit frappeur de la région de l’Isan possédant des gens, notamment des sorciers ou des personnes pratiquant la magie noire) sont une source d’inspiration sans limite pour le cinéma d’horreur national. On ne compte plus les œuvres audiovisuelles consacrées à Mae Nak. Le film à succès « Mae Nak Phra Khanong », sorti en 2013, reste à ce jour le plus rentable de l’histoire du cinéma national. De même son célèbre opéra composé en 2003 par Somtow Sucharitkul à récemment été joué à Bangkok en mars dernier. De même les lieux hantés font la part belle au tourisme à Bangkok. De l’aéroport Suvarnabhumi construit sur un ancien cimetière et hanté par son gardien, à la célèbre ghost Tower, cicatrice de la crise asiatique et prétendument hantée. Le lieu le plus emblématique reste cependant le sanctuaire de Mae Nak situé dans le temple de Maha But et qui attire des milliers de fidèles et de visiteurs curieux et donc bénéfique au tourisme. Enfin, la région de l’Isan possède sa fête dédiée aux fantômes, le Phi Ta Khon. Véritable halloween thaï cette fête en l’honneur des esprits ayant lieu 3 jours entre les mois de juin et de juillet est l’une des plus populaire en Thaïlande, favorisant une affluence touristique à but culturel. Loin d’être un symbole de sous développement les fantômes peuvent donc également être une des clefs de la politique touristique nouvelle que souhaite engager le pays du sourire. Par Jules Sanchez – Thailande-fr.com – 10 mai 2026

Related posts:

  1. L’endettement des ménages en Thaïlande est une préoccupation majeure La Thaïlande tente de trouver des solutions pour résoudre le...
  2. MOCA Bangkok : un temple dédié à l’art contemporain thaïlandais Situé au cœur de Bangkok, le Museum of Contemporary Art...
  3. Thaïlande : un centre d’art contemporain de Bangkok censure des artistes après des «pressions chinoises» En Thaïlande, l’un des principaux centres d’art contemporain de Bangkok...

Discussion in the ATmosphere

Loading comments...