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La ruée vers les terres rares empoisonne le fleuve Mékong

Le Viêt Nam, aujourd'hui – Réunion d’articles de presse sur l’a… April 30, 2026
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À la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, les rivières du Mékong sont touchées par une pollution invisible mais massive : les métaux lourds issus de l’extraction de terres rares. Pêche, agriculture, eau potable… la vie quotidienne des habitants est directement affectée. L’exploitation minière s’intensifie en Birmanie depuis 2021. Une enquête de François Camps à découvrir dans Asie Reportages, le magazine d’Enfants du Mékong. Nous sommes à quelques kilomètres de la confluence entre la rivière Kok et le Mékong, à côté de Chiang Rai, dans le nord de la Thaïlande. Comme tous les jours depuis 40 ans, Bunkeo, un pêcheur du coin, remonte ses filets dans la fraîcheur du matin. Une contamination de l’environnement Mais ce jour-là, stupeur : sa plus belle prise, un beau poisson argenté d’une soixantaine de centimètres, est balafrée d’une immense tache rouge sur le flanc.Impossible de le vendre, ou même de le consommer. Le pauvre animal est en fait une victime collatérale d’un problème qui le dépasse de très loin : celui de l’extraction sauvage de terres rares, ces métaux précieux devenus indispensables à nos vies connectées. On les retrouve dans nos téléphones, nos ordinateurs, ou dans les batteries de nos véhicules électriques. Depuis un an, la multiplication des mines de terres rares en Birmanie a des conséquences par-delà les frontières du pays : les niveaux d’arsenic mesurés dans les rivières thaïlandaises dépassent de loin les seuils de tolérance établis par l’Organisation mondiale de la santé. Birmanie : troisième producteur mondial de terres rares Cette histoire fait l’objet d’un article en longueur dans le dernier numéro d’Asie Reportages, qui vient d’être publié. On apprend notamment que la Birmanie est devenue en quelques années le troisième producteur mondial de terres rares. Dans l’État Kachin, au nord du pays, ou dans l’État Shan, à l’est, le nombre de mines a triplé depuis le coup d’État militaire de 2021. Il s’agit bien souvent de mines opérées par des milices proches de la Chine, qui envoient l’essentiel de leur production dans l’Empire du Milieu. L’enjeu est de taille : l’industrie génère plus d’un milliard de dollars par an, dans un pays miné par une guerre civile sans fin et par une crise économique d’ampleur. Mais l’extraction de ces minerais n’est pas sans conséquences : en l’absence de réglementation, les déchets industriels de ces mines sont rejetés directement dans les cours d’eau, polluant les rivières de la Birmanie au Mékong, en passant par le nord de la Thaïlande. Une solution : la sobriété énergétique Pour les populations qui vivent le long des cours d’eau, la vie a changé. Les enfants ne peuvent plus jouer dans les rivières, la pêche est impossible dans certains secteurs, les terrains agricoles sont eux aussi contaminés. L’un des agriculteurs que j’ai rencontrés me disait avoir conscience d’irriguer ses champs avec de l’eau polluée, mais il n’a pas le choix : aucune alternative n’est possible. Heureusement, les choses bougent. Sur place, un réseau d’activistes environnementaux prend le sujet très au sérieux et appelle régulièrement les autorités thaïlandaises à trouver une solution. Leurs efforts ne sont pas vains. Ils ont par exemple mis au point une application dédiée aux pêcheurs, leur permettant de suivre les niveaux de contamination en fonction du type de poissons. Ils testent également de nouveaux systèmes de traitement des eaux, très peu chers, pour permettre aux habitants d’utiliser l’eau polluée. Mais à l’heure où le conflit au Moyen-Orient nous rappelle à quel point il est urgent de sortir de la dépendance aux énergies fossiles, la pollution des rivières dans le nord de la Thaïlande illustre que la question de l’énergie est un sujet délicat. Je n’ai pas de solution clé en main à proposer, et d’ailleurs, cela n’est pas mon rôle. Mais un constat s’impose : dans un monde globalisé, la sobriété énergétique est peut-être le meilleur moyen de limiter la trace que nous laissons sur la planète. En France, au Moyen-Orient, ou en Asie du Sud-Est. Par François Camps – RCF Radio – 28 avril 2026

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