« Chaque coin de rue, je le connais » : réfugié du Vietnam à 1 an et demi, il devient maire de sa commune 60 ans plus tard
Élu à la mairie de Sainte-Livrade depuis le 22 mars 2026, André Forget cultive sa relation avec la commune depuis bien plus longtemps. Réfugié du Vietnam il y a soixante ans, il pose, avec sa famille, ses valises dans le Lot-et-Garonne, et ne l’a depuis jamais quitté. Sa vie n’a pas vraiment changé depuis le dimanche 22 mars 2026. Chaque vendredi, André Forget continue de se rendre au marché sur la place de la commune de Sainte-Livrade. Dans les allées, il retrouve les mêmes maraîchers, serre des mains familières et échange avec des habitants qui, pour beaucoup, l’ont vu grandir. Loin de dénoter au milieu des habitués, il veut faire de sa venue hebdomadaire un rituel pour « garder le contact ». Car s’il est le nouveau maire de la commune lot-et-garonnaise de 6 400 habitants, il reste surtout l’enfant du pays. « Chaque coin de rue je le connais, je suis très attaché à cette ville », sourit-il. Arrivé à Sainte-Livrade à un an Certains habitants ne manquent d’ailleurs pas une occasion de lui rappeler son attachement à la commune. Marie-France, sa première maîtresse d’école, par exemple, est indissociable « de son parcours et de sa réussite ». « Je l’ai connu quand il avait cinq ans », glisse l’institutrice. Son envie de réussir, André Forget la puise sûrement dans ses racines. Dernier d’une fratrie de six enfants, il n’a qu’un an et demi lorsqu’il arrive du Vietnam en bateau, accueilli avec sa famille dans les baraquements du Centre d’accueil des Français d’Indochine (Cafi), encerclés à l’époque par des barbelés. « Pratiquement tous les soirs, ils pleuraient d’avoir tout laissé au Vietnam et de reconstruire une vie ici, ça a été difficile », rappelle le maire. Quand je vois ce bâtiment, je vois tout le chemin parcouru. Avoir vécu 23 ans dans ces baraquements, c’est assez extraordinaire, c’est mon passé, ma jeunesse. André Forget maire de Sainte-Livrade Face aux bâtisses, les souvenirs remontent. « La vie était dure : en été il faisait très chaud, c’était une fournaise, et en hiver, il faisait froid, c’était très mal isolé. C’était des conditions de vie assez difficiles », se souvient-il en longeant le bâtiment. Pendant vingt-trois ans, il vit ici, « en communauté ». « C’était comme une carapace qui nous protégeait. » Fier de ses racines Plus de soixante ans après son arrivée, il voit son élection à la tête de la ville comme une consécration. « L’émotion était très forte au fond de moi car j’ai pensé à ces mémés du Cafi qui sont disparues. Je suis sûr que d’où elles sont, elles seraient très fières. J’espère pouvoir leur rendre honneur », souffle, ému, le nouveau maire de Sainte-Livrade. C’est notre cocon ici. On est revenus à nos racines et on continue à perpétuer les coutumes et les fêtes traditionnelles.Caroline fille d’André Forget Dans son bureau modestement aménagé, André Forget se penche déjà sur ses projets de mandats. Parmi eux, l’ouverture d’un musée dédié à la mémoire indo-chinoise de la commune d’ici 2030. Un projet qui lui « tient à cœur ». « Pour le territoire, ça sera quelque chose de beau », espère l’édile. Mémorial En attendant, accompagné de sa fille, il se plaît à chercher son nom dans la liste de tous les rapatriés d’Indochine, près du mémorial déjà en place. « Je suis très attachée à cette histoire familiale, lâche-t-elle. Je suis très fière de son parcours, très admirative depuis toujours. Un papa c’est toujours un modèle, mais là d’autant plus, c’est aussi grâce à lui que nous nous sommes forgé notre caractère. » Sur le marché de Sainte-Livrade, tous admirent son « parcours méritant ». Celui qui est à la tête de la ville, veut garder « cette proximité » avec ses administrés, lui qui n’a jamais quitté la commune. « C’est mes racines. on a été déracinés et on s’est réimplantés comme si j’étais né dans le village », aime-t-il rappeler. Il pourra encore le faire, pendant les six prochaines années de son mandat. Par Alicia Girardeau & Ingrid Gallou – France 3 Tv Nouvelle Aquitaine – 11 avril 2026
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