A letter to the press
I do not pretend to know your profession better than you. But recent conduct from within your ranks has led me to believe that a moment of collective reflection on your societal role is both necessary and urgent. I write this letter without illusions. Perhaps it will change nothing. Still, to try nothing is to gain nothing.
We are living through a moment in which the world order is shifting. In particular, fascist tendencies that have long simmered beneath the surface are beginning to surge. In some places, they already dominate the political landscape. In others, they are pushing hard against the institutions of liberal democracy, testing the strength of values once taken for granted. With illiberalism gaining ground, I believe it is time to return to the fundamental question: Why does journalism exist?
Unlike other liberal institutions, such as the judiciary, journalism’s role is not codified in constitutional articles or legislative acts. Rather, its existence flows directly from the values that underpin liberal societies: the rule of law, political equality, individual rights, and public accountability. Just as private corporations depend on the legal protection of private property, journalism depends on the cultural and institutional space created by liberal democracy. It cannot survive without it.
This means journalism is not a neutral bystander in times of democratic crisis. On the contrary, it is one of the primary institutions that stands to be dismantled. If illiberal values are allowed to take root, whether through state actions, political movements, or public indifference, then journalism itself will be among the first casualties. This is not a hypothetical. It is already underway in the United States.
The danger does not always announce itself with violence or overt censorship. It arrives gradually, almost imperceptibly. It begins with self-censorship: the quiet internal doubt about whether one can report on a sensitive topic, the editorial choice to avoid a story for fear of retaliation regardless of if that retaliation is political, legal, or institutional. Over time, these compromises accumulate. They reshape the boundaries of what can be said and who dares to speak. One day, you may realize that the world has changed, and that journalism as a force for truth has withered into a shadow of itself.
But this outcome is not inevitable. It can be resisted. And the work of resistance begins with integrity and courage qualities that the profession once held as sacred.
Journalists are not merely conveyors of information. You shape the public’s understanding of the world. Most citizens cannot be experts in global affairs, legal systems, or economic policy. They rely on you to help them interpret complexity, to discern what matters, and to do so with clarity and good faith. But with this trust comes responsibility. When media organizations offer equal platforms to those who reject the foundational values of liberal democracy, they do more than mislead. They legitimize and normalize ideas that threaten the very conditions that make journalism possible.
Neutrality, when applied across the board, is not always virtuous. Liberal neutrality a commitment to open discourse and pluralism only functions within a shared moral and political framework. It only works between actors who accept, at a minimum, the legitimacy of democratic institutions, the rule of law, and the equal political standing of all citizens. When that framework breaks down, and when one side advocates the suppression or erasure of the other, granting both equal platform does not preserve fairness, it accelerates collapse.
This is not a call for censorship. It is a recognition that no one is entitled to a platform. And it is a reminder that journalism, far from being outside the political struggle, is at its center. You are the communicative arm of liberal democracy not in the sense of state propaganda, but as a living expression of its values. You have a stake in this fight, whether you admit it or not.
So consider this the next time a journalist is fired or forced to resign for exposing corruption, or for challenging those with wealth and power. Consider it the next time a newsroom justifies a decision on the grounds of “balance” when it is, in fact, legitimizing the erosion of liberal norms. The society many of us grew up in where individuals are equal before the law, where truth can be pursued without fear, and where freedom of expression is a living right will not endure by accident. It will only endure through conscious effort.
And you, individually and collectively, are among those who must choose whether to preserve it.
Je ne prétenderai pas connaître votre profession mieux que vous. Mais les récents agissements au sein de vos rangs m'ont amené à croire qu'un moment de réflexion collective sur votre rôle est à la fois nécessaire et urgent. J'écris cette lettre sans illusions. Elle n'y changera probablement rien. Mais pour autant, ne rien tenter, c'est ne rien gagner.
Nous vivons une époque où l'ordre mondial est en pleine mutation. En particulier, des tendances fascistes, longtemps latentes, commencent à émerger. Dans certains endroits elles dominent déjà le paysage politique. Dans d'autres, elles s'attaquent aux institutions de la démocratie libérale, mettant à l'épreuve des valeurs autrefois tenues pour acquises. Face à la montée de l'illibéralisme, je crois qu'il est temps de revenir à la question fondamentale : pourquoi le journalisme existe-t-il ?
Contrairement à d'autres institutions libérales, comme le pouvoir judiciaire, le rôle du journalisme n'est pas codifié par des articles constitutionnels ou des actes législatifs. Son existence découle directement des valeurs qui sous-tendent les sociétés libérales : l'État de droit, l'égalité politique, les droits individuels et la responsabilité publique. Tout comme les entreprises privées dépendent de la protection juridique de la propriété privée, le journalisme dépend de l'espace culturel et institutionnel créé par la démocratie libérale. Il ne peut survivre sans elle et elle ne peut survivre sans lui.
Cela signifie que le journalisme n'est pas un spectateur neutre en temps de crise libéral. Au contraire, il est l'une des principales institutions menacées de mort. Si l'on laisse les valeurs illibérales s'enraciner, que ce soit par l'action de l'État, les mouvements politiques ou l'indifférence du public, le journalisme lui-même sera parmi ses premières victimes. Ce n'est pas une hypothèse. C'est déjà en cours aux États-Unis et ailleurs.
Le danger ne se manifeste pas toujours par la violence ou une censure ouverte. Il survient progressivement, presque imperceptiblement. Il commence par l'autocensure : le doute intérieur et secret quant à la possibilité de traiter d'un sujet sensible, le choix éditorial d'éviter un article par crainte de représailles, qu'elles soient politiques, juridiques ou institutionnelles. Au fil du temps, ces compromis s'accumulent. Ils redéfinissent les limites de ce qui peut être dit et de ceux qui osent s'exprimer. Un jour, vous réaliserez peut-être que le monde a changé et que le journalisme, en tant que force de vérité, n'est plus que l'ombre de lui-même.
Mais ce résultat n'est pas inévitable. On peut y résister. Et le travail de résistance commence par l'intégrité et le courage, des qualités autrefois sacrées pour la profession.
Les journalistes ne sont pas de simples transmetteurs d'informations. Vous façonnez la compréhension du monde par le public. La plupart des citoyens ne peuvent être des experts des affaires internationales, des systèmes juridiques ou des politiques économiques. Ils comptent sur vous pour les aider à interpréter la complexité, à discerner l'essentiel, et ce, avec clarté et bonne foi. Mais cette confiance implique une responsabilité. Lorsque les médias offrent une tribune équitable à ceux qui rejettent les valeurs fondamentales de la démocratie libérale, ils font plus que tromper. Ils légitiment et normalisent des idées qui menacent les conditions mêmes qui rendent le journalisme possible.
La neutralité, appliquée de manière générale, n'est pas toujours vertueuse. La neutralité libérale, engagement en faveur d'un discours ouvert et du pluralisme, ne fonctionne que dans un cadre moral et politique partagé. Elle ne fonctionne qu'entre acteurs qui acceptent, au minimum, la légitimité des institutions démocratiques, l'État de droit et l'égalité de statut politique de tous les citoyens. Lorsque ce cadre s'effondre et qu'un camp prône la suppression ou l'effacement de l'autre, accorder une tribune égale aux deux ne préserve pas l'équité, mais accélère l'effondrement.
Il ne s'agit pas d'un appel à la censure. C'est la reconnaissance que nul n'a droit à une tribune. Et cela nous rappelle que le journalisme, loin d'être extérieur au combat politique, en est au cœur. Vous êtes le bras communicatif de la démocratie libérale, non pas au sens de propagande d'État, mais en tant qu'expression vivante de ses valeurs. Vous avez un intérêt dans ce combat, que vous l'admettiez ou non.
Alors, pensez-y la prochaine fois qu'un journaliste est licencié ou contraint de démissionner pour avoir dénoncé la corruption ou pour avoir contesté les intérêts des riches et des puissants. Pensez-y la prochaine fois qu'une rédaction justifie une décision par des raisons d'« équilibre » alors qu'elle légitime en réalité l'érosion des normes libérales. La société dans laquelle beaucoup d'entre nous ont grandi, où les individus sont égaux devant la loi, où la vérité peut être recherchée sans crainte et où la liberté d'expression est un droit vivant, ne survivra pas par accident. Elle ne survivra que grâce à un effort conscient.
Et vous, individuellement et collectivement, faites partie de ceux qui doivent choisir de le préserver ou non.
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