[Blog] Programmation éditoriale
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June 17, 2026
Lorsque j’étais en master de publication numérique à l’Enssib, j’ai suivi un cours de « programmation éditoriale ». Cette expression désignait alors le fait de fabriquer des publications en utilisant des techniques issues de la programmation informatique. Le cours avait été créé par Éric Guichard ; dans ce contexte, l’expression était indissociable d’un certain type d’objet éditorial (le livre, notamment scientifique) et d’un outil spécifique (LaTeX).
Je n’ai quasiment jamais croisé cette expression dans ce sens depuis. Quand on cherche « programmation éditoriale » sur le Web, on trouve essentiellement des sources qui parlent de concevoir une stratégie ou une ligne éditoriale : le travail de programmateur dans un festival, une scène, un théâtre ; ou alors la planification des parutions à venir chez un éditeur.
Ce qui m’intéresse ici, c’est la programmation éditoriale au sens des savoir-faire éditoriaux combinés aux formes contemporaines de l’écriture (informatique, algorithmique). Dans « Écrire et éditer » en 2020, j’associais la programmation éditoriale aux pratiques suivantes :
> « J’interviens sur le texte pour le réorganiser ou faire des substitutions, en cherchant et en remplaçant des chaînes de caractères (normales ou expressions régulières). Je conçois la mise en forme pour mes exports et je l’exprime dans différents langages informatiques (CSS, CSL, LaTeX…). Enfin, je mets en œuvre la fabrication par des commandes textuelles déléguées à des scripts ».
Je pourrais ajouter aujourd’hui le fait d’intégrer des instructions en Lua dans la conversion d’un document via Pandoc ; d’orchestrer un processus d’édition multiformats avec Make ; ou encore de composer une page avec du CSS et Paged.js.
Mais c’est aussi le rapport réflexif à tout ça, car écrire (et éditer) c’est penser. Antoine Fauchié l’a très bien exprimé dans un billet publié la même année :
> « Je prends conscience que pour moi écrire signifie bricoler continuellement l’outil d’écriture et de publication, les deux sont liés — et l’un motive l’autre, une forme de programmation éditoriale. »
J’ai continué à parler de programmation éditoriale au fur et à mesure que je découvrais d’autres techniques et outils qui me semblaient relever de ce domaine. Je viens d’ajouter ce mot-clé aux billets de blog correspondants, pour mieux les repérer (voir l’index thématique en page d’accueil de ce site). J’ai également signalé dans ma veille quelques outils qui me semblent relever de ce domaine : Pollen, Quarto, Typst.
J’ai glissé une définition de la programmation éditoriale dans un article coécrit avec Florian Harmand : « l’application de méthodes algorithmiques (modèles et variables, boucles d’instructions conditionnelles) à l’architecture de l’information ». On parlait alors d’un prototype de revue imprimable (HTML-to-print), d’où la référence à l’architecture de l’info – qui est historiquement très liée au Web. On pourrait dire de manière plus générale que le domaine de la programmation éditoriale est celui des écritures – alphabétique, numérique, typographique, informatique, algorithmique… – fusionnées dans le cadre du processus éditorial ; qu’il s’agit d’une pratique correspondant à l’automatisation de certaines tâches (de composition, d’assemblage, de mise en page…) mais dans la continuité des savoir-faire historiques de l’écriture et de l’édition.
Dans son cours, Éric nous encourageait à investir l’édition scientifique avec une approche que je trouvais alors assez iconoclaste : un artisanat luxueux, fait avec des outils libres – LaTeX, en l’occurrence –, dans un rapport expérimental et réflexif à la technique d’écriture. Depuis, j’ai découvert des approches assez similaires dans l’écosystème des technologies du Web, avec le HTML-to-print et le multiformats : les travaux du Laboratoire de recherche sur les écritures numériques, les activités du master XPUB, ce que fait Nicolas Taffin chez C&F, et de manière générale les activités des gens que j’ai rencontrés à Lure, à PrePostPrint et à Inachevé d’imprimer.
Ces rencontres m’ont poussé à expérimenter lorsque je me suis attelé à la réédition Qu’est-ce que la documentation ? de Suzanne Briet avec Laurent Martinet et Olivier Le Deuff en 2024.
Et c’est aussi tout cela qui me motive aujourd’hui à parler de programmation éditoriale. J’aimerais que cette expression se mette à circuler un peu plus ; je pense qu’elle unifierait assez bien (conceptuellement au moins) un domaine qui n’est peut-être pas bien identifié en tant que tel, et qui a pourtant une forme de cohérence. J’en parlerai probablement dans les mois qui viennent à Inachevé d’imprimer, où l’on se réunit pour discuter de publication expérimentale et hybride. Et je réfléchis à des actions de formation possibles sur Lyon, motivé par Éric qui continue dans cette voie avec LaTeX. À suivre donc !
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